‹ La Lèpre en ColombieChapitre 8 sur 17 · LUTTE CONTRE LA LEPRE · texte numérisé non relu

LUTTE CONTRE LA LEPRE

Malgré les vicissitudes révolutionnaires propres aux pays nouveaux, la Colombie parmi les pays du monde, occupe une première place dans la constante lutte contre le fléau qui a pour cause le bacille de Hansen. É

Mais avant de parler de cette lutte, divisons-là en deux parties : gouvernementale et scientifique.

efforts des gouvernements

On pourrait dire que la lutte contre la lèpre a commencé au même moment que la maladie se présenta. Le premier hôpital pour les lépreux fut fondé en 1772, dans la ville de Cartagena, et en 1791 fut transféré dans une petite île tout près de cette ville : Tierra Bomba. C’est là où se construisit la lèproserie

Caño de Loro, léproserie qui existe encore et qui

forme aujourd’hui avec celle de Contratacion (dans le département de Santander del Sur) et celle de Agua de Dios (dans le département de Cundinamarca), les trois léproseries à la façon de colonies agricoles existantes dans le pays.

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Par les décrets du 21 février et du 21 décembre 1835, le Gouevernement avait ordonné l'isolement de tous les individus atteints de lèpre, mais la loi de 1890 permettait aux malades aisés de vivre chez eux à condition de rester isolés dans leurs domiciles.

Les lois de 1905, 1918 et 1927, en plus d'imposer quelques règles obliga‘oires de prophylaxie, supprima la faculté faite aux lépreux aisés et ordonne pour tous les lépreux sans exception, l’internement dans une des trois léproseries : en même temps, le gouvernement s’engagea à assurer une pension mensuelle à chaque malade; à prendre à sa charge les enfants des lépreux et, pour ces enfants, ordonna la construction d'un asile par la loi de 1918.

La déclaration obligatoire de la maladie, sous peine d'une amende, par tous les médecins et aussi par les habitants qui soupconnaient ou | qui savaient Ja maladie chez quelqu'un.

La loi de septembre 1926 et le décret de février 1929, ordonnent le recensement des lépreux en créant pour cette mission des multiples commissions de médecins compétents, fonctionnant dans les 14 départements et comisaries divisant politiquement le pays; ces commissions, qui sont sous la dépendance de la Direction Générale des Lazaretos, ont les charges suivantes

a) Examiner cliniquement et bactériologiquement

Rome

toutes les personnes auxquells on soupçonne la maladie;

b) Faire les statistiques des malades et noter le degré d'hygiène et conditions dans lesquelles vivent les malades.

c) Faire les observations qu'ils croient convenir. étudier les causes prédisposantes, donner les règles d'hygiène qu'ils croient appropriées.

La Résolution N° 34 de 1929 réglemente l'examen des malades lépreux considérés comme non dangereux pour habiter en dehors des léproseries à cause du traitement qu'ils ont suivi. Tels malades seront mis en observation les examens clinique et bactériologique doivent être négatifs ces observations et examens sont faits par les médecins-chefs de la léproserie et seulement par eux.

Cette observation prélibertaire dure six mois et comptera de la date du premier examen fait par les médecins-chefs. | |

Tous les trois mois il leur sera fait lesdits examens et on laissera constance d’eux.

Le temps d'observation fini, les médecins de la léproserie décideront, selon les examens antérieurs, si le malade doit rester ou se retirer définitivement de la léproserie.

L'article 13 de la même résolution établit que les malades auxquels fait référence cette résolution, et

qui seront déclarés comme non dangereux, c’est-àdire cliniquement guéris, soient mis en liberté, mais avec une garantie de la part des sortants par laquelle ils s'engagent à se faire examiner cliniquement et bactériologiquement tous les six mois par les médecins officiels et au cas où une rechute de la maladie se présenterait, à retourner immédiatement aux léproseries. - La loi N° 32 de novembre 1932 dit continuer d'accord avec les principes universellement acceptés par rapport à la prophylaxie de ladite maladie, en laissant.en liberté ceux qui ne présentent plus de danger social et gardant isolés ceux qui sont dangereux.

Les malades que par l’aisance de leur situation et ne présentant pas de danger, peuvent vivre en dehors des léproseries. Après versement d’un cautionnement, on peut les permettre l'isolement à domicile, mais dans les lieux que détermine la Direction Nationale d'Hygiène, pour qu’ils puissent être sous la vigilance de l'autorité sanitaire et que le traitement leur soit obligatoire.

Le malade ne pourra pas vivre où il y a des enfants sains ét ne devra pas changer de maison.

Le Département National d'Hygiène fondera des dispensaires antilépreux dans les milieux qu’il croit nécessaire et à ces dispensaires, seront obligés d’aller périodiquement les malades, ainsi que les personnes qui habitent avec eux, pour se faire examiner.

Nous pensons qu’à côté des hôpitaux généraux déjà

on, per

Lrpres

établis avec caractère officiel, on pourrait fonder des pavillons spéciaux pour l’hospitalisation et traitement des lépreux dont la situation ne les permet pas de continuer chez eux, le traitement de consolidation.

Un article très intéressant de cette même résolution est celui qui crée la chaire de léprologie dans la Faculté de Médecine, car c’est dans le dépistage et le diagnostic précoce de la maladie, que dépendra en grande partie la réussite du traitement, et, pour que les futurs médecins qui se forment maintenant dans les Facultés du pays, connaissent bien à son début les différents symptômes et modalités de la lèpre, ceite chaire s’imposait dans ladite Faculté.

De même, nous croyons que cette chaire serait nécessaire à la Faculté de Pharmacie, car parfois, celui qui se sent malade, ne va pas directement chez le médecin et se contente d'acheter une simple pommade pour une tache ou un bouton qu'il croit banal et qui peut être, s’agit-il d’un commencement de maladie.

Travaux scientifiques nationaux

Si les Pouvoirs publics ont créés des lois et dépensés d'énormes quantités d'argent dans les aménagements, traitements du personnel traitant, médicaments, etc. le personnel scientifique du pays a pris une grande part dans la lutte et il serait injuste de passer inaperçu

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ses travaux qui, en même temps qu’ils rendent service à la science, font honneur à notre nation.

Nous les résumerons :

Plusieurs livres, thèses, observations et travaux ont

été dédiés par des médecins colombiens à l’étude de

la lèpre et ne pouvant pas nous étendre à l'étude de chacun de ces œuvres, avec nos regrets, nous ne faisons qu’en citer quelques-unes : « Etude sur la lèpre

en Colombie », par le docteur Castañeda, qui donnait beaucoup de règles prophylactiques et qui a eu

l'honneur d’être primée avec 500 pesos par l'Académie de Médecine; les intéressants travaux sur l'anatomie pathologique de la maladie par les docteurs Evaristo Garcia, Nicoläs Osorio et Pio Rengifo; « L’étude de la lèpre », par le docteur Tavera, publié à Tunja; les différents travaux du docteur Uribe Angel; le dernier : en date, l’œuvre du docteur Montoya y Floôrez, publié en 1910, comme hommage de l’auteur aux martyrs de la Patrie dans le premier centenaire, œuvre aussi patriotique que complèle, car elle retrace l’histoire de la lèpre en Colombie sous toutes les faces qui s’y rapportent, depuis l’époque de la Conquête jusqu’à l’année de sa publication.

Le grand léprologue colombien Juan de Dios Carrasquilla, délégué du pays à la Conférence Internationale réunie à Berlin en 1897, membre de l’Aca-

démie Nationale de Médecine, inspiré par les travaux

de Roux et Richet, se voua de tout cœur à l'étude du

baciile et il arriva à préparer le premier sérum contre la lèpre qui lui donna satisfaction en plusieurs cas.

Après de longues et savantes expériences, il arriva en 1899, à faire une culture dans du sérum humain gélatinisé et sous une température de 37° C; après, il le sema dans du bouillon de bœuf alcalinisé avec carbonate de soude et il observa que la même réaction se produisait chez les malades qui avaient été injectés soit avec du sérum des lépreux, soit avec le liquide de culture après avoir été filtré dans le filtre de Kitasato.

Voyons maintenant les travaux sur la biologie du bacille de Hansen, par l'actuel professeur à la Faculté de Médecine de Bogotä, le docteur Federico Lleras Acosta, membre de l’Académie Nationale de Médecine; travail fait en compagnie de son confrère, le docteur Alfonso Rueda.

Le Professeur Lleras Acosta fait une culture du bacille avec de la gélose et bouillon de placenta humain glycériné et humecté avec une solution de trypsine : de cette culture ou du liquide d’un léprome riche en bacilles, fait une émulsion avec une solution saline isotonique et à l’ultramicroscope xamine une goutte de cette émulsion.

Les bacilles se présentent avec une réfringence extraordinaire et il remarque que chaque bacille est formé de plusieurs granulations ou coccus, 3, 4, 5, à manière de toutes petites chainettes de streptocoque;

chaque bacille, c’est-à-dire chaque série de petits coccus, eset limitée par une matière cireuse que forme le protoplasme et d’une réfringence moindre que le corps du bacille.

Une patiente observation a démontré que ces bacilles sont doués d’une mobilité et qu’il ne s’agit pas des mouvements browniens, mais des mouvements vrais à rétraction du protoplasme : en conséquence, le Professeur Lleras conclut que le bacille de Hansen est granuleux.

Ce qui le fait dire que la carapace ou protoplasme du bacille est de nature cireuse, c’est qu’il introduit dans la préparation avec une pipette capillaire, une substance solvante des graisses et des cires, telle que l’acétonee et ensuite le bacille se désagrège; au fur et à mesure que la cire ou la graisse fond par la matière solvante, le champ microscopique rste envahi par une vraie lacune de substances grasses dissoutes, semées de granulations animées de mouvements.

Avec les cultures, il est arrivé à préparer un antigène méthylique selon la technique de Boquet et Nègre et avec cet antigène, il cherche dans la réaction de déviation du complément, une preuve de l’especificité du bacille.

Le même jour qu’il présenta ce travail à l'Académie Nationale de Médecine, à la séance du 30 mars 1933, il présenta l’observation d'une malade âgée de 25 ans, alteinte de lèpre tuberculeuse et traitée par des injec-

EN pee

tions d’antigène, accompagnées d’injections d’antivirus par voie intradermique autour des lépromes deux mois après, la malade allait mieux, mais l’amélioration régressa.

Avant de finir le présent chapitre, il nous faut faire mention par leurs travaux sur la lèpre, des docteurs Carlos Esguerra, du professeur Julio Manrique, qui est venu exprès en Europe pour visiter les léproseries et les moyens prophylactiques qui sont employés dans le vieux Continent : le docteur José Ignacio Chala, qui est l’auteur de la Résolution organique de dispensaires antilépreux en Colombie, après avoir étudié en Hawaï et Carville, l’organisation des léproseries, le docteur Chala est nommé aujourd’hui membre actif de l’Association scientifique de Londres « The International Leprosy Ass ».

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