ARTICLE I PREUVES D'AUTORITÉ
§ 1. — Croyance constante et universelle «les peuples.
Le « Royal Colleg-e » paraît, en cette matière, faire un cas très médiocre de l'autorité. Comme les rapporteurs de la Guyane s'appuyaient sur elle, il les gourmande : « Les citations, en un sens opposé, de pures opinions d'écrivains divers, anciens ou nouveaux, servent peu à déterminer une question de faits. » On s'appuie sur l'autorité dans la pensée qu'elle s'est bien rendu compte des faits. Il nous en coûterait d'y renoncer, parce que le «Royal Collège» manquerait alors de l'appui qu'il trouve dans lapresque unanimité des observateurs les plus expérimentés ; et que, nous, nous serions privés de l'autorité du «Royal Collège » lui-même, autorité qui est fort grande, que les ministres consultent, et sur laquelle ils se fondent pour prendre des mesures excessivement graves. Il y a de minces, autorités, on les laisse ; il y en a de grandes, on les écoute avec respect.
Or, l'autorité du monde n'est point au nombre des minces autorités. La lèpre n'est pas née d'hier. Une croyance perpétuelle et universelle est à peser, et on ne saurait condamner sans une extrême réserve tous les siècles et tous les peuples.
PREUVES d'autorité.
Les documents de Tantiquité qui nous restent sur la question, et surtout le plus étendu et le plus connu de tous, celui des livres de Moïse, nous montrent l'intime conviction des premiers siècles. Sans doute, on a mêlé alors et compris sous le même nom plusieurs maladies différentes ; mais il est bien certain que la plus affreuse de toutes, et qui est toujours et en tous lieux identique, Véléphanliasis des Grecs, tenait la place d'honneur dans les divers maux que l'on confondait sous le terme de lèpre. Un peuple qui sortait de l'Egypte et qui avait séjourné quatre cents ans sur les bords du Nil, ce berceau du mal, ne pouvait pas en être sorti exempt, il est donc juste d'entendre de cet éJéphantiasis ce que le législateur des Hébreux a dit de la lèpre. Or, les règlements qu'il a faits, et qui étaient encore en pleine observance au temps de Notre-Seigneur, "indiquent assez une crainte ou plutôt une horreur extrême et générale. Il ne faut pas dire comme le secrétaire honoraire du Comité, l'honorable D' Gavin Milroy (1), « qu'il n'existe aucune preuve que la maladie était considérée comme contagieuse , et que les lépreux étaient exclus de la société pour une impureté légale, )) parce que les textes de l'Écriture ne laissent pas de doute, et qu'ils sont entendus dans le sens de la contagion par les commentateurs. On peut citer Don Calmet, Cornélius, et môme, si Ton
(1) Gavin Milroy, IVo^es respccting the Leprosy of stcripturc.
veut des noms de médecins, Danielssen et Boeck, Outre que les malades étaient relégués hors du camp et des villes et de la société commune, non point pour un temps, mais jusqu'à ce qu'il plût à Dieu de les guérir; ils étaient encore tenus d'avoir leurs vêtements décousus et la tête nue, d'éloigner promptement d'eux tout passant, et de prendre des mesures pour ne pas l'infecter de leur haleine. A son approche, ils devaient aussitôt couvrir leur bouche, os contectum^ et lui crier qu'ils étaient impurs et souillés, contaminatum ac sordidum se clamabit (1). Il y avait bien d'autres impuretés légales, mais on n'en bannissait pas les sujets loin de toute société humaine, et on ne prenait pas à leur égard des précautions aussi rigoureuses. Il n'est pas besoin d'insister pour faire sentir que ces cris, afin d'éloigner le passant, et cet os contcctum n'étaient pas des mesures purement cérémonielles.
Par le grand nombre de témoignages de tous genres qui nous sont restés, nous savons que ces sentiments étaient encore très vivaces aux premiers siècles de l'ère chrétienne.
Arétée,qui signale le caractère contagieux, est du premier siècle. Alors, la lèpre était endémique en Europe. Ce ne sont pas, comme plusieurs le pensent, les croisades qui l'ont introduite, elle ne l'a jamais quittée.
(1) LéKit. XIII, 45.
l'iiEuvES d'autorité. 25
Dès l'origine de la monarchie française, elle se montre, et il en est fréquemment question. La vierge Eunymia, fille de 'Clotaire II et sœur de Dagobert I", pour éviter des noces humaines et se consacrer à Dieu, demanda et obtint la faveur d'être lépreuse (Bollandisles). On trouvait des léproseries quatre ou cinq siècles avant, les croisades; et Grégoire de Tours en fait mention. En 1226, on en comptait déjà deux mille en France , et Louis VIII publiait des ordonnances pour les organiser. Par son testament , saint Louis léguait deux mille livres à partager entre huit cents léproseries (Bollandistes). 11 n'y avait pas de ville, de bourg et de village qui ne fût obligé d'avoir et qui n'eût sa léproserie.
Muratori dit des choses semblables sur l'Italie.
L'Angleterre et la plupart des autres États européens étaient dans le môme cas.
Et pourquoi tant de lazarets et de lieux de réclusion ? Par les mêmes raisons qui les font encore établir aujourd'hui : la conviction du caractère contagieux et héréditaire. De même que Moïse avait obligé ces malheureux à signaler leur présence, de même, au moyen âge , ils devaient se faire reconnaître par leur crécelle, leur cliquette ou leur petit tonneau. De même encore que, chez les Juifs, il leur fallait se couvrir la bouche, de môme, dans certaines contrées, ils devaient se placer de manière que le vent emportât loin de
celui qui venait à eux leur haleine et l'odeur de leur corps (1).
Il suffit de parcourir les documents de ces époques pour voir combien était grande la crainte de la contagion. Elle était à ce point que, en Écosse, si une femme lépreuse accouchait, on brûlait vifs la mère et l'enfant. Les hospitaliers de Saint-Lazare, qui desservaient une grande partie des maladreries, n'étaient pas seulement autorisés à recevoir des lépreux, ils avaient tout droit, dans l'intérêt public, à les contraindre d'entrer dans leurs maisons.
Mais venons aux temps modernes. Ils ont reçu cette croyance et ils la gardent. Peut-être, dans des localités restreintes, quelque médecin aurat-il autour de lui répandu l'opinion contraire; mais elle n'a pas gagné profondément, et en .réalité rien n'est changé. Les populations croient comme elles avaient toujours cru , agissent comme on agissait autrefois ; et elles font bien. Ici les renseignements surabondent, et l'on peut à son aise parcourir et interroger la terre. Faisons rapidement le tour du globe en compagnie du «Royal Collège», qui se chargera lui-même de prendre et de nous transmettre un certain nonibre de réponses.
Si nous partons des Antilles, nous y trouvons
(1) On peut voir, dans le Traiti} de laSpedahkhed deDanlclsscn et Boeck, de riches détails historiques.
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déjà la persuasion du caractère contagieux. Le D'' Brassac (1) nous le dira pour la Martinique et la Guadeloupe ; le Fiddes pour la Jamaïque , le Imray pour la Dominique , le D"" Gardiner pour Sainte-Lucie. On peut ajouter Trinidad à la liste. Au Vénézuela, dans les Guyanes française , anglaise et hollandaise , au Brésil, cette crainte subsiste, et la législation en porte la trace.
Nous la retrouvons à Madagascar, à Maurice, à Bourbon, chez les Arabes, en Syrie. A Rhodes et en Crète, ces pauvres malheureux sont relégués dans des lieux déserts. A Jérusalem, même dans un hospice qui a été fondé récemment, ils sont réduits à se soigner entre eux ; et le médecin, pendant sa visite, se tient prudemment à distance. En Perse, Tentrée des villes leur est interdite : ils sont confinés, loin d'elles, dans des villages particuliers.
Dans les Indes, celui que le fléau a atteint, qu'il soit riche ou qu'il soit pauvre, n'est plus qu'un proscrit. Personne ne le veut dans sa case^, personne ne le touche, personne ne mange avec lui. Il erre dans son vaste pays, faisant pèlerinage sur pèlerinage, pour expier les péchés dont il pense que son mal est la punition. En émigrant et abordant sur d'autres rivages, l'Indou ne perd pas sa
(1) Brassac, Essai sur l'éléphantiasis des Grecs {lèpi^e phymatode et aphymatodc). Archives de médecine navale (1869).
répugnance. Si, dans notre propre colonie, un lépreux se présente dans un village peuplé par ses compatriotes, il verra toutes les portes se fermer devant lui. Quant aux Européens qui habitent ces mêmes Indes orientales, ils s'entourent de précautions minutieuses. Ils ne prennent, par exemple, jamais un serviteur sans avoir préalablement fait examiner avec grand soin par un employé de léproserie, et son état corporel, et son passé, et l'histoire de sa famille. Que si, plus tard, on découvre quelque signe, le malade est impitoyablement renvoyé. Dans les écoles , une tache apparaît-elle sur un enfant, il faut qu'il parte, ou tous les autres partiraient.
En Chine, on a la plus grande terreur de la contagion et de la communication par le mariage. Ses lois regardent et traitent la maladie comme contagieuse. Un missionnaire de Siam nous a raconté qu'il en était de même dans ce royaume.
Si nous avançons un peu plus loin, sur les terres d'Annam, un missionnaire qui a résidé longtemps dans ce pays , celui-là même qui fut le premier canal pour nous transmettre le remède tant cherché à de si grandes souffrances , nous apprendra comment la superstition se mêle à l'effroi. « La lèpre, dit M. Lesserteur (1), n'est pas seulement héréditaire, elle est contagieuse ; et c'est ce qui explique le nombre fort considérable des lépreux
(1) Lasserteur, Missio7is cafhoL, 14 mai 1873.
PREUVES d'autorité. 29
au Tong-King. De quelle façon et sous quelle influence cette maladie se communique-t-elle, c'est ce que nous sommes impuissant à établir. Toujours est-il qu'il est des personnes, par exemple les proches parents, qui passeront toute leur vie avec des lépreux sans contracter leur mal , et d'autres qui, pour avoir touché un lépreux une seule fois, ou s'être assis quelques instants auprès de lui, en seront atteints.
« Les lépreux se comptent par milliers auTong- King. On en rencontre tout le long" des grands chemins et dans presque tous les villages, demandant l'aumône. En outre, dans les provinces de premier ordre, à côté du chef-lieu, se trouve une léproserie oii la munificence royale entretient, au moins en partie, quelques-uns de ces malheureux plus privilégiés.»
Pour les îles Sandvv^icli, dont nous parlerons plus d'une fois, parce que la lèpre y a été introduite récemment, nous tenons des missionnaires euxmêmes qui évangélisent ces îles, ou résident dans son immense lazaret, que la lèpre y est considérée comme essentiellement contagieuse. »
Enfin, si nous terminons par notre continent européen, le Traité delà spedalskhed a-t-il converti la Suède et la Norwège ? Bien loin de là : plus quelques savants écrivent contre la contagion, plus le peuple croit le contraire. Et là il se trouve en bonne compagnie, car d'autres savants font comme
30 PREUVES DE LA CONTAGIOiN DE LA LÈPRE.
lui, et le Comité médical norwégien ne paraît pas non plus tout à fait gagné.
Voilà donc une croyance qui est celle du monde entier, et qui dure depuis qu'il y a des lépreux sur sa face : cela ne fait même doute pour personne ; il faut du courage pour la contredire carrément. Ces multitudes ne se composent pas uniquement de barbares et d'incapables; elles renferment aussi beaucoup de personnes judicieuses, intelligentes, instruites, qui, vivant dans le foyer même de la contagion, ont vu de près, observé, discuté, et dont la foi, résultant de la connaissance d'un grand nombre de cas, que les observateurs compétents n'auront peut-être pas suffisamment connus et observés, a résisté à l'épreuve.
Dans cette vaste affirmation, il faut comprendre l'Europe entière pendant plus de mille ans, et jusqu'au siècle de Louis XIV. Tous ces rois, ces hommes d'État, ces législateurs, ces administrateurs, ces magistrats, ces savants, ces médecins, ces familles de malades, et cet ordre religieux spécial, si prodigieusement étendu, des hospitaliers de Saint-Lazare, tous ces témoins, disons-nous, qui étaient en rapport incessant avec les lépreux et les léproseries, qui avaient toujours sous les yeux les faits les plus nombreux et les plus variés, qui, pour leurs actes, se trouvaient fréquemment amenés à les examiner et à les juger; qui devaient faire des ordonnances, fonder et régir des lazarets.
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etc., étaient-ils donc sans observation et sans jugement ? Ont-ils eu tort de prendre avec énergie tant de mesures si pénibles, et de couvrir leur propre pays de lazarets ? A-t-on maintenant plus de connaissance alors que l'on a moins d'habitude, et que la lèpre est rare pour le plus grand nombre de ses juges ? Plus d'expérience alors que l'on voit moins ?
Mais cette opinion médicale serait-elle quelque peu ancienne ? Point du tout : sauf les exceptions, qui se sont rencontrées de tout temps , elle date de nos jours. Lorsque, au cap de Bonne-Espérance, on prit des mesures pour isoler les malades , c'était , nous dit un vieux résident , le D"" Abercrombie, sous l'impression que la maladie était contagieuse. Lorsque, dans la Guyane hollandaise, en 1790, le gouverneur Wichers fît mettre à l'écart les nègres et gens de couleur sur les bords du Saramacca, et enjoignit aux blancs affectés de quitter Paramaribo, c'était, dit son ordonnance, parce que la lèpre « se communiquait de plus en plus par la contagion. » Lorsque, dans la Guyane française, en 1839, on fonda la léproserie sur l'îlot dit la Mère, c'était par mesure contre la contagion. Lorsque, en 1841, on prit la résolution d'établir celle de Trinidad, c'était, dit positivement l'ordonnance, à cause de la contagion. Lorsque, en 1844, on érigea celle de New- Brunswick, c'était sur le motif de la contagion
nettement accentué par les quatre médecins commis à l'enquête. Lorsque, vers 1856, à Bourbon, on sentit le besoin, au lieu du petit asile de la Ravine à Jacques, d'avoir un vaste établissement, ce fut dans la ferme conviction, qui, du reste, a persisté, du caractère contagieux. Lorsque, en 1858, on érigea celle de la Guyane anglaise dans l'anse de Mahaica, l'ordonnance, en parlant des «dangers de la santé publique,» en exigeant le confinement des mendiants lépreux, en défendant aux personnes atteintes de préparer ou vendre des aliments, etc., laisse assez entrevoir que, si elle ne prononce pas le mot de contagion, elle la redoute extrêmement.
Mais quel besoin de citer des dates? On sait bien que la foi à la contagion subsiste, plus vieille que Moïse. Or, quand une doctrine nouvelle se produit, c'est à elle à exhiber ses titres, et non pas à la doctrine ancienne qui possède. Et si quelqu'un peut se montrer difficile, c'est nous, nous qui, ayant de notre côté les siècles et les peuples, avons le droit de dire : Vous voulez nos titres ! mais vous, qui êtes nés d'hier, montrez d'abord les vôtres. C'est à vous qu'il incombe de faire la preuve. L'avez-vous faite ? En aucune façon.
Si la nouvelle opinion médicale se fondait sur des découvertes scientifiques importantes et certaines, ou sur des faits inconnus aux anciens, elle aurait raison de vouloir modifier leur manière de
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voir ; mais il n'en est absolument rien. A la place de ces preuves nouvelles et irrésistibles qu'on est en droit d'attendre, que présente-t-elle ? Pas autre chose que deux faits qu'elle appelle des faits d'expérience, et qui ne prouvent au contraire que le manque d'expérience, deux données qui résultent d'une observation incomplète et par suite erronée. On connaissait ces faits autrefois, alors que tout le monde vivait en plein pays de lèpre ; mais ils ne produisaient pas d'illusion, parce qu'on en voyait encore beaucoup d'autres. « La plupart des rapporteurs, comme le Comité ne craint pas de le constater, ne donnent pas même des faits à l'appui de leur opinion. •) Les observateurs vraiment compétents^ ayant vécu comme les peuples eux-mêmes en contact prolongé avec le mal, et surtout l'ayant sérieusement étudié, sont réellement très rares. C'est un cri général que cette maladie n'est pas connue.
Cependant on s'explique très bien l'opinion nouvelle : plusieurs causes l'ont produite et l'entretiennent.
1° La lèpre est presque ignorée des médecins d'Europe. En lisant Rayer (1), par exemple, on voit qu'il n'en possédait que des notions imparfaites.
2° La maladie n'étant pas hautement contagieuse, et la majorité des personnes exposées lui
(i) Rayer, Traité théorique et pratique des maladies de la 2"= édition. Paris, 183fi, avec atlas.
échappant, cette majorité restée saine et sauve est ce qui frappa tout d'abord.
3° L'action contagieuse étant insensible et ordinairement fort lente, l'origine vraie se perd dans le passé, et les conséquences de l'avenir ne lui sont pas rapportées.
4° Une autre cause puissante, l'hérédité, attire l'attention, et éclipse celle d'une transmission souvent inaperçue par le malade lui-même.
5° Les populations, se gardant presque partout, non seulement avec soin, mais avec terreur, de la contagion, en diminuent considérablement les chances et les cas.
Aussi la contagion sévit avec violence là oîi l'on s'abandonne sans crainte ; mais elle devient rare et presque nulle dans les contrées qui la redoutent, et ou l'on s'isole des malades. D'oiî ce double fait en apparence contradictoire, mais dont les deux parties dérivent cependant delà même loi , que dans tel pays il y a beaucoup de cas de contagion, et que dans tel autre il ne s'entrouve presque point. Iln'estalorspas surprenant que , ne voyant pas la contagion , on la nie ,
A tous ces motifs très sérieux il n'est pas interdit d'en ajouter un dernier qui ne manque pas non plus de vérité : c'est celui de l'enseignement des facultés et de la mode. Et, tout comme pour la lèpre, sans s'en apercevoir, les personnes prédisposées aux nouveautés sont victimes elles-mêmes de la contagion... de l'idée de non-contagion,
PREUVES d'autorité. 00
qui a l'avantage d'être officielle et de paraître celle
des savants. Et puis, et puis , les médecins et
les écrivains sont des hommes ; et une fois que leur sagesse a émis une opinion, n'ont-ils pas une tendance à ne plus voir et à s'opiniâtrer ?
§ 2. — Autorité des médecins expérimentés.
Oserons-nous dire que la conclusion du Comité nous semble empreinte d'opinion préconçue et manquer de l'impartialité et de l'exactitude requises en aussi grave matière.
]\ avait, sur le numéro 10, posé la question que nous avons mentionnée : « Avez-vous rencontré , etc. » Les réponses reçues, la conclusion
fut donc : « La presque unanimité des observateurs les plus expérimentés dans différentes parties du monde est entièrement opposée à l'opinion du caractère contagieux. »
Les vérifications sont toujours bonnes. Recommençons le tour du globe que nous avons fait il n'y a qu'un instant, afin de prendre les voix, et de nous assurer s'il est bien vrai que lapresque unanimité des observateurs les plus expérimentés est entièrement opposée à la croyance que la lèpre est contagieuse.
New-Brunswigk. — D"' Gordon. « La maladie paraît propagée par transmission héréditaire, mais cependant pas de cette manière unique. Ainsi des individus de race différente, vivant dans une môme
36 PHEUVES 1)K LS. CONTAGION DK LX LÈPIIE.
maison avec des lépreux, ont été infectés et sont morts de la maladie. »
Le D'Bayard, quoique lui-même n'admette pas la contagion, raconte que, ving^t ans auparavant, le gouverneur Golebrooke avait chargé quatre médecins d'étudier une maladie nouvelle qu'on lui signalait. Ils déclarèrent que c'était l'éléphantiasis des Grecs, et que cetie maladie était contagieuse. En conséquence, on établit un lazaret pour séparer et y confiner les malades. La sévérité des ordonnances pour la recherche et la séquestration de ces malades fut même poussée jusqu'à l'exagération.
Saint-Vincent. — D"" Checkley. « J'ai trouvé un cas dans lequel on disait que la maladie avait été communiquée à un enfant, qui n'était pas héréditairement prédisposé, par contact avec un lépreux à ulcères purulents. »
LaBarbade. — M. Rogers. « Je connais deux cas dans lesquels le mal a été communiqué à deux jeunes gens en bonne santé par proximité (et peutêtre par contact direct). Dans les deux cas il y avait ulcération purulente. Les jeunes gens finirent par présenter la même forme de maladie. »
Stevenson. « Je ne pense pas que la maladie soit infectieuse, mais je pense qu'elle peut être communiquée par contact direct. »>
Le docteur cite deux cas. « Le premier est celui d'une personne qui avait accidentellement dormi dans un lit souillé du pus d'un lépreux. Le second,
PREUVES d'autorité. 37
celui d'un serviteur qui avait pansé les ulcères d'un malade. Tous deux devinrent lépreux, quoiqu'ilsne fussent ni parents des patients, ni entachés d'influence héréditaire. »
La Grenade. — Aquart. «J'ai vu parmi les personnes affectées quelques malades chez qui la contagion paraissait évidente.
(c Une jeune fille d'environ 12 à 14 ans avait dormi dans le même lit avec une jeune femme qui avait les symptômes de la lèpre ; au bout de douze mois, la jeune fille présentait des plaques rouges, et sept ou huit ans après, elle était complètement affectée. La mère de la jeune fille contracta la maladie, mais le père échappa.
« J'aivuunautre cas parfaitement semblable, mais les autres membres de la famille restèrent exempts.
« Je pense que la contagion a lieu quand les ulcères donnent abondamment, ce qui ne peut se présenter que pour la lèpre tuberculeuse (1). »
Tabago. — D"" Elliot. a Je n'ai pas vu, mais j'ai entendu dire et je suis disposé à croire que la maladie est contagieuse. »
Trinidad. — Lors de l'enquête du « Royal Collège» ,en 1863, les D'' Saturnin, Murrayet Anderson répondirentqu'ils n'avaient pas rencontré de cas de contagion. Mais, vingt-deux ans plus tôt, en 1841, des vues très accentuées engagèrent le gouverneur
(1) Le D"" Aquart commet ici une erreur. La forme ancslhéliquc a ses ulcères comme la forme tuberculeuse.
38 PREUVES DE lA CONTAGION DE LA. LÈPRE,
Mac Leod et le Conseil législatif à fonder un asile pour les lépreux indigents. Les premières paroles de l'ordonnance furent les suivantes : « Attendu que la maladie contagieuse^ apjielée lèpre ^ s'est accrue dans la colonie pendant ces dernières années... » Et quand, en 1845, le même gouverneur envoya M. Rochard, le premier intendant de l'asile qui existe aujourd'hui, prendre possession de son poste, il lui recommanda expressément, pour éviter la contagion, de ne point y établir ses enfants avec lui.
Guyane britannique. — Il est digne de remarque que, dans la Guyane britannique, où la maladie est très répandue et oii l'expérience peut reposer sur de nombreuses observations, tous les répondants, sans exception, se prononcent pour la contagion. Plus tard, dans le rapport de 1875, sur seize répondants, cinq ne donnèrent pas d'opioion, quatre se prononcèrent contre, et sept pour, c'est-à-dire une notable majorité.
D"^ Manget, chirurgien général de la colonie. (( Je n'ai rencontré que deux cas dans lesquels, après investigation minutieuse, je crois que la maladie a été commuoiquée par contact direct. Mon opinion personnelle est en faveur du caractère contagieux de la lèpre, et je pense qu'elle peut être propagée par la matière des tubercules ulcérés appliquée sur quelque partie vive.
(( Des deux cas auxquels je fais allusion, l'un
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est celui d'un Anglais de 35 ans , qui , après avoir cohabité quelques années avec une femme de couleur, dont il eut un fils, vit des taches suspectes appaj-aître sur son corps. 11 partit pour l'Angleterre, oii il resta deux ans, pendant lesquels le mal fut stationnaire. 11 retourna à Demerara pour quelque temps; mais, le mal s'accroissant, il revint encore en Angleterre, oii il est mort avec tous les symptômes de la lèpre. La femme, tant qu'elle vécut avec cet homme, n'était pas soupçonnée d'avoir le moindre signe de maladie; mais on découvrit ensuite qu'elle avait quelques taches sur le corps; et une de ses sœurs était tout à fait lépreuse. La maladie de la femme devint bientôt évidente^, et quand son fils eut 5 ans, les signes apparurent sur lui.
0 L'autre cas est celui d'un jeune homme de race blanche, âgé de 25 ans. On pensait qu'il avait contracté la maladie en dormant quelquefois dans le même lit, et faisant usage de la même pipe avec un jeune Maltais, qui avait alors des taches ignorées de son camarade. Après une familiarité de six mois environ ^ de funestes taches rouges se montrèrent sur la face et sur les autres parties du corps. Les mains et les pieds, et bientôt après le nez et les oreilles entlèrent, etc. 11 est mort environ vingt mois après la première manifestation des symptômes. »
Quoique le D' Manget ait parlé, en commençant.
de la propagation par la matière des ulcères, on observera que, dans les deux cas qu''il cite, il n'y avait, à l'époque de la contagion, aucun ulcère. « La femme, tant qu'elle vécut avec cet homme, n'était pas soupçonnée d'avoir le moindre signe de la maladie , » et le jeune Maltais « n'avait que des taches ignorées de son camarade. »
Un peu après, lorsque le D" Manget eut connaissance de la conclusion négative qui avait été donnée par le « Royal Collège » , sa pensée ne changea pas; il écrivit (1) : « C'est une question pour laquelle je ne suis pas encore préparé à donner une réponse bienétayée, malgré la décision à laquelle le « Royal Collège » est arrivé, que la lèpre n'est pas contagieuse. » Enfin, on a vu que, en août 1875, sur les faits de contagion signalés par le D' Cameron, il avait fait avec le D'' Watt un rapport qui concluait dans le même sens que ce docteur.
D' Reed, médecin de l'asile général des lépreux. A la question : « Avez-vous rencontré des cas... ?» Il répond : « Oui, quand la lèpre était dans un stage d'ulcères. Le premier est celui d'un soldat, né en Angleterre, qui tomba malade à l'âge de 55 ans, et mourut à l'âge de 62. C'était un cas de Joint evil (maladie des jointures, forme anesthétique). Le second est celui d'un jeune nègre de 12 ans, qui était dans l'habitude d'aller avec un lépreux affecté de la forme tuberculeuse avec ulcères. »
(d) Mangot, Rapport,]). 214.
PREUVES d'autorité.
D' Pollard. « Mon opinion, claire et nette, est que le mal est contagieux à tous les degrés et sous toutes ses formes, et spécialement après l'ulcération. J'ai vu beaucoup de cas qui ne peuvent appartenir qu'à la contagion : la conviction des parties et le plus rigoureux examen de l'histoire des cas ne donnent aucun lieu de penser qu'il y eût quelque signe préexistant dans la famille. Le fait est notoire en ce qui touche une famille blanche distinguée de la colonie qui, ayant méconnu les avis de ses conseillers médicaux sur le danger de permettre aux jeunes membres de jouer avec un enfant nègre qui offrait des symptômes du mal, les vit tous infectés les uns après les autres, et la majorité tomba victime de sa fatale indiscrétion. » Ce cas était très connu à Demerara : il est rapporté aussi par le D' Gameron, qui dit que la famille était nombreuse, et que le père, lui-même, ne fut point épargné.
A l'enquête de 1 875, le Pollard avait conservé les mêmes convictions.
Le DufPey cite des cas, mais qui paraissent appartenir à l'inoculation.
Le D-- Carney, à la question, répond : « Oui. La maladie était dans une période d'ulcération. Une petite fille de 7 ans, bien portante, dormit dans le même lit avec un petit garçon de 9 ans, qui était malade : elle devint lépreuse. »,
D' Van Holst. « De ce que j'ai vu et entendu à
Surinam, où l'on porte plus d'attention à la maladie que dans la Guyane britannique, je crois que la maladie est contagieuse. J'ai connu un officier de haut rang qui l'avait contractée par sa cohabitation avec une femme dont la famille était affectée. Dans la Guyane hollandaise on redoute de serrer la main à une personne suspectée de la maladie, et même de s'asseoir sur une chaise qu'elle a occupée^ ou d'user des mêmes cabinets. )>
Une femme dont la famille était affectée l il ne semble pas que cette femme eût elle-même des signes bien marqués et surtout des ulcères.
On sait que Schilling qui, vers la fin du dernier siècle (1), a habité Surinam, est le plus énergique partisan de la contagion.
CoRFOU. — Proto -médico. « L'opinion générale est que la maladie est contagieuse après un certain temps. J'ai rencontré deux cas qui m'ont établi dans cette opinion. Dans une famille, trois membres furent victimes : le père, d'abord ; quand la maladie fut très avancée et avec ul cération , sa femme futafi'ectéeàsontour; et enfin, le fils, qui était né un an avant que le père fût attaqué, contracta le mal en dormant avec ses parents dans le môme lit. — Dans une autre famille, le mari fut le premier atteint, et, trois ans après, sa femme partagea son sort. »
CoNSTANTiNOPLE. — D' de Castro. « Dans la plupart des cas, je n'ai pas observé de contagion; mais,
[\) Schilling, De lepra commentationes.
PREUVES d'autorité. 43
dans quelques-uns que j'ai relatés (1), la transmission par cette voie est, je pense, certainement prouvée. »
Le Comité fait observer que ces cas furent discutés à l'Académie impériale de médecine de Constantinople, et que plusieurs membres les considérèrent comme loin d'être probants. Nous ne connaissons pas les cas du D' de Castro; mais, en lisant la note du Comité, n'a-t-il pas pensé que plusieurs autres membres les avaient considérés comme très probants ?
Perse. Tabreez. — Consul général Abbott, d'après le docteur anglais Cormick, ancien résident dans la contrée. « Il n'a pas vu de ces cas de contagion directe, quoique la maladie soit ici considérée comme très contagieuse. Il pense que la matière des ulcères doit être hautement contagieuse. »
Chine. Canton. — Consul Roberston, d'après les médecins chinois et les chefs d'une léproserie qui ne contient pas moins de neuf cents malades. « Des cas de contagion sont connus. 11 y avait période avancée de la maladie avec ulcères purulents. Je n'ai pas vu moi-même. On croit que la maladie se transmet le plus souvent par les rapports sexuels. »
Maurice. — D' Regnaud, médecin de la léproserie. « Les deux cas suivants m'ont récemment montré que la maladie était transmissible dans certaines circonstances.
(1) Castro, Gazette médicale d'Orient, mai i86i.
« 1 . Un blanc, afPecté de la forme anesthétique, avait un ulcère fétide au talon. Sa femme, ainsi que je le faisais moi-même, était dans l'habitude de le panser chaque jour. Elle était probablement moins soigneuse que moi de se laver les mains après chaque pansement. Un mois après la mort de son mari, une tache apparut sur la joue droite de la femme, et, dans les deux mois qui suivirent, d'autres tâches se montrèrent sur le corps. Depuis lors il n'y a pas eu de doute qu'elle ne fût lépreuse. C'est maintenant le huitième mois après la mort de son mari.
« 2. Une femme du pays, de race noire, qui avait d'un premier mari un fils de 5 ans, se maria une seconde fois à un noir affecté de la lèpre tuberculeuse. L'enfant, qui vivait beaucoup dans la compagnie de cet homme, prit la même forme de mal. Il n'y avait trace d'hérédité ni du côté de la mère de cet enfant, ni, dans le cas précédent, du côté de la femme. »
M. Ford. « Je n'ai pas vu de cas; mais il est possible que la maladie devienne contagieuse dans certaines circonstances particulières.»
Boltan. « Je n'ai pas rencontré de cas ; mais de ce qui est arrivé à ma connaissance, je crois possible la transmission par contagion.
« C'est le fait d'un jeune garçon de 14 ans, né de parents européens ( le père était de Kent et la mère irlandaise), qui fut attaqué de la lèpre à
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l'ug-e de 7 ans. Le père attribue la maladie à la vaccine ; mais je n'ai pu découvrir si l'enfant dont la lymphe avait été prise , était ou non d'une famille de lépreux.»
Les Seychelles . — Ces îles , qui dépendent de Maurice, ont leur lazaretàl'île Curieuse. M, Ward, commissaire civil , écrit en 1 864 , dans son rapport annuel : « On ne peut se former d'opinion arrêtée touchant le caractère contagieux. Il y a bien à dire sur ce point; et il est difficile d'être convaincu que l'effrayant spectacle que l'on a ici, ces visag-es donc tous les téguments sont rongés, et ces doigts ou orteils dont il reste à peine des tronçons, n'ont rien que d'innocent.
, « Je puis mentionner aussi, pour répondre à l'opinion de la majorité des médecins sur le caractère non contagieux de cette terrible maladie, que le D'' Robertson, qui avait autrefois la charge médicale de la léproserie de Curieuse, était lui-même incontestablement lépreux. Sa maladie n'était pas dans une période très avancée, mais il n'y avait pas l'ombre d'un doute qu'elle n'existât. »
Sir Henry Barkly, gouverneur de Maurice, dans sa dépêche du 15 mars 1864, en transmettant à l'Office colonial le précédent compte rendu, ajoute de son chef : « Mon expérience personnelle dans les Indes occidentales me fournit des cas semblables à celui qui est relaté par M. Ward, dans lesquels des Européens, en communication con-
stante avec des lépreux, sont tombés eux-mêmes victimes de la maladie. Et, pour moi, je n'ai aucun doute qu'elle ne peut être communiquée dans certaines de ses phases à une personne, en tout état de santé, qui a quelque coupure ou quelque plaie. »
Les lignes qui précèdent renferment plusieurs cas, celui du D'' Robertson, raconté par le commissaire du Seychelles, et ceux des Européens dont le gouverneur de Maurice parle par expérience personnelle. Mais, allant plus loin que ce dernier, nous retrancherons la nécessité des plaies et coupures. Tous les Européens que sir Barkly a connus n'avaient probablement pas des coupures.
Madagascar. — Davison. « La maladie ne peut être grandement contagieuse ,dans le sens ordinaire du mot : nous avons constamment vu des maris affectés vivre avec leur femme pendant des années sans leur communiquer le mal, et vice verset. Mais il est certainement digne d'attention que tant que les lois de Madagascar exclurent les lépreux de la société, la maladie se tint renfermée dans certaines bornes ; mais lorsque ces lois tombèrent en désuétude, le mal se répandità w?z degré presque incroyable. Il n'y a pas de doute que ce résultat provient en partie de ce qu'on laisse les lépreux se marier sans empêchement, mais les naturels sont aussi fortement convaincus que la maladie est inoculable. »
Ceylan. — T. A. P. « Je n'ai pas rencontré de cas de communication contagieuse, quoique la
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croyance populaire de cette contrée soit fortement en faveur de la communicabilité.
<( Je suis incliné à croire que la maladie dans ses périodes avancées et avec ulcères est capable d'infecter des personnes saines, si elles sont fréquemment en contact avec les malades, ou vivent avec eux dans une étroite proximité , et respirent dans les appartements oii ils sont confinés l'air saturé de leurs pénibles émanations.»
Présidence de Madras. — W. Innés, député inspecteur général des hôpitaux. « La maladie est à un certain degré contagieuse ; et les personnes de service auprès des malades souffrent dans une plus grande proportion que le reste de la population. Mais une grande majorité d'entre elles, quoique exposées à la contagion, y échappent.»
Présidence du Bengale. Bankurah. — M. Bowser. «Oui, quand la maladie est dans une période d'ulcération ; mais il faut être dans un contact actuel soit de la personne, soit des habits portés par le patient, ou se laver dans le même réservoir. On mentionne le cas d'un homme dans la famille duquel il n'y avait pas de lépreux, et qui devint affecté après son mariage. Bientôt après la naissance de son premier enfant , il découvrit que sa femme était lépreuse, et très peu de temps après, il le devint lui-même.»
Il serait difficile de croire dans ce cas à la présence d'un ulcère.
48/ PREUVES DE LA. CONTAGION DE LA. LÈPllE.
Sambalpur. — M. N. Jackson. « Au sujet de la contagion, il paraît y avoir place au doute. Je n'ai jamais connu ou entendu citer un cas dans lequel la circonstance d'un simple contact ait produit la maladie ; mais si on a été exposé à un contact prolongé ou à une étroite proximité avec les personnes malades, il y a lieu de croire que leur maladie s'est communiquée. »
Un autre D'^ J. Jackson s'exprime ainsi : « La maladie n'est pas contagieuse dans le sens ordinaire du mot... Mais, par suite de ce que l'on m'a appris, il y a un doute dans mon esprit au sujet de l'inoculation. On m'a raconté le cas d'un Européen qui serait devenu lépreux à la suite d'une coupure faite par un rasoir qui avait servi à un lépreux. » Le docteur cite encore le cas d'un Européen qui avait contracté la maladie d'une servante favorite très assidue auprès de lui. Et il fait en même temps remarquer qu'aucun serviteur ne reste dans une maison s'il a une lèpre tuberculeuse avec ulcères.
KuTTACK. — M. Mantell. « J'ai rencontré un cas certain dans lequel la maladie était communiquée par contact.» Il raconte qu'il s'agit d'un serviteur qui lavait et pansait les ulcères de son maître, et le mouvait sur son lit.
MozuFFERPUR. — D«' Macuamara, médecin de la léproserie, et qui avait traité les cinq dernières années non moins de 2,500 malades dans son
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hospice. « Je connais un certain nombre de cas qui renferment une preuve claire de la nature contagieuse de la maladie. Un très bon exemple de ce genre m'a été raconté ce matin par mon sousassistant chirurgien. Il est arrivé depuis peu d'Almarah. En 1852, il commença à être en rapport avec l'hospice que la mission y a établi pour les lépreux. A cette époque, le portier et son compagnon étaient des hommes en parfaite santé, et, quoique constamment avec les malades dans l'établissement, ils vivaient à la porte d'entrée qui donnait sur la cour de l'hôpital. En 1856, ces deux hommes devinrent eux-mêmes des pensionnaires de l'hospice, souffrant de la pire forme de la lèpre. Il n'y avait pas la moindre raison de croire que les parents de ces hommes fussent affectés ; et ici il n'y a qu'une manière d'expliquer leur malheur, et cette manière est la contagion.
« Je crois que la lèpre est contagieuse seulement quand la période d'ulcération est commencée ; et il paraît qu'elle prend beaucoup de temps pour affecter le système. Ce n'est pas une affaire de jours ou même de mois , mais souvent d'années.
« Oui, elle est communicable par les rapports des sexes; il ne peut y avoir de doute sur ce point. ))
Nous retrouverons plus loin le môme docteur apportant en faveur de la contagion la preuve frap-
pante de la propagation aux Sandwich , et s'appuyant sur les observations du Hildebrand, de Honolulu.
Provinces du Nord-Ouest. Agra. — D' Murrey, député inspecteur général des hôpitaux. « L'impression générale est que la maladie est contagieuse. Cela se présente dans les familles de lépreux, quoique la femme d'un malade ne soit pas touj ow's dXÏQmiQ. »
Banda. — W. Keates, chirurgien major, a La maladie est considérée comme contagieuse par les naturels.» Il raconte que certains serviteurs pansant les plaies de leur maître n'ont pas été atteints, ce qui n'a rien de bien surprenant. Puis il ajoute : « D'après un autre rapport j'ai recueilli que, lorsque la maladie est pleinement établie et avec ulcères très purulents, des personnes sont devenues lépreuses par contagion. Mais je ne puis fournir sur ce point aucune information décisive.»
Meerut. — Nand Kumar Mitr. « C'est certainement une affection contagieuse. »
BuDAON. — M. William. « J'ai rencontré des cas dans lesquels la maladie prouvait son caractère contagieux quand on avait longtemps , c'est-àdire un ou deux ans, vécu dans une étroite proxitnité avec le malade. La maladie était en pleine vigueur et avec ulcères purulents.»
L'auteur fait ici allusion à ce que lui a raconté j un malade, à savoir que son frère, âgé de 16 ans,
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avec lequel il vit, dormant constamment dans le même lit et mangeant au même plat, commence à être attaqué de la lèpre.
Rajputana. Harowti. — Naim Khan dit qu'il a connu le serviteur d^un lépreux qui contracta le mal en soignant son maître.
SiNGAPORE. — D' Rose, chirurgien major, exerçant dans le pays depuis dix-neuf ans. « J'ai rencontré trois cas dans lesquels je puis avec certitude affirmer que la maladie a été contractée par contagion directe et continue. Le premier est celui d'un enfant européen, dont la famille n'avait jamais connu la maladie, et qui la contracta en faisant sa constante société d'un jeune Chinois qui était affecté.
« Dans les cas suivants la maladie était pleinement développée ; cependant il n'y a:vait pas d'ulcération, mais une transpiration très abondante et désagréable. » Ces cas sont ceux d'un pharmacien atteint de la lèpre, qui communiqua son mal à deux personnes vivant avec lui, son assistant et son neveu.
Ajoutons, de notre chef, deux autorités récentes.
Bourbon. — T. R. P. Limbour, directeur de la léproserie. « Voici mon avis et celui de la plupart des médecins de Bourbon : Je ne pense pas qu'il y ait danger dans un simple contact à sec ou par l'intermédiaire d'un corps isolant ; mais je crois qu'il existe au contact des humeurs, comme plaie
contre plaie, transpiration communiquée par le contact, relations des sexes, etc. (On se rappelle ce que le môme Père nous a déjà dit (1) sur une autre voie, celle de Yinfection.) Je ne doute pas que le mal ne puisse se communiquer ainsi. Cette opinion est celle de bien des médecins de Maurice et de Bourbon avec qui je me suis entretenu du terrible mal. Je conviens que quelques autres médecins défendaient l'innocuité complète du contact, mais ils étaient plus rares, et les premiers formaient la majorité. C'est aussi le sentiment le plus répandu dans la population de ces deux îles et dans l'administration. » Cette dernière Ta fait voir par sa législation et par les mesures qu'elle a prises. Quant au P. Limbour, tout à l'heure il nous fournira des cas.
Guyane française. — Le D"" Lenourichel, médecin de la léproserie de l'Acarouany, et qui réside dans les contrées oii se trouve peut-être le plus intense foyer du monde, proclame hautement la contagion.
On conçoit bien que nous ne donnons guère ici que les autorités que nous offre le rapport luimême, sans quoi il faudrait une nomenclature sans fin.
Après avoir parcouru la longue série de ces témoignages, dont plusieurs appartiennent à des médecins ou directeurs de grandes léproseries, à
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des chirurgiens majors, à des inspecteurs généraux d'hôpitaux, à d'anciens résidents, qui ne sera surpris de la conclusion du rapport : que la conviction presque unanime des observateurs les plus expérimentés est entièrement opposée à la croyance que la lèpre est contagieuse ? Il n'est pas exact que ce soit la presque unanimité ; il n'est pas exact que ce soient les observateurs les plus expérimentés ; il n'est pas exact de dire que les quelques cas rapportés dans le sens contraire, ou bien reposent sur une imparfaite observation, ou bien sont relatés avec si peu d attention aux détails nécessaires, quils ne peuvent affecter la conclusion négative. Cela est malheureusement vrai d'un certain nombre, mais il en reste suffisamment de bien établis ; et, en tout cas, l'ensemble était assez imposant (car il ne s'agissait pas seulement de quelques c«5)pour qu'il dût engagera suspendre le jugement, et surtout à ne pas le porter d'un ton si absolu. Ce qui est plus exacte c'est que la conclusion- affirmative est celle de beaucoup d'hommes bien placés et pleins d'expérience ; et nous verrons bientôt que l'opinion qui repose sur une observation imparfaite est l'opinion du Collège.
Une grande quantité de cas irréfragables n'est point du tout nécessaire à la preuve. Tandis que les faits purement négatifs, à savoir que la contagion n'a pas eu lieu dans tels et tels cas et môme dans beaucoup de cas (et le rapport n'en donne pas d'autres), ne sont pas suffisants pour établir une
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proposition positive et une rèyle générale; ce serait assez, à la rigueur, d'un seul fait positif et certain de contagion pour montrer que la lèpre est contagieuse.
La plupart des opinions que nous avons énumérées admettaient la transmissibilité avec des ulcères en suppuration ; mais il ne faudrait pas se hâter de conclure à l'inoculation, en laissant de côté la contagion. Cette inoculation devrait aussi être prouvée, et non pas seulement supposée. Pour s'effectuer, elle demande que la matière soit déposée sur une grande partie apte à l'absorption ; et cette disposition est loin de se présenter toujours. Caché sous les vêtements, sous les pieds, enveloppé soigneusement, l'ulcère est le plus souvent hors d'atteinte ; et si son action inoculatrice peut s'exercer parfois, elle ne saurait atteindre que peu de personnes, et elle n'a certainement pas atteint tous ceux qui ont été victimes. Il ne faut pas oublier, non plus, que ces ulcères peuvent agir par l'infection, laquelle n'est pas l'inoculation. Et puis, que de cas de transmission sans ulcères ! Chose étrange ! plusieurs des répondants qui signalent le danger des ulcères citent des cas 011 il n'y avait pas d'ulcère.
On ne peut traiter un tel sujet sans parler de l'opinion des D" Fox et Farquhar, et de celle de Danieissen et Boeck, qui sont d'un si grand poids dans ces matières.
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Les D'' Fox et Farquhar ne seront certes pas cités comme des partisans de la contagion, qu'ils combattent ; cependant ils avouent que certains faits les ont vivement frappés ; et dans le schéma qu'ils firent circuler dans les colonies pour servir de base aux réponses^ ils écrivent (1) : « Nous pouvons en appeler à des faits positifs pour montrer que la lèpre se répand probablement par le libre contact des personnes en santé avec les lépreux dans les districts oi^i la maladie n'est pas endémique, où son apparition et sa propagation ne peuvent €ans doute s expliquer que de cette manière^ et oii dans quelques cas le régime et la moralité du peuple ont fait de merveilleux progrès. » Ils citent alors en faveur du caractère contagieux les exemples saillants du Madagascar et des îles Sandwich, que l'on trouvera plus loin. « En qualité d'observateurs sincères et scientifiques, •concluent-ils, nous ne pouvons passer sous silence la valeur de tels faitë, ni les attaques de ceux qui pansent les plaies des lépreux (?). » C'est fort bien ; mais sont-ce là des adversaires de la contagion ?
Venons à Danielssen et Boeck : ils sont résolûment anticontagionnistes.
« Nous devons aussi, disent-ils (2), mentionner en ce lieu que la spedalskhed fut souvent considérée comme une maladie contagieuse ; mais, parmi
{\) Fox et Farquhar, page 26.
(2) Danielssen et Boeck, page 340.
la foule de spédalsques que nous avons^ observés par centaines et que nous avons journellement fréquentés, il n'existe pas un seul exemple que le mal se soit étendu par la contagion. Nous connaissons beaucoup de mariés, dont l'un a été spédalsque, qui ont vécu beaucoup d'années ensemble et conjugalement, sans que l'autre ait été attaqué de la maladie. De même, à l'hôpital de Saint-Georges, il a vécu beaucoup d'individus sains en compagnie de spédalsques, plus de trente ans, sans être aCTectés de cette maladie... D'après nos observations, nous ne pouvons que nier la contagion de la spe-dalskhcd. »
Deux réponses.
1" Les illustres docteurs norwégiens s'appuient sur les deux preuves que le « Royal Collège » a admises avec eux : nous espérons en montrer l'inanité.
2° Ces savants, si remarquables du reste, ne semblent pas du tout dégagés d'esprit systématique, et sur des points très graves leurs observations et solutions sont à revoir. En traitant de l'hérédité, nous en donnerons un exemple frappant, qui ira juste au sujet actuel (I). Et, en
(1) Voici une autre preuve de cet esprit systémiiliquc. Nos auteurs sont d'opinion que la lèpre ne se rencontre que sur les rives de la mer et dans les lieux bas ; cl alors ils sont prCts à rejeter son existence en certains points du Mexique, parce que ces points sont « situés dans l'intérieur, à huit mille pieds au-dessus du niveau de la mer ». Ils n'ignorent cependant pas que, au
PREUVES d'autorité.
ce qui concerne la contagion, ceux qui assurent, au milieu de leurs cas si nombreux, n'en avoir pas trouvé un seul exemple, Rnraient peut-être bien dû la reconnaître, ou au moins la soupçonner chez plusieurs sujets, notamment chez cette malade (1), gui ne présentait rien du côté de l'hérédité, mais cwait couché pendant un an avec line lépreuse ; et chez cette Régine Larsdatter (2), née de parents sains, n ayant jamais entendu dire que personne de sa famille fût spédalsque, mais qui avait été élevée par une femme morte spédalsqiie. Ces cas ne sont pas les seuls. Si l'on ne veut pas voir, on ne verra pas. Et dans ce même hospice de Bergen, oiî Danielssen ne trouve pas un. seul cas de contagion, exerce le D' Hansen^ qui ne trouve que cela. Notre autorité est certes des plus petites, cependant nous vivons aussi dans un grand hospice, et nous connaissons beaucoup d'autres malades, et nous pouvons affirmer que nous croyons avoir le droit sûr et certain de tenir un langage tout opposé à celui des célèbres docteurs.
moyen âge, l'Europe entière, et que de nos jours des contrées fort vastes, comme la Chine, les Indes, la Perse, la Syrie, le Brésil (sans parler du Mexique, dont ils ne veulent pas), nous apparaissent couvertes de lépreux, et cela dans les parties les plus éloignées de la mer comme dans les parties maritimes, et dans les districts montagneux (Liban, nord de la Perse, de l'Hindoustan (Himalaya), de l'AlVique méridionale), comme dans les basses plaines él dans les baies.
{\) Page 390.
(2) Page 481 .
ARTICLE II PREUVES DE FAIT (i).
§ 1. — Contagion dans la famille.