‹ La lèpreChapitre 13 sur 144 · V. — SITE ET AMÉNAGEMENT DES LÉPROSERIES · texte numérisé non relu

V. — SITE ET AMÉNAGEMENT DES LÉPROSERIES

Dans les documents reviennent sans cesse ces expressions : Do mus leprosorum extra mur os o p pich ; — - extra vel trans portam leprosorum ; Siechenhaus vor dem A . 1 hor \ Siechenhaus vor der Stadt.

Les maladreries étaient donc constamment situées en dehors des agglomérations ui haines ou rurales, en rase campagne, ou sur le bord d’un cours d’eau ; mais à proximité d’un chemin très passant, pour que la quête lût fructueuse.

Réduit à sa plus simple expression, 1 asile où le ladre de\ia vivie dtsoimais < st uni maisonnette en bois, juchée sur quatre étais et entourée d’une palissade. A la mort du ladre, ses ustensiles de ménage sont brisés s’ils sont en terre, brûlés s’ils sont en bois, passés au feu s’ils sont en métal. Quant au cadavre, il était inhumé sous la maisonnette et, dans certaines régions, il était d’usage de jeter dans la losse un cartel de chaux. 11 n’était pas rare que la maison fût réduite en cendres. A 1 heure actuelle, on ne saurait

mieux faire. . . . ,, ,

Quand le nombre des ladres à isoler est plus ou moins considérable, il est d usage de

°Touper leurs huttes, cabanes ou bordes « cucurbitae, stellae, tuguria », ainsi que les potagers, vignes et terres arables qui les entourent, dans un même enclos, de manière a constituer un villa cre où logent, pêle-mêle, des ladres, des ménages, des familles entières. Déjà ce type de ^léproserie est implicitement désigné dans le testament du diacre Adalgyse ou Grimo, en l’an 636. Tommaso di Celano, disciple de saint François, écrit en 1220, dans

Jeanselme. — La Lèpre.

la Vita Prima, qu’à deux milles d’Assise, à Rivotorto, il y avait un hospitale leprosorum qui « n’était pas un édifice unique, mais bien une agglomération de petites maisons ou cabanes » et « comme une petite cité » s’étendant jusqu’au bord du ruisseau (1).

Souvent l’importance du bétail et des cultures est telle dans ces villages qu’ils ont l’aspect d’une ferme ou métairie.

Quand l’agglomération des lépreux a pris un certain développement, la maladrerie obtient le droit d’avoir une chapelle et un cimetière privé. Aux paillotes primitives disséminées au hasard dans l’enclos font place des constructions de pierre juxtaposées et bâties sur le même plan, où chaque lépreux, chaque ménage habite et prépare ses aliments.

A la maladrerie de Volay, près de Romans, en Dauphiné, un grand corps de logis d’environ quatre-vingts pieds de long fut bâti au xne siècle et divisé en chambres individuelles occupées, chacune par une ladre (2).

Mais, alors même que la tendance à la vie collective a prévalu, lorsque les ladres, pour la plupart, ont en commun une cuisine et un cellier, un réfectoire et un dortoir, toujours quelques lépreux plus favorisés vivent dans des pavillons isolés. Ainsi donc presque toujours, les deux modes de construction coexistent dans la même maladrerie.

Quelle est la valeur prophylactique de ces divers types de léproseries ? 11 est certain que la réclusion des lépreux, en petit nombre, dans des bordes, est une mesure elïicace ; mais, quand l’agglomération des ladres devient telle qu’elle échappe à la surveillance, des éléments sains se glissent parmi les malades, et l’on peut se demander si ces villages n’ont pas été parfois des foyers d’extension de la lèpre, comme on le constate aujourd’hui dans certaines contrées exotiques où ce mode d’isolement est encore pratiqué (3). La question peut se poser au sujet du village des « ladres agrestes » ou « mendiants circulant à la cliquette » de Dambrugge (Anvers). Ces ladres étaient fort indisciplinés. De nombreuses ordonnances du xvie et du xviie siècle nous apprennent qu’ils menaient la vie la plus vagabonde. Dès le début du printemps, ils désertaient leurs maisonnettes, couraient la campagne et ne réintégraient leur village qu’à la première bise. D’autres fréquentaient les tavernes (4).

Dans les maladreries d’une certaine importance, vivent en étroite union avec les ladres plusieurs catégories d’individus sains, souvent en nombre supérieur à celui des malades. Outre le Maître ou Prieur, l’aumônier ou chapelain, l’économe, il y eut d’abord des « donats «ou «oblats», « des frères convers » qui assistaient gratuitement les malades et, plus tard, quand, le zèle charitable se refroidit, des chambrières rétribuées. Et, comme dans les maladreries confortables et richement dotées, la vie était douce et facile, nombre de personnes en parfaite santé sollicitaient l’autorisation d’y finir leurs jours : c’étaient les « prébendiaires ». Toute cette population de « haitiés » constituaient, en France, avec les ladres une communauté de frères et de sœurs.

Pour éviter la contamination des personnes saines dans ces établissements, les statuts de la plupart des léproseries formulent de minutieuses règles prophylactiques. Dortoirs et réfectoires, lieux de réunion de ces deux catégories de personnes sont rigoureusement séparés. Le quartier des ladres est souvent entouré de murs épais ; parfois les aliments ne leur sont passés que par un guichet. Les visites qu’ils reçoivent du dehors sont sévèrement contrôlées ; seules, leurs mères et leurs sœurs sont admises à les voir, sur autorisation du Maître.

(1) Sabatier, Spéculum perfectionis de Frère Léon. Paris, 1898.

(2) Ulysse Chevalier. Notice historique sur la maladrerie de Voley, près Romans..., in-8°, 1870, ix-166 pages, plan.

(3) E. Jeanselme, Verhandl. u. Bericht des Internat. Dermatologen Kongress, t. I, Beriin, 1904.

(4) A. F. C. van Sciievensteen. La lèpre dans le marquisat d’Anvers aux temps passés. Mémoires couronnés... publiés par l’ Académie Royale de Belgique, t. XXIV, Bruxelles, 1930,

INTRODUCTION HISTORIQUE

Page 1