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PÉNÉTRATION DU BACILLE DE HANSEN PAR LES MUQUEUSES

Inoculation de la lèpre par la voie nasale

La muqueuse du nez est le siège d’excoriations multiples, de catarrhes fréquents qui la privent de son revêtement épithélial. Elle est constamment souillée par les doigts, les mouchoirs et les poussières inspirées. Il est donc rationnel de supposer que la lèpre puisse s’introduire dans l’organisme par cette voie.

La plupart des léprologues, depuis le moyen âge, ont insisté sur la fréquence des localisations nasales. Mais c’est seulement dans les dernières années du xixe siècle qu’on pensa à déduire de leur précocité une donnée étiologique.

En 1886, Leloir écrivait, au retour de sa mission en Norvège : « Les muqueuses du nez, de la bouche, de la gorge, du larynx et de l’oeil peuvent être envahies dès le début de l’éruption tuberculeuse de la peau (surtout celle du nez) (2). »

Un peu plus tard, Goldschmidt fait la remarque que, dès les tous premiers temps de la

(1) E. Marchoux, La lèpre du Rat et sa transmission probable à l’Homme. IIIe Conf. Internat, de la Lèpre, Strasbourg, 28-31 juillet 1923, Paris, 1924, pp. 11 5-116. — La lèpre des Rats a été exposée en détail pp. 154-161.

(2) H. Leloir, Traité pratique et théorique de la lèpre, in-4°, Paais, 1886.

ÉTIOLOGIE

maladie, la muqueuse nasale est gonflée, et il estime que, dans beaucoup de cas, elle est la porte d’entrée de l’infection (1).

En 1897, je résumais ainsi mon opinion sur la signification de la rhinite lépreuse : « Un enchifrènement persistant, une accumulation de croûtes obstruant les narines, quelques épistaxis, bref un coryza chronique en apparence vulgaire, telle est souvent la première manifestation extérieure de la lèpre. Cette précocité de la rhinite lépreuse nous porte à penser que le bacille de IIansen pénètre souvent dans l’organisme à la faveur d’une érosion insignifiante de là pituitaire. Ainsi s’expliquerait comment le chancre lépreux, dissimulé dans les anfractuosités des fosses nasales, passe toujours inaperçu. Mais cette hypothèse, plausible dans certains cas, ne doit pas être généralisée à tous, car chez quelques sujets le coryza lépreux n’apparaît qu’à la période de maladie confirmée (2). »

Dans une importante communication faite à la Ire Conférence Internationale delà Lèpre, L. Gluck s’exprime ainsi : « Les modifications produites par la lèpre tubéreuse sur la muqueuse nasale sont déjà souvent si prononcées au cours de la première année de la maladie qu’on doit tenir pour certain que leur existence est contemporaine en général du début de la maladie (3). »

En somme, tous les auteurs mentionnés signalent la précocité des localisations nasales de la lèpre et admettent que l’inoculation peut s’effectuer éventuellement au niveau de la pituitaire.

G. Sticker, de Giessen, est beaucoup plus affirmatif : « L’affection primaire de la lèpre, dit-il, est une lésion spécifique de la muqueuse nasale, ayant le plus souvent l’aspect d’une ulcération située sur la portion cartilagineuse du septum. L’affection primaire... existe, souvent, à la période latente de la maladie, comme cela résulte de l’anamnèse, des années avant les premiers nodules cutanés ou les premières localisations sur le système nerveux... Le passage de la lèpre du malade à l’homme sain a lieu de nez à nez, le plus souvent sans intermédiaire... plus rarement, d’une manière médiate par les mouchoirs et les mains contaminées, etc. (4). »

L’opinion de Sticker n’a pas prévalu. Il semble que la pénétration du virus lépreux au niveau de la muqueuse nasale ne soit pas fréquente. Sur 118 sujets qui m’ont fourni des renseignements précis, je ne trouve signalé que trois fois ce mode de début.

A l’asile Matunga, dans l’Inde anglaise, d’après une statistique portant sur 221 cas, le nez n’a été le siège de la première manifestation de la lèpre que dans 12 pour 100 des cas.

Gwyther (Inde anglaise), sur plus de 800 lépreux, ne constate un début nasal que dans la proportion de 2 pour 100 des cas.

Gomez, Avellana, Basa et Nicolas, après avoir pratiqué de nombreux examens de la muqueuse nasale sur de jeunes lépreux, concluent que les premières lésions de la lèpre sont plus précoces sur la peau que sur la pituitaire.

A Culion (Philippines), sur 300 enfants issus de parents lépreux, la manifestation initiale de la lèpre ne s’est montrée sur la muqueuse du nez que 13 fois, ce qui donne un pourcentage de 4,3 pour 100.

Beaucoup de léprologues, parmi lesquels Auché, Lebœuf (Nouvelle-Calédonie), Muir (Inde anglaise), Knowles, White et Richard.son (Philippines), Hollman (Hawaï), sont

(1) J. Goldschmidt, Die Lepra auf Madeira, Leipzig, 1891.

(2) E. Jeanselme et G. Laurens, Des localisations de la lèpre sur le nez, la gorge et le larynx. Bull, de la Soc. niédic. des Iiôpil. de Paris, Paris, 23 juillet 1897, et Ire Conf. Internat, de la lèpre, Berlin, oct. 1897, t. I, 2e partie, pp. 18-48.

(3) Léopold Gluck, de Sarajevo, Die Lepra der oberen Athmungs-und Verdauungwege, Lepra-Conf. zu Berlin, im october 1897, t. I, lre partie, pp. 18-93.

(4) G. Sticker, Thesen über die Pathogenese der Lepra. Ire Conf. internat, de la Lèpre, Berlin, oct. 1897, t. I, lre part., pp. 99-100.

Jeanselme. — La Lèpre.

d’avis que les localisations nasales sont plus fréquentes dans les cas anciens que dans les cas récents, ce qui va à l’encontre de la théorie de Sticker.

Dans la première année de l’infection, d’après Ohashi, l’examen du nez donne un résultat positif dans 16,6 pour 100 des cas ; dans la suite, les pourcentages sont les suivants ; de la première à la deuxième année après le début : 50 pour 100 ; de la deuxième à la cinquième : 47 pour 100 ; de la cinquième à la dixième 55,6 pour 100 et au-dessus de dix ans : 33,3 pour 100.

Le taux des localisations au niveau du nez s’accroît aussi avec l’âge du sujet. Solis et Wade, qui ont examiné le mucus nasal de 250 enfants de parents lépreux, ont consigné les résultats obtenus dans deux tableaux qui sont très démonstratifs :

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