Barthélémy Manjzano. « Pas de renseignements. » Nul
80 PREUVES DK LA COINTA(;iON l)K lA LKI'RE.
Nous avons rangé plusieurs d'entre eux parmi les cas douteux, et nous allons immédiatement en parler ; mais, lors même qu'on les joindrait tous aux cas héréditaires, on n'obtiendrait que ce résultat :
Cas non hércdilaires :j<s
» hércdilaires 32
Ou pour Bergen seulement :
Cas non héréditaires 32
» héréditaires 31
En faisant toutes les concessions, on n'arrive pas même à l'égalité. Certes on est bien loin des 189 cas héréditaires contre 24 non héréditaires, ou neuf fois plus. Nous prenons les indications que nous livrent les auteurs, ne pouvant faire autrement : s'ils en avaient eu de plus complètes, ils les auraient fait connaître.
Trois observations méritent encore de trouver place ici. La première est qu'il y^aune grande difficulté, ou plutôt impossibilité, dans les hôpitaux, d'arriver sur ce sujet li des données tant soit peu exactes. On s'y heurte d'abord à l'ignorance de ces pauvres gens. Si l'étiologie de la lèpre est obscure pour les savants, comment sera-t-elle claire pour les ignorants ? Comment reconnaîtrontils, par exemple, si leur cas a été vraiment spontané, ou bien par longue proximité, ou par contact.
PREUVES DE FAIT. ol
OU par iiilection, ou par cohabitation, etc. ? Nous en avons l'expérience : ils répondent : Je ne sais pas, ou ils indiquent quelque cause impossible et saugrenue. — Pour l'hérédité, on rencontre les négations des malades qui, dans les hospices aussi, ne veulent pas révéler l'infirmité de leur famille. Le nombre est extrêmement faible de ceux qui consentent à l'avouer. En outre, la population de ces asiles se compose en général d'indigents, et comme la série de trois ou quatre générations, et dans la branche paternelle et dans la branche maternelle, fait une quantité considérable de membres dont la trace ne se conserve pas comme celle des princes, il devient impossible au sujet de s'y reconnaître et de rien préciser. Il aurait fallu à nos deux savants, pour avoir le droit de parler avec assurance, faire sur toutes les familles de l'hospice, et sur chacune de leurs branches, une enquête minutieii-e, approfondie, longue, qui est hors de toute possibilité. L'obstacle grandit encore si l'on vient à considérer que la moitié des pensionnaires de Bergen est formée, comme à Trinidad, d'enfants ou de tout jeunes gens dont les renseignements deviennent le plus souvent nuls en matière aussi compliquée. Il ne suffit même pas que des parents ou des ancêtres aient été lépreux pour qu'on soit autorisé à parler d'hérédité, mais encore qu'ils l'aient été avant la naissance de leurs enfants, car s'ils l'ont été après, l'hérédité n'a
plus rien à y voir. Et comment s'en assurer ? Comment des enfants le découvriront-ils et, le découvriront-ils sur les deux branches jusque dans la quatrième génération inclusivement? Dans leur propre famille Danielssen et Boeck eussent été peut-être bien embarrassés de suivre tous les ruisseaux de consanguinité, en remontant aussi haut; était-ce donc plus facile pour tous ces pauvres bergers dont le pays, comme ils disent (1), est à peine connu de nom ? Pour notre compte, nous avons renoncé, en ce qui concerne l'hérédité, aux investigations de l'asile. Mais nos docteurs de Bergen, sans hésitation aucune, prononcent sur deux cent treize cas de l'hospice, remontant avec aisance à la troisième et quatrième génération, assurés que tous les ancêtres avaient été malades avant la naissance de leurs enfants, que la maladie provenait de l'hérédité et non pas d'aucune autre cause,... Quel sujet de surprise !
C'est tout sans doute, et c'est beaucoup trop ? Nullement; ce n'est que la moitié. Nos docteurs connaissent aussi parfaitement les branches collatérales que la ligne directe. C'est sur ces branches collatérales, en effet, que nous avons à faire notre seconde observation. J'admire que l'on s'empare, comme d'une preuve d'hérédité, de tous les cas de maladie qu'elles présentent, sans remarquer que dans ces branches la moitié des personnes
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mariées ne sont pas consanguines, mais simplement alliées, et par conséquent n'ont aucune indication à fournir sur l'hérédité de la ligne directe. Prenons un exemple. •
Brithe Thorsdatter est lépreuse. On ignore par quelle cause, et l'on cherche si c'est héréditairement. La ligne directe n'offre rien ; mais dans la ligne collatérale on trouve un neveu : « son neveu a été spédalsque. Personne autre dans sa famille ne l'a été. » Or, ce neveu, je le suppose, est le fils du frère de Brithe, et il se trouve que c'est la mère du neveu qui était lépreuse ou fille de lépreux, et qui a transmis le mal à son fils. On ne peut donc absolument rien induire au sujet de Brithe de l'affection de son neveu: ce n'est qu'une simple coïncidence, coïncidence qui doit se rencontrer souvent dans les contrées très infectées de la lèpre, et quand les familles sont nombreuses. Nous connaissons nous-même un cas qui est précisément de cette nature. Dans la famille X..., sont deux enfants . malades. On ne distingue aucune origine dans la ligne directe. Mais dans la ligne indirecte on voit la famille Y..., où deux jeunes cousins sont aussi attaqués. On va dire aussitôt que la maladie vient de la souche commune. Mais il est manifeste que cela n'est pas, parce que les deux branches sont en parenté par les femmes, et c'est au contraire par les hommes que le mal est entré, le père de ces deux cousins, qui n'est qu'allié, étant mort de
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la lèpre, ainsi qu'une de ses sœurs. La maladie des cousins Y... n'apporte ainsi pas la moindre preuve que la lèpre est hérédilaire dans la famille X...
Ajoutons que dans la branche collatérale la maladie peut être un cas de novo^ et provenir de contagion, rapport des sexes, etc. Si donc l'on réfléchit que dans cette branche la moitiéjuste des cas peut avoir sa source dans la partie alliée mais non consanguine ; 2° qu'ils peuvent aussi être des faits de 710V0, on conclura que les cas de cette branche, s'ils doivent, à la vérité, éveiller l'attention et provoquer l'examen, ne sont cependant pas du tout des preuves sûres de l'existence de l'hérédité dans le sujet que l'on considère.
Ainsi l'on ne devra pas s'étonner que nous ayons qualifié de douteux ou de nuls plusieurs cas que d'autres eussent sans hésitation proclamés héréditaires. Nous croyons même avoir fait une bonne part à l'opinion de Bergen.
Dernière remarque : l'investigation des deux docteurs ne nous semble pas avoir été impartiale. On le reconnaîtra dans la suite,