CONSÉQUENCE DE LA TRANSMISSIBILITÉ
devenir innocente pour le reste dn peuple que par l'isolement. Car on ne saurait nier que chaque individu attaqué de ce fléau ne veuille néanmoins, pour reproduire son espèce, déposer le germe de cette maladie redoutable en des générations futures; et cette disposition déjà connue par le résultat de nos observations, l'État norwégien doit chercher sérieusement à la neutraliser (i). »
«A la même époque oii la spédalskhed, par les mesures énergiques opposées à sa marche, est devenue plus rare dans toute l'Europe, elle a continué à sévir dans notre patrie : elle n'y a pas été combattue avec autant de fermeté que dans les autres pays, et, pour cette raison, elle apparaît encore de nos jours à un degré inquiétant (2). »
(1 L'expérience nous apprend que par des dispositions énergiques et justes on a été en état, non seulement" de limiter les ravages de la maladie, mais même de la déraciner à ce point qu'elle s'est montrée plus tard uniquement sporadique. La plus grande partie de l'Europe a été autrefois horriblement visitée par la spédalskhed ; mais elle s'en est affranchie par des mesures vigoureuses. Chez nous, en ce qui concerne la spédalskhed, nous en sommes au même point que d'autres pays au moyen âge. Il nous faut suivre la même voie de succès qu'en ce temps-là, si nous ne voulons
(1) Danielssen et Bœck, page i84.
(2) idem, page 108.
assister au spectacle de l'anéantissement, par ce fléau, de la population de certaines contrées. »
Les témoignages se présentent en foule ; mais ~ l'évidence est suffisante.
On n'ignore pas que le lazaret ne renfermera jamais tous les malades, et qu'il en restera toujours de libres ; mais, comme les lépreux sont parfaitement capables d'avoir une famille, la séparation supprimera au moins des sources nombreuses; et l'un des moyens d'atténuer les mauvais ■effets de celles qui resteront, sera de bien avertir les populations des dangers qu'elles courent.
Après l'hérédité, que tous admettent, vient parmi les causes du mal la cohabitation, qui est reconnue par la majorité, et que nous regardons comme tout à fait hors de doute. Or la séparation, une séparation sérieuse, est tout aussi nécessaire pour prévenir la communication funeste que la cohabitation amène, que pour prévenir l'hérédité.
Enfin, si tout le monde ne croit pas à la contagion, tout le monde reconnaît l'urgence de la séparation, dans l'hypothèse de cette contagion. Mais il est important sur ce point, comme pour l'hérédité, de prémunir l''esprit public. L'erreur que l'on cherche à répandre, que la maladie n'est pas contagieuse, est faite pour entraîner les plus grands malheurs; nous devons réagir, et la combattre vivement. C'est la croyance vraie et l'efiroi universellement répandu qui ont préservé le monde
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d'une affreuse pourriture. Si l'on veut être englouti dans le bourbier, il n'y a qu'à détruire cette croyance.
Ainsi: hérédité, cohabitation, contagion, réclament au même titre le grand moyen préservatif. S'y opposer est malheureux.
Quand on parle de la nécessité de la séparation principalement dans un lazaret, on condamne par cela même, en principe^ le régime des sorties temporaires ou définitives de cet hospice. A la suite de la mission du D' G. Milroy dans les Indes occidentales, le gouvernement britannique donna des instructions fondées sur la théorie de la non-contagion ; et des règles furent portées, en 1872, pour permettre la libre entrée et sortie des malades, et faire de l'expulsion de l'Asyle la principale peine. Quelle que soit l'opinion que l'on professe, on ne saurait, ce semble, admettre que ces règles fussent expédientes. Les contagionnistes doivent les blâmer à cause des dangers de la contagion ; ceux en bien plus grand nombre qui croient à la communication d'un sexe à l'autre^ par ce motif-là; enfin tout le monde, par croyance à l'hérédité.
Pour beaucoup, il est vrai, les sorties temporaires ont pour motif des sentiments de diversion ou délassement dans les peines et d'amour de la famille, dont il serait cruel de priver, s'il n'y avait pour le faire des intérêts supérieurs. Mais il n'en est pas toujours ainsi : toute sortie n'est pas inno-
cente ou inofTensive : surtout quand le départ est définitif, les uns s'en vont pour retourner à leur femme (comme nos coolies), d'autres pour contracter quelque union baroque, qui leur donne parfois des enfants ; d'autres sont renvoyés pour leur inconduite, et ce ne sont pas les moins à craindre ; tous enfin fuient la gêne, et veulent leur pleine liberté. On conçoit donc qu'on a vivement à craindre la multiplication, non seulement par l'hérédité, mais par toutes les autres voies. Si l'on se propose par les Asyles de faciliter l'extirpation delà lèpre, certes les sorties n'y aideront pas. Quand tous les observateurs se plaignent des funestes effets de la liberté des communications, c'est être mal inspiré que de rendre presque le lazaret à la liberté. La société retrouve dans son sein une partie notable des périls dont elle s'était crue délivrée. Un tel mal veut de plus fortes mesures.
Exemple. Nous lisons (1), dans une dépêche du gouverneur Langden, qui avait été antérieurement gouverneur à Trinidad, le passage suivant: «A Trinidad, j'ai mis à exécution dans leur plus grande étendue les instructions du gouvernement de Sa Majesté fondées sur la théorie que la maladie n'est pas contagieuse ; et les règles faites en 1 872 pour le gouvernement de l'Asyle admettaient la libre entrée et sortie des patients, et faisaient de l'expulsion de l'Asyle la punition principale. » En
(1) Rapport de la Guyane britannique, 1875.