ÉDITEURS
8, PLACE DE L’ODÉON, PARIS (VIe)
d’une
Ouvrage honoré
subvention du Ministère de l’Éducation Nationale (Caisse des recherches scientifiques) et de souscriptions du Ministère des Colonies, du Ministère de la Santé Publique, du Ministère des Alîaires Étrangères, du Gouvernement général de l’Algérie.
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A la mémoire de Paul DOUMER, Président de la République Française , grâce auquel j’ai pu recueillir autrefois en Extrême Orient , les éléments de cet ouvrage.
L’Auteur n’a pas eu 1 intention de tout dire, d’exposer en quelque sorte la somme de tout ce qui a été publié sur la lèpre. Ce travail, éminemment utile et méritoire, a déjà été réalisé. Dans cet ouvrage auquel il entend imposer une marque personnelle, l’auteur se propose de faire œuvre critique. Sur les faits définitivement acquis et les doctrines qui ne prêtent pas à la discussion, il sera sobre de citations et d’indications bibliographiques ; il insistera au contraire sur les points de pratique ou de théorie qui sont contestés à l’heure actuelle ; à leur sujet, il multipliera les arguments et les exemples.
Symptômes et lésions doivent concourir à poser le diagnostic. Pour qu’ils se prêtent un mutuel appui, il importe de respecter les liens naturels qui les unit. Il a donc paru préférable de ne pas rompre leurs étroites connexions en exposant les altérations somatiques dans un chapitre et en reléguant dans un autre les phénomènes subjectifs ou objectifs qui en découlent. Ainsi compris, le chapitre consacré à l’Anatomie pathologique sera fort bref : il ne contiendra que les altérations essentielles et caractéristiques du processus lépreux qui peuvent s’observer en une région quelconque. Quant aux modifications des organes ou des tissus qui sont plus en rapport avec le siège des lésions qu’avec leur nature, elles ne seront pas séparées des symptômes qu’elles expliquent ; elles seront exposées avec eux dans une étude anatomo-clinique commune. Ce rapprochement des lésions et de leur expression clinique apparaît d’autant plus nécessaire que les données fournies de concert par l’observation et le laboratoire contribuent, les unes et les autres, à l’établissement du diagnostic et, partant du traitement qui, pour être efficace, doit être institué à la date la plus rapprochée possible de la contamination.
A toutes les périodes de l’ Humanité, la terrible maladie a exercé de tels ravages, qu’elle sort pour ainsi dire du cadre de la pathologie pour entrer dans celui de l’histoire. Il a donc paru nécessaire de faire une rapide esquisse de l’évolution du fléau à travers les siècles.
La lèpre est un type de maladie sociale. Comme le paludisme et la syphilis, elle est un facteur de dépopulation, elle tarit la fécondité et abâtardit la race. De là découlent : l’insuffisance de la main-d’œuvre indigène sans laquelle l’expansion coloniale ne saurait être réalisée, — le renom d’insalubrité qui s’attache aux contrées où règne l’endémie lépreuse et détourne la métropole des entreprises lointaines, - — - enfin les charges fort lourdes qui grèvent le budget des possessions d’outre-mer, car tôt ou tard le lépreux devient improductif et doit être entretenu par la collectivité. Pour ces multiples raisons, la lèpre est digne de retenir l’attention, non seulement des philanthropes, mais aussi des économistes. Comme je le répète depuis plus de trente ans dans mes cours et dans mes ouvrages, en fait de médecine coloniale, il n’y a pas de questions médicales pures, elles sont toutes médicoéconomiques. La lèpre est un des meilleurs exemples que l’on puisse fournir à l’appui de cette thèse.
Pas plus que le Médecin, l’Administrateur ne doit ignorer les incidences nombreuses et diverses du problème de la lèpre. Pas plus que nos Gouverneurs coloniaux, les fonctionnaires qui dirigent nos possessions, nos protectorats ou mandats situés dans la zone méditerranéenne ne peuvent se désintéresser de cette question vitale, car les uns ont à combattre le fléau, les autres à prévenir son invasion. Ainsi s’explique et se justifie la place considérable réservée dans cet ouvrage au Domaine géographique, à l’Etiologie et à la Prophylaxie. Pour que ce livre puisse être consulté avec fruit par les personnes étrangères aux connaissances médicales, les termes techniques ont été réduits au strict
Jeanselme. — La Lèpre. '1
nécessaire dans les chapitres qui intéressent plus spécialement le personnel administratif et, quand leur emploi a été indispensable, ils ont été définis en langage clair pour tous.
Il ne faudrait pas croire, comme d’aucuns ont trop de tendance à le penser, que l’étude pratique de la lèpre doit être réservée aux médecins qui exercent en milieu exotique. Tout le corps médical, non seulement les dermatologistes et les syphiligraphes, mais aussi les neurologistes, les spécialistes pour le nez, la gorge et les yeux, les dentistes, les orthopédistes sont appelés, par leurs investigations professionnelles, à dépister la lèpre. 11 faut donc cpie tout médecin de la métropole, où cette maladie est souvent importée par des coloniaux ou des étrangers, soit en mesure de la reconnaître pour prendre les dispositions que requièrent les intérêts du malade et de la société.
Ambroise Paré a écrit : je conseille que lorsqu'on les voudra séparer, on le fasse le plus doucement et aimablement possible, ayant mémoire qu'ils sont semblables à nous. Grâce à l’évolution des idées et aux perfectionnements de la technique moderne, on entrevoit le moment où le vœu du grand chirurgien de la Renaissance sera réalisé.
L’idée que le public et le médecin se sont faits de l’asile où vit le lépreux s’est profondément modifiée au cours des âges. Jadis, c’était une léproserie qui ne différait pas sensiblement d’une maison de force ; hier encore, c’était un lieu de réclusion, institué au profit exclusif de la société ; aujourd’hui c’est un lieu de cure, une colonie agricole, une ville de santé où le lépreux se rend de son plein gré pour assurer son traitement. La retraite momentanée qu’on lui conseille est donc justifiée à ses yeux. Désormais les intérêts respectifs du Malade et de la Société ne sont plus en opposition ; par l’heureuse association de la Thérapeutique et de la Prophylaxie, Lun et l’autre trouvent leur compte.
De nombreux collaborateurs ont allégé la tâche de l’auteur. Qu’ils veuillent bien trouver ici l’expression de sa vive reconnaissance. Il adresse particulièrement ses remerciements à :
M. le docteur Darier, Membre de l’Académie de Médecine, Médecin honoraire de l’hôpital Saint-Louis ;
M. le docteur Sézary, Professeur agrégé à la Faculté, Médecin de l’hôpital Saint- Louis ;
Mlle O. Eliascheff, Chef de laboratoire de la Clinique de la Faculté à l’hôpital Saint- Louis ;
M. A. Horowitz, Chef de Clinique à la Faculté.
M. A. Bessin, l’artiste habile qui a dessiné avec la plus grande fidélité la plupart des planches histologiques et bactériologiques placées à la fin de l’ouvrage ;
M. F ranz qui a su représenter les divers aspects et types cliniques de la lèpre avec le relief de l’original et l’expression de la vie ;
La Maison d’édition G. Doin qui a consenti tous les sacrifices nécessaires pour assurer la parfaite exécution du texte et des figures.
Si le « Traité de la lèpre » a pu être édité avec les nombreuses planches qu’il comporte, c’est grâce à la bienveillante intervention de quelques personnalités qui ont eu foi en l’auteur.
C’est pour lui un agréable devoir d’adresser l’expression de sa gratitude à :
M. le Doyen Roger, Professeur honoraire à la Faculté de Médecine de Paris ;
M. Justin Go d art, ancien Ministre ;
M. Lasnet, Inspecteur général du Corps de Santé des Troupes Coloniales ; ;
Qui ont bien voulu appuyer sa demande de subvention ou souscription auprès de différents départements ministériels.