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L’effet de ces bains est souvent surprenant. Baelz fait remarquer, après en avoir fait l’expérience sur lui-même, que le contact de cette eau peut être supporté à une température plus élevée que celui de l’eau ordinaire. Le traitement est complété par de nombreuses cautérisations superficielles au fer rouge pendant une période de 100 jours.

En Islande, du temps de Schleisner (1849) et de Thomsen (1855), les lépreux se rendaient aux sources sulfureuses chaudes pour y prendre des bains de vapeur.

En Italie, les ladres hantaient les solfatares de Pouzzoles et les fumerolles du Vésuve.

Parmi les stations qui ont passé et passent encore pour avoir une action favorable sur l’évolution de la lèpre, je citerai en Europe : les eaux ferrugineuses et sulfatées cuivreuses de Saint-Christan (Basses-Pyrénées) (1), les eaux et les boues sulfurées calciques froides de Puzzichello (Corse) et la source ferro-arsénicale de Guber, à Srebrenica (Bosnie), dont Glück et Ehlers ont recommandé l’usage. La cure, qui doit être assez longue, consiste en boissons à doses croissantes (jusqu’à un litre et plus par jour) et en bains d’une heure, à 40 et même 42°, suivis d’une sudation dans des couvertures et de massage.

Je signalerai, à Java, la source bicarbonatée-ferrugineuse chaude de Pelantoengan qui jouit d’une grande renommée aux Indes Néerlandaises. Quand j’eus l’occasion de visiter cet établissement, en 1900, sous la conduite du Dr Muller, il n'existait auprès de ces eaux bienfaisantes qu’un hospice militaire non spécialisé, contenant 120 incurables dont une quarantaine étaient des lépreux indigènes. Les malades prenaient des bains de piscine dont la température est fort élevée. Le thermomètre au niveau du griffon marque 111° Fahrenheit (44° centigrades). Au sortir du bain, les lépreux se surchargeaient de couvertures pour provoquer une sudation abondante. La composition centésimale est la suivante, d’après Waitz :

Acide carbonique . 0 , 2840

Bicarbonate de soude . 0,1390

» de magnésie . 0,0490

» de chaux . 0,0550

» de fer . 0,0250

» de manganèse . traces

Chlorure de sodium . . 0 , 3390

Iodure et Bromure de potassium . 0,0057

Alumine des silicates . 0,0960

L’eau des sources de Pelantoengan est potable, gazeuse et très piquante, mais elle a un goût styptique prononcé ; aussi servait-elle exclusivement à l’usage externe. A la surface de ces eaux surnage une couche irisée de pétrole auquel ces sources doivent peutêtre une partie de leurs propriétés thérapeutiques.

Le massage général après le bain chaud calme les douleurs. Pratiqué sur les muscles des mains, des avant-bras et des jambes, il retarde leur atrophie. Il peut aussi assouplir la pachydermie des membres inférieurs. Les mouvements actifs et passifs des doigts sont très utiles pour empêcher les rétractions, les subluxations qui s’ensuivent et l’immobilisation en position vicieuse. Dans tout centre important de traitement, un service de mécanothérapie et de gymnastique méthodique doit être installé.

Parmi les moyens mécaniques, il faut encore citer, d’après Denney (de Carville), un nouvel essai de traitement des tubercules à l’aide d’un compresseur qui projette sur les éléments de l’eau à la température de 50 à 52°. Les séances qui ont lieu chaque jour durent de 2 à 6 minutes. Ce procédé qui semble analogue à la douche filiforme dont l’usage en dermatologie est assez répandu en France, produirait des résorptions surprenantes après 1 à 3 mois de traitement.

(1) Christiaas, dans la langue du moyen-âge, est un terme synonyme de ladre ou lépreux.

P. Unna recommande la diathermie contre la névrite hypertrophique. 11 a vu les tuméfactions des troncs nerveux s’atténuer en l’espace de deux ou trois mois, si l’on fait chaque jour une séance de diathermie de 5 à 15 minutes avec 0,3 à 0,8 milliampères.

En promenant le pinceau électrique sur la peau sèche, au niveau d’un placard d’anesthésie, j’ai souvent réussi à diminuer l’étendue de l’aire anesthésique ; mais d’une façon toute passagère. Toutefois, ce procédé pourrait peut-être donner de meilleurs résultats, s’il était appliqué d’une manière méthodique et suivie.

Les muscles des extrémités, surtout ceux qui président aux mouvements autonomes des mains, des avant-bras et des jambes seront soumis aux courants galvanique et faradique pour retarder le plus possible les progrès de l’atrophie.

Comme le mal perforant des tabétiques, celui des lépreux peut être traité par l'étincelle de haute fréquence. Darbois et moi, nous avons obtenu chez une lépreuse, en quarante jours, la cicatrisation d’un mal perforant plantaire par l’étincelage de haute fréquence pratiqué de huit en huit jours. Chaque séance durait trois minutes et l’étincelle employée avait 4 à 5 centimètres de longueur. Après la séance, la plaie était comblée avec de la poudre de dermatol. La malade ne restait pas alitée ; elle marchait et vaquait à ses occupations habituelles.

Par contre, un autre mal perforant, situé sur le même pied, ne se modifia qu’imparfaitement. Après une régression passagère, il reprit de l’extension et, trois mois après le début du traitement, il n’était pas encore complètement guéri. De nouveaux essais m’ont démontré que, si l’étincelage hâte la cicatrisation du mal perforant, elle n’empêche pas la récidive dès que le lépreux recommence à marcher.

Entre autres manifestations lépreuses justiciables de ce procédé, on peut citer les fourmillements, les douleurs pongitives et le prurit.

M athis a signalé la guérison d’ulcères atoniques et torpides par leur exposition aux rayons solaires. Gougerot a obtenu des résultats analogues.

Sur une femme de 28 ans dont la face était parsemée de nombreux tubercules, Pasini a fait 237 séances de photothérapie. Chaque élément fut soumis à 3 ou 4 applications, la réaction fort vive s’accompagnait d’ampoules, l’intervalle qui séparait les séances faites sur le même nodule était d’une vingtaine de jours.

Denney recommande l’exposition à la lampe de quartz pour guérir les ulcérations et pour atténuer les douleurs de la névrite ; toutefois, contre ces dernières, la lampe à arc serait plus efficace.

Cruz a traité par la lampe de quartz à vapeur de mercure 34 lépreux qui reçurent en même temps des injections d’éthers éthyliques d’huile de chaulmoogra. De ces malades, 21 avaient des lésions infiltrées, 4 des nodules, 3 des taches érythémateuses, 3 des ulcérations lépreuses et 3 des ulcérations trophiques. Ce traitement qui dura 11 mois se composa de séances isolées de 2 minutes à 2 heures. Le temps total d’exposition aux rayons varia pour chaque élément de 15 minutes à 13 heures. La cure n’amena pas de modifications notables et, quand l’érythème et les bulles eurent disparu, les foyers lépreux qui avaient gardé leur aspect étaient bacillifères.

On sait que l'ionisation d’iode assouplit les cicatrices (Bourguignon) et la peau atteinte de sclérodermie (Bourguignon et Jeanselme), j'ai donc pensé qu’elle pourrait agir favorablement sur la névrite hypertrophique chronique de la lèpre. Cette prévision a été justifiée. Plusieurs de mes malades auxquels Bourguignon a fait l’application de ce procédé en ont tiré un bénéfice appréciable ; je me contenterai de citer un cas particulièrement typique. Le sujet âgé d’une cinquantaine d’années portait les manifestations hanséniennes suivantes : 1° une vaste nappe érythémateuse de nuance violacée, tantôt parfaitement

TRAITEMENT

plane, tantôt quelque peu infiltrée, insensible à la douleur et à la température, et couvrant le pavillon de l’oreille droite, la tempe, la joue, le versant latéral du cou du même côté ainsi que la majeure partie du front ; — -2° une hypertrophie régulièrement cylindrique du nerf sus-orbitaire droit, visible et perceptible à la palpation à son émergence du trou sousorbitaire et se poursuivant sur un centimètre de longueur ; — 3° une cordelette noueuse répondant à branche auriculaire droite du plexus cervical superficiel, accompagnée de douleurs spontanées ou provoquées par les mouvements du cou et d’irradiations dans le lobule de l’oreille ; — 4° une névrite cubitale gauche volumineuse, fusiforme et indurée.^ Il a été fait à ce malade 3 séries de 15 séances d’ionisation d’iode. Dans la première série, le pôle négatif fut appliqué sur le plexus cervical et le pôle positif sur le nerf sus-orbitaire ; à la suite de cette série, on constata la disparition de la nappe érythémateuse dans sa portion cervicale ainsi qu’une atténuation des douleurs spontanées et des fourmillements dans le lobule de l’oreille causés par la pression, de plus les petites nodosités qui étaient échelonnées sur la branche auriculaire n’étaient plus perceptibles. L’amélioration de la branche nerveuse en rapport avec le pôle négatif fut donc manifeste. Par contre, le nerf sus-orbitaire sur lequel avait été appliqué le pôle positif fut peu modifié. Tenant compte de cette remarque, dans les deuxième et troisième séries, le pôle négatif a été mis en rapport avec le nerf sus-orbitaire hypertrophié. Après la seconde série, on nota une diminution de volume appréciable du nerf sus-orbitaire et de la branche auriculaire, une atténuation considérable des fourmillements propagés à l’oreille, enlin une intensité moindre du placard érythémateux. La troisième série terminée, il est manifeste que la régression de la névrite hypertrophique s’est poursuivie sur les deux branches nerveuses et que le placard est beaucoup moins animé. Le malade est alors perdu de vue. Quand nous avons l’occasion de l’examiner à nouveau, trois ans plus tard, nous enregistrons une amélioration locale considérable. Le placard érythémateux s’est complètement effacé, il ne subsiste plus, au niveau de la région temporale, qu’un peu d’hypoesthésie à la chaleur. Le nerf susorbitaire est à peine appréciable à la palpation et peut-être son volume est-il tout à fait normal. La branche auriculaire ne présente plus aucun épaississement, mais la branche cervicale transverse est un peu augmentée de diamètre. Un an plus tard, un nouvel examen montre que les branches sus-orbitaire, auriculaire et transverse sont normales en volume, forme et consistance. Quant à la névrite cubitale gauche qui n’a pas été traitée, elle est restée stationnaire. Le rôle de l’ionisation dans ce cas paraît d’autant plus solidement établi que le traitement chaulmoogrique était suivi avec beaucoup de négligence.

1)e Beurmann et Degrais ont eu recours au radium pour amener la résorption de lépromes. Huit jours environ après les applications, les tubercules s’affaissaient et ils ont disparu sans laisser d’épaississement, de pigmentation et de cicatrice. Dekeyser a confirmé l’action du radium sur les tubercules.

De Verteuil a fourni la preuve de la destruction des bacilles contenus dans les nodules irradiés par des examens quotidiens du suc tissulaire. Dès le quatorzième jour, les bacilles commencent à se réduire en granules ; l’état granuleux atteint son plus haut degré dans les troisième et quatrième semaines, de sorte qu’à cette époque, il est impossible de trouver un seul bacille normalement configuré. Au surplus, le radium ne serait pas directement microbicide, c’est par l’intermédiaire des modifications produites dans les tissus qu’il agirait sur les bacilles.

Sandidge a étudié plus spécialement l’action du radium sur les localisations nasales. Qu’il s’agisse de lésions diffuses oligobactériennes ou de nodules bien circonscrits bourrés d’amas microbiens, l’effet du radium a été constamment le même. Les foyers ont disparu, mais les bacilles restaient encore longtemps visibles ou ne disparaissaient qu’à la longue. De cette remarque de Sandidge, il résulte que le radium ne peut pas stériliser les foyers lépreux des porte-germes. D’après lui, l’emploi du radium doit être limité aux éruptions particulièrement tenaces.

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