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SIÈCLE » ET LES « DEFFENSES

Dans certains pays d’Occident, en France, dans les Flandres et sur la rive gauche du Rhin, bref, dans tout le territoire de l’ancienne Gaule, avant la séquestration, avait lieu une’ cérémonie symbolique et lugubre dont les vieux rituels nous ont laisse la des-

M\ Conrad Gesner, Chirurgia. De chirurgia scriplores optimi... plerique in Gerrnania antehac non edüi, îu-ïol. 1 igun rZnrirhl 1 NN G nn 391 v° - 392 v°. Examen leprosorium authoris innominati.

1 (2) Le texte original de Giovanni Filippo Ingrassia, daté de 1598, est aujourd’hui perdu ; mais on en possédé une

copie faite en 1636 par un arrière-neveu d’ Ingrassia. Cette copie, conservée à la Bibliothèque Communale de Palerme, a ete publiée en 1914 à Catane par D. L. Piazza di Lentini, G. Cübchio et Perrando.

(3) Ambroise Paré, Œuvres complètes, édit. Malgaigne, 1840-1841 , vol. III, livre XX\ II, p- 66. .

cription sous la rubrique : « Manière de mettre le lépreux hors le siècle ». Elle différait peu de l’office des morts.

Devant l’autel, au-dessous d’un drap noir tendu sur deux tréteaux, le lépreux s’agenouillait, le visage « embranché » d’un voile noir et entendait dévotement la messe. L’officiant, par trois fois, jetait une pelletée de terre du cimetière sur la tête du ladre en disant : — Mon ami, c’est signe que tu es mort au monde, sis mortuus mundo. Et il ajoutait en manière de consolation : vivus iterum Deo.

Puis le prêtre lui faisait les « delfenses » dont je donnerai plus bas la teneur. Le lépreux revêtait alors l’habit de ladre et recevait les cliquettes qu’il devait agiter pour prévenir les passants de son approche.

Ainsi équipé, le malheureux était mis hors l’église et conduit en procession jusqu’à sa cabane ou borde située dans les champs. L’officiant bénissait tous les objets usuels du réprouvé et, après l’avoir encore une fois exhorté à la patience, il plantait devant la porte une croix à laquelle on suspendait un tronc pour les aumônes. Désormais le ladre était séparé du monde (1).

Si quelques rituels atténuaient, autant que possible, le caractère funèbre de la cérémonie, d’autres poussaient la cruauté jusqu’à forcer le malheureux à descendre dans une fosse ouverte au cimetière et à subir un simulacre d’inhumation.

Mais, quelles que soient les variantes de détail, l’office a toujours la même signification : faire connaître à tous quun habitant de la paroisse est atteint de la lèpre, et que nul désormais ne doit plus avoir commerce avec lui. En exécutant lui-même la « mise hors le siecle » le pouvoir ecclésiastique conférait à la sentence d’exclusion le poids de son autorité.

La portée prophylactique de l’office est d’autant plus grande qu’il comporte nécessairement la lecture, à l’église, au cimetière ou sur le seuil de la borde assignée au ladre, d’un certain nombre de prescriptions appelées « delfenses », presque toujours rédigées en langue vulgaire pour que le relégué puisse bien les comprendre. Ce petit code sanitaire, dans ses traits essentiels, est toujours au fond le même, bien que sa forme soit quelque peu différente dans chaque diocèse.

A titre d’exemple, je transcris les défenses contenues dans le rituel de Paris publié par l’archevêque Jean-François de Gondy (2) :

« le vous défends de iamais entrer en l’Eglise, Marché, Moulin, Fours publics et en toute compagnie et assemblée de gens.

« Item, ie vous défends de iamais lauer vos mains et toutes choses necessaires dedans fontaine ny ruisseau de quelque eau que ce soit : cl si vous voulez boire, prenez de l’eau avec vostre baril ou quelque autre vaisseau.

« Item, je vous défends désormais d’aller sans l’habit de lépreux, a fin d’estre conneu des outres, et de n’estre deschaussé et pieds nuds que dedans votre maison.

« Item, je vous défends de toucher aucune chose que voudrez achepter en quelque lieu que soyez, sinon auec une verge ou baston, afin qu on connoisse ce que demandez.

« Item, je vous défends désormais d’entrer aux tauernes ou autres maisons, si vous voulez

Fig. 1. — Ladre revêtu de sa housse et portant sur la poitrine un morceau d’étoîïe rouge taillée en forme de cœur; insigne révélateur de la lèpre. — Il est muni de son bâton et de sa pannetière. — 11 agite ses « cliquettes » pour avertir les passants de sa présence.

(1) J’ai pu recueillir l’office de la séparation en usage dans dix-sept diocèses.

(2) Rituale Parisiense... authoritate illustriss. et rever endiss. Ioannis I'rancisci De Gondy, Parisiensis Archiepiscopi editum. Parisiis, 1645, pp. 514-516.

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