‹ La lèpreChapitre 24 sur 26 · Loco citato · texte numérisé non relu

Loco citato

2, II Conférence de la lèpre, p. 148, vol. IT.

La 2°, de vingt-sept ans, habitait avec une sœur lépreuse quelle soignait et avait épousé un lépreux (forme mixte). Elle ne présentait aucun stigmate de lèpre, la muqueuse nasale était saine.

La 3°, de trente-neuf ans, était mariée avec un homme lépreux depuis dix ans. Sa sœur âgée de vingt et un ans portait des traces de lèpre nerveuse insignifiante. Elle n'avait rien d’apparent. Cependant elle émettait des bacilles avec son mucus nasal commedes examens répétés l'ont établi.

Il y a donc, pour la lèpre comme pour la fièvre typhoïde, ajoute Kitasalo, des porteurs de germes qu'aucun symptôme manifeste ne signale à l'attention des médecins.

Lèpres cutanées extra-cliniques. — En Nouvelle-Calédonie, Auché',en 1898, constate que la lèpre a pu prendre un développement considérable chez certaines personnes vivant constamment avec des lépreux, sans qu'aucun signe clinique patent soit venu chez eux dénoncer l’envahissement du bacille de Hansen. Il est probable, ajoute-t-il, qu'un examen clinique un peu moins rapide et plus approfondi aurait permis de trouver des signes cliniques de lèpre. En tout cas, le diagnostic ne s’imposait pas.

Sept fois sur 29 examens de peau apparemment saine prélevée chez des gens gras et bien portants, Auché a trouvé le bacille spécifique. Il peut donc y avoir une infection déjà très avancée sans que des tubercules, des taches ou une impotence fonctionnelle notoire se soient montrés.

De ces malades latents reconnus par Auché, Lebœuf” a pu en retrouver cinq. Deux sont devenus lépreux évidents, deux sont morts l’un en 1905, l’autre, en 1911, sans présenter de signes extérieurs de lèpre, le dernier est en excellent état de santé et vit dans sa tribu.

Ce dernier cas prouve que cette lèpre fruste peut disparaître et guérir sans que la maladie se soit signalée par des manifestations cutanées à l’attention des médecins. Un pareil porteur

1. AUCHÉ. — La lèpre en Nouvelle-Calédonie. Arch. de méd. navale, t. LXXVI, 1899, p. 189.

2. À. LEBOŒEUF. — La lèpre fruste en Nouvelle-Calédonie. Bull. Soc. de Path. exot., 1912, p.818,

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de germes aura pu devenir contagieux à un moment de son existence et contaminer quelqu'un de son entourage d’autant plus facilement que rien d'apparent ne signalait le commerce avec lui comme dangereux.

Lèpre insoupconnée. — Tous ces cas de lèpre reconnus à la suite d'examens qui ne sont pas de pratique courante, indiquent que, chez l’homme comme chez le rat, il existe une lèpre fruste. Les observations ei-dessus rapportées de Lebœuf et Sorel démontrent que le bacille de Hansen peut sommeiller chez l’homme comme chezle rat dans les ganglions superficiels.

Nous sommes donc autorisés, par analogie, à considérer que cette lèpre ganglionnaire peut, chez l’homme comme chez le rat, être la forme la plus fréquente.

Elle peut sans doute durer autant que l'individu, disparaître sans avoir été reconnue ou évoluer complètement à une époque ultérieure.

L'expérience nous a montré que les infections secondaires jouaient un rôle important dans la dissémination des germes chez le rat. Il est bien probable qu'elles ont la même action chez l'homme. Les affections à protozoaires, comme le paludisme pour ne citer qu'uu exemple, mettent en mouvement les leucocytes mononucléaires. Parmi ces cellules mobilisées, il y en a sans doute un certain nombre qui renferment des bactéries parasites et qui vont semer bien loin de leur point d'origine les germes pathogènes. Les causes de déchéance organique qui mettent le corps en état de moindre résistance, sont plus communes dans les tropiques que dans nos climats. Sans doute interviennent-elles puissamment pour rendre la lèpre plus redoutable dans les pays chauds.

Elles expliquent les longues incubations. — Ces formes latentes de lèpre et leur évolution tardive nous permettent de comprendre ces longues incubations de quatorze, vingt el trente-deux ans déjà signalées. Les bacilles restent cantonnés

en un point quelconque de l'organisme, probablement dans un ganglion, jusqu’au jour où une déchéance organique aura rompu les digues élevées contre l'infection et aura permis l’'envahissement de l'organisme par les germes.

Elles font douter de l'immunité individuelle. — C'est la fréquence des formes latentes qui permet d'expliquer la statistique surprenante de Sand *.

Les enfants de mères lépreuses ont de multiples et fréquentes occasions d’être contaminés. Si Sand n'en voit que 10 p. 100 devenir lépreux, cela ne veut pas dire qu’un nombre bien plus considérable ne sont pas infectés. Certains individus plus résistants que d’autres, cantonnent les germes et les font disparaitre.

Elles donnent l'explication des cas erratiques. — C'est à des cas de lèpre latente qu'il faudrait faire remonter la responsabilité d’une survivance de la maladie dans certains foyers, comme celui du Cantal, et l'apparition de cas erratiques sans filiation apparente comme on en a rapporté plusieurs. En 1899, Mac-Mahon * a signalé un cas de lèpre avérée survenu chez un homme de trente-cinq ans, qui habitait Londres et n avait jamais quitté l'Angleterre. La source de la contagion n’a pu être retrouvée; Le malade appartenait à une famille absolument indemne de toute trace de lèpre et, à sa connaissance, n’avait jamais eu de rapports avec un lépreux.

Des cas comme celui-ci doivent nous inspirer une salutaire inquiétude.

La lèpre est un danger actuel. — Il faudrait, croyonsnous, renoncer à celte opinion que la maladie a perdu le pouvoir de se répandre à Paris et craindre, au contraire, que le nombre de plus en plus grand de lépreux étrangers ne finisse par y faire courir de sérieux dangers, nolamment aux voyageurs séjournant dans des hôtels mal tenus.

La prophylaxie en France est nulle. — La prophylaxie de la lèpre en France n’a pas même été encore envisagée par les pouvoirs publics. Aucune mesure n’est prise pour garantir la population d’une contagion toujours possible et de

1. G. Sanp. — Geschieht die Ansteckung der Lepra durch unmittelbare Uebertragung? 11° Conférence de la lèpre à Bergen, LI° vol., p. 39.

2. J.-R. Mac-Manon. — A case of Leprosy in England. Lancet, 1899, He vol:p 718.

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plus en plus redoutable. Aucune loi ne soumet les lépreux à une surveillance quelconque.

La déclaration de la lèpre n’est pas admise, alors qu’elle devrait être déclarée obligatoire. Le nombre des malades est restreint, l'application des mesures de protection est, jusqu’à présent, facile et ne soulèverait dans l'opinion publique aucune objection.

Si la lèpre s'étend, nous serons aussi désarmés contre elle que contre la tuberculose. Il ne faudra pas songer à faire revivre les règles d'isolement qui, au moyen âge, ont sauvé l'Europe. Nos mœurs et notre civilisation ne nous le permettraient plus.

Elle est probablement inefficace en Allemagne.— L’Allemagne s'est préoccupée déjà des dangers auxquels la population est exposée par l’affluence des malades. Une loi prescrit contre les lépreux des mesures tellement draconiennes que, le plus souvent, elles ne sont pas observées.

Il ne vient pas à notre esprit de demander une si grande grande sévérité, mais nous voudrions voir restreindre la licence qui existe actuellement.

Prophylaxie norvégienne. — La prophylaxie peut être suffisante avec une règle plus douce. En Norvège, les lépreux sont isolés dans leur famille. Des mesures très simples s’y sont montrées efficaces. On a obtenu de la population que leslépreux aient une chambre à part ou tout au moins un lit qui leur soit personnel; que leurs vêtements leur soient propres etne soient jamais mélangés à ceux des autres membres de la famille ; que les malades lavent eux-mêmes leur linge ou ne le donnent à blanchir qu'après l'avoir préalablement soumis à l’ébullition ; que leurs ustensiles de table, bien marqués, soient ébouillantés après usage; enfin que le matériel ayant servi au pansement des plaies ou ulcères soit brûlé. Ce règlement si libéral a été adopté partout et observé. La lèpre continue à diminuer comme quand tous les malades étaient enfermés dans des léproseries.

Sanatoria. — La léproserie, réservée aux malades indigents, vagabonds, devrait être un sanatorium, car tout indique que

la lèpre se traite comme la tuberculose, par une hygiène rationnelle et une bonne alimentation. Bien des malades, comme nos rats d'expérience, guérissent spontanément. De nombreux exemples en fournissent une preuve certaine *.

Les malades fortunés doivent, s'ils le désirent, pouvoir trouver dans un sanatorium bien installé et même luxueux, le moyen de vivre agréablement et confortablement en dehors de leur famille.

Ces simples mesures, qui n'ont aucun caractère barbare ou même vexatoire, suffiraient certainement à nous garantir des dangers que la lèpre menace de nous faire courir bientôt.

À. JEANSELME, MAUCLAIRE et GuiLLier. — La lèpre est-elle toujours incurable? Bull. Soc. de Path. exot., 1912, p. 196.

A. LeBoeur. — La curabilité et les rémissions de la lèpre en Nouvelle- Calédonie. Bull. Soc. de Path. exot., 1912, p. 705.

Paris. — L. MARETHEUX, imprimeur, 1, rüe Cassette. — 15713.

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