II. — VOIES D’ÉMISSION DU BACILLE DE HANSEN
a) Ulcérations bacillifères situées sur la peau ou les muqueuses des premières voies aériennes ou digestives
De toutes les solutions de continuité, minimes ou grandes, de la peau et des muqueuses d’un lépreux, peuvent s’échapper des bacilles spécifiques. Cependant, il faut faire une distinction radicale entre les troubles trophiques, tels qu’une bulle ouverte de pemphigus ou un mal perforant, et les tubercules ulcérés. Rares ou absents, dans les premiers, les bacilles fourmillent en quantités innombrables dans les seconds et il n’est pas exagéré de dire qu’ils y constituent une véritable culture. Toutefois, cette distinction n’est pas aussi tranchée qu’on pourrait le croire. Qu’une bulle de pemphigus siège sur un derme qui contient quelques bacilles, ils s’accumuleront dans la sérosité, comme dans l’épreuve du vésicatoire préconisée autrefois par Kalindero pour confirmer un diagnostic de lèpre, qu’un mal perforant ouvre un foyer lépreux intra-dermique, et, dans le liquide qu’il sécrète, pourront se mélanger des bacilles en plus ou moins grand nombre.
En général, dans la sérosité non purulente d’un nodule ulcéré, les bacilles sont nombreux, pour la plupart homogènes et uniformément colorés ; quand la sécrétion est purulente, les bacilles sont plus rares, exceptionnels même dans les frottis d’ulcères lépreux (1). Il est donc vraisemblable, bien qu’il ne soit pas possible de l’alfirmer en l’absence de l’inoculation et de la culture, que le suc clair des lépromes récemment ouverts est plus virulent que le pus des nodules depuis longtemps ulcérés.
Un élément dermatologique étranger à la lèpre, comme un bouton d’acné par exemple, peut servir de porte de sortie au bacille spécifique. Il suffit de dénuder par grattage un tubercule lépreux de l’épiderme qui le recouvre pour faire sourdre une gouttelette de sérosité sanguinolente qui peut être bacillifère. Une simple égratignure peut donc laisser échapper des bacilles de la lèpre.
Certains phénomènes physiologiques, la sécrétion des glandes sudoripares et sébacées, la mue de l’épiderme et des poils, peuvent rejeter des bacilles hors de l’organisme du lépreux, si bien que la division généralement adoptée de la lèpre en forme ouverte et en forme fermée n’est pas tout à fait exacte.
Le lépreux essaime autour de lui de nombreux bacilles provenant de son nez, de sa bouche, de sa gorge et de son larynx.
Lorsqu’en 1897, j’introduisis dans la pratique courante l’examen méthodique du mucus nasal qui fournit des données utiles pour l’étiologie, le diagnostic et la prophylaxie
(1) A. Auché, La lèpre en Nouvelle-Calédonie. Arch. de Méd. nav., janv.-juin 1899.
de la lèpre, je me bornais à frotter la muqueuse et à faire des lames avec le liquide légèrement teinté de sang que j’avais recueilli. Au moyen de ce procédé, j’ai obtenu d’abord 60 et un peu plus tard 66 pour 100 de résultats positifs dans les formes nodulaires ou mixtes. Mais je ne tardai pas à recourir à une technique meilleure : celle de la biopsie déguisée. Elle consiste en ceci : 1° Anesthésier la muqueuse au moyen d’une solution de novocaïne ; — Avec une curette tranchante, abraser assez profondément la muqueuse qui tapisse la partie inférieure de la cloison, cela dans l’une et l’autre fosse nasale ; — Ecraser entre deux lames porte-objet le fragment excisé ; — Colorer au Ziehl les frottis.
Quand l’écrasement est facile, c’est généralement l’indice que le derme muqueux est infiltré par une nappe lépromateuse.
Grâce à cette technique perfectionnée, Mlle O. Eliascheff a obtenu, en examinant, le même jour, tous les malades de la Clinique atteints d’une forme quelconque de lèpre, un pourcentage de 80 pour 100 (1).
Sticker, de Giessen, a communiqué à la Conférence Internationale de Berlin (oct. 1897) des résultats concordant avec les miens : sur 153 lépreux dont il avait fait l’examen bactériologique des fosses nasales, dans l’Inde anglaise et en Egypte, il a pu constater dans 128 cas le bacille de Hansen, donc dans la proportion de 85.3 pour 100 (2).
Les recherches de contrôle effectuées par de nombreux bactériologistes de tous les pays ont confirmeé la valeur de la méthode. A titre d’exemples, je mentionne seulement quelquesuns des résultats obtenus dans le tableau suivant :
Auteurs
Pourcentage
Observation