‹ La lèpre est contagieuse [electronic resource]Chapitre 26 sur 57 · LÉPROSERIE DE KALAWAO (MOLOKAÏ · texte numérisé non relu

LÉPROSERIE DE KALAWAO (MOLOKAÏ

l'r avril 1878.

J'ai reçu votre lettre du 7 novembre 1877, et je m'empresse de vous donner les renseignements désirés.

Vous me demandez si la maladie se répand et s' accroît toujours. Oui, et d'une manière effrayante, surtout parmi les indigènes.

Depuis quatre ans (187 4), le gouvernement maintient le nombre des malades de la léproserie à environ 700. Au fur et à mesure qu'ils meurent, ils sont remplacés par de nouveaux. En 1877, du 1" janvier au 31 décembre, il en est mort ici 129, et à peu près autant sont arrivés. Il y en aurait bien davantage à envoyer, mais Y appropriatioïi de 55,000 dollars pour deux ans ne permet pas d'augmenter le nombre au delà de 700.

Aussi longtemps que la police n'a pas arrêté un malade, il jouit de toute liberté; mais une fois arrêté (1) et reconnu par le médecin du Gouvernement, il est séquestré, d'abord dans un hôpital à Honolulu, oii l'on tente sa guérison ; puis, s'il a

(1) On ne le fait ordinairement, nous dit le P. Bugermann, que sur les plaintes delà population. Il ne faut pas compter dans de tels pays sur une bien exacte administration.

été jugé incurable, on le dirige sur Molokaï. Là le Gouvernement nourrit et habille ces malheureux, mais sans s'occuper du médecin. Ils vivent ici dans des cages en bois, reçoivent leur ration hebdomadaire ; et quand ils sont impotents, on les transporte à notre hospice, oiî ils restent jusqu'à la mort.

Il n'est permis à personne d'entrer dans la léproserie sans permission du board de santé.

Les causes principales de ce terrible mal, aux Sandwich, sont, d'après moi : 1° la maladie vénérienne dont presque toute notre population indigène est attaquée ; 2° la contagion, au sujet de laquelle je suis de l'opinion du D' Hildebrand (qui est retourné en Allemagne). Je crois contagieux le séjour avec des lépreux. Ce point parait douteux à quelques personnes ; mais leur doute provient de ce que la contagion est extrêmement lente et admet des exceptions.

Notre léproserie se compose de deux villages: Kalawao et Kalaupapa, à 3 kilomètres l'un de l'autre, et situés dans une même enceinte. Au Nord, est la mer; au Sud, une montagne presque infranchissable, à travers. laquelle on ne passe que par un petit sentier très dangereux. On nous envoya l'autre jour 70 bœufs; 24 tombèrent dans les précipices.

Quant à votre pauvre serviteur, il demeure depuis cinq ans à Kalawao, n'ayant autour de lui et ne

voyant que des lépreux. J'ai construit dans chacun des villages une chapelle ; et, ne pouvant procurer la santé du corps, je tâche de mettre mes malheureux enfants sur le chemin du ciel... »

Le R. P. Bug-ermann, à la date du 17 mai 1878, voulut bien nous adresser de son côté une lettre des plus intéressantes qui nous a déjà fourni matière à d'importantes citations. Ses données confirment les précédentes, et ses chiffres vont nous aider à composer le tableau du nombre des malades.

Il signale comme cause prédisposante la même affection que le Père Devenster, « apportée par les baleiniers, qui pendant plusieurs années hivernèrent dans les îles » ; et il y ajoute « le scorbut et la gale, introduits par les premiers navigateurs, et répandus depuis trois générations dans le sang de toute la population. »

Quant aux causes efficientes, il nomme la contagion avec ou sans contact immédiat, Vhérédité^ et aussi la vaccine dont on se plaint beaucoup. « Lorsque la petite vérole, dit-il, fondit sur nos îles, le gouvernement fit appel, pour vacciner, aux gens de bonne volonté. Tout le monde se fit médecin. On prenait le vaccin sur le premier venu, sans distinction, et souvent on donnait au pauvre enfant quelque affreuse maladie. » Il apporte, à ce sujet, un exemple de lèpre.

Sur les trois périodes que nous venons d'indiquer, essayons le compte de tous les lépreux des

Sandwich , vivants ou morts , depuis l'origine (1850) jusqu'au 31 mars 1878.

Les missionnaires nous indiquent 1,500 et 2,000 lépreux dans l'archipel. Prenons la moyenne de 1,750, dont 700 dans la léproserie, et 1,050 au dehors. Ce dernier nombre de 1,050 est certainement très modeste comparé aux 700 de l'Asyle (1).

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