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La radiothérapie des lésions hanséniennes a suscité d’innombrables travaux depuis le début de ce siècle.
J. H. Sequeira, en 1901, obtint la diminution de consistance et la résorption partielle de tubercules lépreux sous l’action des rayons X. Par contre Scholtz, en 1903, traitait sans succès notable deux nodules lépreux.
Mais, vers la même époque, Oudin rapportait à la société d’Electrothérapie (déc. 1902), deux cas de lèpre tubéreuse très améliorés par les rayons X, employés à petites doses répétées. Ant. Béclère a blanchi un lépreux à face léonine. Par des séances nombreuses et répétées de radiothérapie sur un lépreux dont la face était exposée aux rayons X pour une autre maladie que la lèpre, G. Pernet a constaté une régression des nappes lépromateuses.
G. Truffi a soumis à la radiothérapie appliquée sur la région rachidienne, 2 lépreux de forme nerveuse, 4 de forme mixte, 2 de forme nodulaire. Tous ces cas étaient accompagnés de paresthésies variées, de douleurs persistantes dans les membres inférieurs et, chez deux sujets, même dans les membres supérieurs, de troubles trophiques el de maux perforants. Constamment, les résultats ont été favorables. Les douleurs cédaient souvent complètement. Quand un seul côté du corps était irradié, les douleurs n’étaient atténuées que du côté correspondant. Plusieurs séances furent parfois nécessaires pour éviter le retour des douleurs ou pour obtenir la cicatrisation des ulcères. La sécrétion de la sueur se rétablit. La démarche fut améliorée.
Matthews, quia soumis à la radiothérapie 7 cas de lèpre, considère ce mode de traitement comme très utile dans tous les types et à tous les stades de la maladie. Bien qu’il n’amène pas la guérison définitive, il donne, dit-il, de si grands succès qu’il doit être adopté à l’avenir comme méthode courante de traitement. Dans les formes nodulaires discrètes, les tubercules exposés aux rayons X entrent en régression rapide. Dans les formes sévères, le traitement est long et pénible, mais le résultat est excellent. La peau reprend graduellement son état normal, tandis que les nodules qui se sont résorbés spontanément laissent des cicatrices très apparentes. Sur les ulcérations d’origine lépreuse, la radiothérapie produit les mêmes effets que sur les autres ulcères chroniques. Elle diminue la quantité des sécrétions et favorise la formation d’une cicatrice dont l’aspect dilfère très peu de celui de la peau normale. Dans la lèpre anesthésique, au stade de début, il convient d’employer concurremment les rayons X et la haute fréquence, le premier de ces traitements est sans doute le plus ellicace, mais il n’est applicable que dans les cas où les placards d’anesthésie sont peu étendus (1).
Les assertions de Matthews ne se sont qu’en partie vérifiées et l’on peut dire qu’à ce jour l’action de la radiothérapie sur le processus lépreux est encore fort discutée. Tandis que Heiser, par exemple, a constaté la disparition des bacilles recherchés au niveau des lésions, et même plus tard dans le mucus nasal, de sorte qu’un examen bactériologique portant sur un point quelconque du corps était négatif (2), J. Brault se montre beaucoup moins enthousiaste. Il a « soumis, dit-il, plusieurs malades atteints de lèpre, soit à l’action des rayons X, soit à la haute fréquence, moyens qui lui ont donné quelques améliorations » (3). Wilkinson, de Manille, doit être compté an contraire, parmi les adeptes de la radiothérapie. D’après lui, les rayons X n’agissent pas seulement sur les éléments traités, mais aussi sur les tubercules situés à distance. De 13 lépreux traités par lui, 7 furent améliorés et 3 guéris. L’un de ces derniers mourut d’une cirrhose hépatique avec néphrite interstitielle et, sur les pièces d’autopsie, il ne fut pas possible d’établir l’existence de lésions lépreuses.
Peut-être ces divergences s’expliquent-elles par des différences de technique.
(1) J. A. Matthews, Treatment of Leprosy with X-Rays and high Frequency. Indian med. Gaz., août 1908.
(2) Hetser, Case of Leprosy apparently cured with the X-Rays. Med. Record, 31 oct. 1908.
f 3 ) J. Brault, Quelques traitements usités actuellement dans la lèpre. Bull, de la Soc. franç. de dermat. et de sx/plt., 1910, p. 207.
TRAITEMENT
Les divers essais de traitement par la radiothérapie et la haute fréquence qui ont été entrepris par Darbois, sur mes indications, se sont adressés, soit aux manifestations cutanées de la lèpre tubéreuse, soit aux symptômes névri tiques : douleurs, anesthésie, atrophies musculaires, troubles trophiques et maux perforants. En voici le résumé (1) :
La radiothérapie peut faire régresser et même disparaître les tubercules cutanés de date récente. Chez deux malades, un homme et une femme, de race blanche, qui présentaient sur les mains depuis quelques mois des nodules saillants, élastiques, de nuance cuivrée, l’application d’une dose de 5 H filtrés sur un demi millimètre d’aluminium eut une action évidente sur l’évolution des lépromes. La petite zone traitée, large de 3 cent. 9, prit après une dizaine de jours une coloration un peu plus accentuée, les tubercules devinrent d’abord animés et turgescents ; puis ils diminuèrent de volume, de consistance et pâlirent. Deux nouvelles doses de 5 H filtrés amenèrent chez l’homme la disparition totale des tubercules dont l’emplacement resta pigmenté. Chez la femme, l’amélioration fut très notable, mais les tubercules persistèrent, plus petits il est vrai et plus mous qu’auparavant. Autour de la zone traitée et soigneusement circonscrite par un localisateur, les tubercules non traités servaient de témoins ; ils ne présentèrent aucune régression pendant la durée du traitement. L’état général des sujets ne se modifia pas. Ils n’eurent pas d’accès fébriles, ni de poussées éruptives sur une autre partie du corps.
Sur un troisième sujet, nous avons essayé de traiter un tubercule cutané saillant par la photothérapie, mais sans succès.
Quant aux taches dyschromiques, avec hypo- ou hyperchromie des téguments, la radiothérapie nous a paru les modifier de façon toute passagère et très incomplète.
Les douleurs, parfois très vives, que ressentent certains lépreux, au niveau des expansions périphériques ou sur le trajet des troncs nerveux, sont modifiées par la radiothérapie d’une façon très inconstante. On note parfois une exacerbation des douleurs pendant les huit premiers jours qui suivent l’irradiation de 4 H filtrés. Parfois, au contraire, la sédation est presque immédiate et apparaît dès le jour qui suit la séance de traitement. En général, il y a une amélioration appréciable après douze à quinze jours, mais elle n’est que transitoire et sa durée n’excède pas quelques semaines.
Pour être efficace, l’irradiation doit être faite, non pas au point où la douleur est ressentie, mais sur le trajet du nerf qui correspond au territoire douloureux, et autant que possible au niveau des points où le tronc nerveux paraît anormalement gros et bosselé ; on emploiera des rayons filtrés sur 1 demi-millimètre d’aluminium, à des doses qui ne dépasseront pas 5 H, afin d’éviter autant que possible les exacerbations douloureuses qui suivent souvent une irradiation intense.
Tout récemment, H. N. Smidt, de Semarang (Java) aime à cette conclusion que les rayons X sont efficaces dans la lèpre cutanée et aussi dans la lèpre cutanée associée à des localisations nerveuses, mais qu’elle n’a aucune action sur la lèpre nerveuse proprement dite. D’après lui, le traitement doit être adapté à chaque cas et prolongé pendant six mois, un an et même deux ans (2).
La haute fréquence paraît avoir une influence favorable sur certaines douleurs de la phase initiale : démangeaisons, picotements, élancements. Nous avons vu ces sensations anormales disparaître totalement à la suite de dix séances d’effluvation avec l’électrode à vide de Bissérié : le malade, jeune mulâtre de 18 ans, revu trois mois plus tard, n’en avait pas éprouvé de nouv< lies.
Contre l’amyotrophie consécutive à la névrite lépreuse, la haute fréquence agit ellica-
(1) ht Jeanselme. Les nouvelles médications antilépreuses. La Presse médicale , 2 déc. 1911, p. 991.
(2) H. N. Smidt. Rôntgenbehandeling van lepra. Geneeskundig Tijdschrijt voor Nederlands-Indië, Deel 72, Afl. 25, 1932, pp. 1688-1704.
cernent. Son action peut, du reste, être combinée avec l’application des courants continus et la rééducation motrice. Dans ce dernier cas, les muscles seront excités individuellement, soit au moyen du courant faradique lentement rythmé, soit au moyen du courant galvanique interrompu à la main. Dans tous les cas, on aura soin de faire des applications très discrètes, afin d’éviter tout surmenage musculaire exagéré.
En résumé, les agents physiques fournissent au traitement de la lèpre d’utiles compléments :
pour prévenir Y amyotrophie, on aura recours au massage et à l’électrisation ;
pour lutter contre la rétraction tendineuse, pour conserver ou récupérer les mouvements, on conseillera les bains chauds, les frictions, le massage, les mouvements méthodiques actifs et passifs, la mécanothérapie ;
pour obtenir la résorption ou la destruction des tubercules et taches infiltrées, on pourra employer la photothérapie et ses succédanés, la radiothérapie, le radium, la douche filiforme, mais ce sont des procédés d’exception, en général bien inférieurs au galvano-cautère, aux caustiques et à la neige carbonique ;
pour diminuer le volume de la névrite hypertrophique et pour atténuer ses conséquences, les crises douloureuses en particulier, les moyens qui ont fourni le plus de succès sont : la radiothérapie, le radium, la diathermie et surtout l'ionisation d’iode.
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