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HANSEN. — Bacillus lepræ. Virch. Arch., t. LXXIX

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retient énergiquement. C’est un fin bâtonnet qui possède à peu près les dimensions du bacille de Koch, mais qui s'en distingue par des extrémités plus effilées et surtout par sa disposition dans les tissus. Il s'y trouve en masses pressées, en petits amas, les Gelbe Schollen de Hansen, auxquels Neisser a donné le nom de globi, mais que nous croyons meilleur de qualifier de globies en féminisant le terme du savant allemand. Le mot lalin g/obus marque un caractère trop général pour désigner une formation si singulière et si spéciale qu'elle suffit à elle seule à permettre le diagnostic de la lèpre.

Les bacilles dans ces globies sont rangés côte à côte, serrés comme des brindilles de bois dans un fagot ou plus exactement, suivant l'expression pittoresque de Hausen, comme des cigares dans un paquet. Ils y sont contenus dans une masse glutineuse, transparente, incolorable et très résistante. Dans un frottis où les cellules sont déchirées, les globies demeurent intactes, formant un tout qui ne se désagrège pas. Les acides,

les alcalis, la digestion trypsique n’attaquent cette glée que faiblement ou même pas du tout.

Coloration des germes. — Ce produit consistant qui entoure ces bacilles ne les empêche pas de se colorer. Si, sur une lame, on dépose un frottis de mucosités ou de tissus lépreux, il suffit de le recouvrir de fuchsine de Ziehl et de le chauffer sur une flamme de gaz jusqu'à production de vapeur pour colorer les microbes. L'action d’un acide dilué, acide sulfurique au quart, acide azotique au tiers et mieux au dixième ne décolore pas le bacille et enlève la couleur du fond qu'on peut teindre avec une solution étendue de bleu de méthylène boraté par exemple. Les germes se détachent en rouge vermillon sur le bleu de la préparation.

L'alcool chlorhydrique à 3 p. 100 ne les décolore pas plus ! que le bacille tuberculeux. Mais, dans cette faculté de résister aux agents de décoloration, la masse glutineuse joue un rôle important, car quand on détruit mécaniquement la glée, par broyage dans un mortier, l'alcool chlorhydrique atteint le bacille de Hansen.

Différenciation avec le bacille tubercuieux. — C'est là un caractère qui permet de le différencier du bacille de la

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tuberculose. Il y en a d’autres. Le bacille de la lèpre se colore beaucoup plus facilement que le bacille de Koch. Les matières colorantes ordinaires le teignent parfaitement. C'est même par les procédés courants que Neisser et Hansen sont parvenus à le colorer pour la première fois. Baumgarten” a fondé sur cette propriété une méthode de diagnostic différentiel. En colorant un frottis lépreux pendant cinq minutes dans une solution rosée de fuchsine hydroalcoolique, on met en évidence les bacilles de Hansen alors que les bacilles tuberculeux n’ont pas le temps de s’imprégner. Wesener* a constaté qu’une solution alcaline de bleu de méthylène teint au contraire le bacille de Koch plus vite que celui de Hansen.

Bacilles altérés. — Toutes ces réaclions colorantes ne sont évidentes, comme l'a fait ressortir E. Weil’, qu'avec des bacilles jeunes. Quand on se sert de tissus lépreux provenant d'un tubercule ancien ou conservés depuis longtemps, on observe qu'à côté de germes teints en rouge par la fuchsine, il y en à d’autres qui prennent le bleu. Il arrive même que le nombre paraisse beaucoup moindre que celui qu'on espérait trouver, beaucoup d’entre eux restant incolorables. D’autres fois, au lieu d'être franchement colorés en rouge, les bacilles sont représentés par des trainées de fines granulations, disposition dont on a voulu faire une phase du développement du bacille de la lèpre, qui a même été qualifié du nom de coccothrix. Ce sont là des formes de dégénérescence peut-être identiques à celles qui ont été décrites par Much” pour le bacille de la tuberculose. En tout cas, on peut les mettre en évidence par le même procédé.

Much, on le sait, est arrivé à colorer des bacilles de Koch dans des vieux foyers de tuberculose qu'on ne caractérisait jusqu’à lui que par l’inoculation au cobaye. Utilisant l’aptilude de ces

1. P. BAUMGARTEN. — Ueber die Färbungsunterschied zwischen Lepra und Tuberkel-Bacillen. Cent. f. Bakt., t. I et II, 1887.

2. F. WESENER. — Zur Färbung der Lepra und Tuberkel-Bacillen. Cent. 1. Bakt., it. IL, nos 5 et 15, 1887.

3. P. E.-Wzic. — Les réactions colorantes du bacille de la lèpre. Socde Biol., 10 juin 1905.

4, H. Mucu. — Die nach Ziehl nicht darstellbaren Formen des Tuberkel. bacillus. Bert. klin. Woch., 6 avril 1908.

germes à prendre le Gram, illes colore pendant quarante-huit heures dans une solution de violet de gentiane, les traite par l’iode et décolore par l'alcool ou l’essence de girofle.

Arning et Lewandowsky! ont constaté que cette méthode permettait de colorer des bacilles de Hansen dans des tissus où l’on ne pouvait en voir autrement. Le bacille de Hansen prend le Gram, en effet, comme le bacille de la tuberculose. Quelle est la vitalité des germes qu’on a tant de peine à colorer?

Nous n'avons aucun moyen de le savoir. Unna* à bien indiqué des procédés de coloration qui, d’après lui, distingueraient les bacilles morts des bacilles vivants. Mais quelle confiance pouvons nous accorder à des observations que l'expérience ne permet pas de vérifier?

Examen des coupes. — Si la méthode de Much peut rendre de grands services quand il s’agit de vérifier la nature de vieilles lésions lépreuses, en général, il n’est pas nécessaire d'y recourir. La simple coloration suffit. Les bacilles sont si nombreux dans les lésions qu’on n’a pas de peine à les reconnaître. Si on prélève un fragment de tubercule et qu'après fixation, on colore des coupes par la méthode d'Ehrlich, on reste surpris de voir la décoloration marcher lentement et les tissus rester rouges. Un examen microscopique rapide a vite fait d'éclairer l’observateur non prévenu. La coupe reste rouge parce que les bacilles y sont sinombreux que leur masse se voit à l’œil nu. Ils sont là en quantité formidable, en gros paquets qui parfois tiennent tout un champ du microscope, en masses disposées côte à côte comme dans une véritable culture.

Les bacilles sont parasites des macrophages. — Tous ces bacilles sont intracellulaires, mais les cellules ne sont plus représentées que par leur noyau rejeté à la périphérie et un stroma à peine perceptible. Ce sont les cellules lépreuses de

4. E. ARniNG et F. Lewanpowsky. — Ueber den Nachweis nach Ziehl nicht färbbarer Leprabazillen durch Anwendung der prolongierten Gramfärbung nach Much. Deut. med. Woch., 15 juillet 1909.

2. P.-G. Una. — Die Unterscheidung lebender und toter Leprabacillen durch Doppelfärbung. Med. Klin., n° 31, 1909,

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Virchow, Neisser‘ a montré depuis longtemps que ces grandes cellules polymorphes ne se différencient pas des leucocytes mononucléaires, des grands macrophages de Metchnikoïf. Le bacille lépreux est un parasite spécial des macrophages, comme on peut s’en rendre compte en piquant un nodule et en retirant par pression une gouttelette de sang qu’on étale sur lame. Après coloration, on n'aura pas de peine à trouver, à la périphérie du frottis, là où siègent les leucocytes, des mononucléaires renfermant des bacilles et des globies. Il est exceptionnel qu'on trouve des germes dans des polynucléaires. Défendus par leur cuirasse cireuse, les bacilles résistent au pouvoir digestif des cellules phagocytaires et se multiplient dans leur protoplasma. Cette cuirasse présente parfois un défaut par où la cellule peut atteindre son parasite ainsi qu’en témoignent les améliorations qui se produisent dans la lèpre, l’affaissement des tubercules et même la disparition des bacilles.

Réaction de la cellule au parasitisme. — Mais, tant que les conditions restent favorables à leur développement, les bacilles se multiplient et la cellule parasitée grossit pour les contenir. Elle ne semble pas souffrir beaucoup de leur présence, pas plus, en tout cas, que si elle servait d'hôte à un protozoaire. Les bacilles ne se nourrissent évidemment pas à leurs dépens, mais des mêmes substances qu’elle. Parfois ils sont partagés en plusieurs globies, dont quelques-unes se logent dans le noyau; parfois ils sont réunis en une seule masse qui remplit toute la cellule et rejette le noyau qui vient s'aplatir contre la paroi.

Migration des bacilles. — Quand les macrophages sont à point remplis, ils cessent d’être mobilisables et, distendus, ils finissent par se rompre. Les germes libérés sont immédiatement englobés par de nouvelles cellules qui viennent rétablir l'appareil de défense. Ces cellules restent en place ou se dispersent quand les macrophages ne renferment qu'un très petit

.. 4. Neisser. — Weitere Beiträge zur Ætiologie der Lepra, Virch. Arch., 1881, t. LXXXIV, p. 514.

nombre de germes, ils peuvent se déplacer et leurs voyages disséminent la maladie dans tout l'organisme ‘. Il s'ensuit que toutes les affections qui mettent les mononucléaires en mouvement sont particulièrement à redouter des lé-

preux.

Les bacillesne sont pas toxiques. Tubercules lépreux. — Si les macrophages supportent un parasitisme aussi copieux, c'est parce que le bacille de la lèpre ne fabrique pas de toxine, comme celui de la tuberculose. Ils ne subissent jamais de fonte caséeuse. Aussi le tubercule de la lèpre n'est-il point constitué par une triple ligne de défense, cellule géante, cellules épithélioïdes et ceinture de polynucléaire comme le tubercule à bacilles de Koch. Il est formé d’un amas cellulaire, véritables cellules épithélioïdes, comme l'ont montré Boinet et Borrel*, toutes chargées de bacilles. Elles arrivent parlois à fondre leur protoplasma et à se fusionner en une seule cellule géante; mais c'est là un phénomène exceplionnel*et non pas constant comme dans la tuberculose. Hansen conteste la réalité de l'existence des cellules géantes dans la lèpre. Il pense que ce sont plusieurs cellules accolées qui donnent cette apparence parce qu'on n’en distingue plus les contours.

Unna et ses élèves s'élèvent aussi contre l'existence des cellules géantes dans les tubercules lépreux, mais pour une autre raison, [ls pensent que les bacilles de la lèpre vivent en zooglées, libres dans les lymphatiques”*.« Vos prétendues cellules géantes, disent-ils, ne sont que les cellules endothéliales d’un vaisseau lymphatique, aplaties par la colonie microbienne qui en remplit la lumière. »

À. E. Marcnoux. — Les migrations du bacille de la lèpre, Ie Conférence de la lèpre, t. IX, p. 57.

2. Boxer et BORREL. — Sur l'existence et l'interprétation des cellules géantes dans la lèpre. Comptes rendus de la Soc. de Biologie, 1890, p. 38.

3. P. Una. — Leprastudien. Zur Histologie der leprüsen Mant: Monatshefte f. prakt, Derm., 1885.

— Wo liegen die Leprabacillen ? Deut. med. Woch., 1886, n° 8.

— Die Bacillen Klumpen in der Haut sind keine Zellen. Virch. Arch., t. CILT, 1886.

— Die Leprabacillen in ihrem Verhältniss zum Hautgewehe. Derm. Studien, 1x fas. Hambourg, 1886. ;

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Touton” a donné de cette hypothèse une réfutation dont le contrôle est à la portée de tout le monde. Si on traite par la méthode du pinceau une coupe de tissu lépreux fixé dans le liquide de Müller, on en détache toutes les cellules lymphoïdes qui y sont contenues. En les recueillant dans l’eau et en les colorant, on constate sans peine que, sauf les cas dans lesquels la cellule a été coupée ou s’est rompue, les bacilles sont toujours inclus dans les macrophages.

Localisation des bacilles dans les tissus. — Parasite des macrophages, le bacille de la lèpre doit se trouver partout où se rencontrent ces cellules et, en effet, c’est dans les tissus lymphoïdes et le tissu conjonctif qu'il se loge. Mais comme Île tissu conjonctif est répandu dans tout l'organisme, c'est tout l'organisme qui peut être envahi.

Ce sont, en effet, des cellules migratrices parasitées qui viennent s'accumuler dans la peau, autour des vaisseaux, autour des glandes, au-dessous de la couche papillaire et dans les mailles du derme fibreux. C'est leur amoncellement qui constitue les tubercules qui font saillie sur la peau. Ce sontelles qui infiltrent le tissu conjonctif interfasciculaire des nerfs amenant par compression la dégénérescence du cylindraxe et, par suite, les troubles sensitifs, trophiques et moteurs qu’on observe dans la lèpre. Ce sont elles qui causent l’épaississement des tuniques vasculaires ; elles qui se logent dans la capsule du foie, dans les espaces portes, dans les capillaires sanguins de cet organe, les cellules de Kupfer n'étant que des cellules migratrices spécialisées. Elles abondent, nalurellement, dans la rate, dans le rein, le poumon qui est cependant un des viscères les plus épargnés, les testicules, dans l’œil où les tubercules entrainent la formation de panus lépreux et dans tous ces organes qu'on trouve si profondément parasités chez les lépreux. Les bacilles circülent avec le sang, notamment quand une fièvre quelconque appelle les macrophages dans les vaisseaux. On peut les y retrouver facilement en digérant un caillot

1. Touron. — Wo liegen die Leprabacillen? Fortsch. der. Med., 1886, n° 2; Deutsch. med. Woch., 1886, n° 13.

— Zur Topographie der Bacillen in der Leprahaut. Virch. Arch. LACIVEM8S0;

recueilli par saignée et en centrifugeant le culot, d’après la méthode inoscopique de Jousset‘. Sont-ce des cellules migratrices qui vont porter l'infection dans les cellules endothéliales des vaissseaux, dans les cellules nerveuses. Soudakewitch” a trouvé des bacilles de Hansen dans des cellules dendritiques de ganglions prévertébraux. Babes‘ a cru en reconnaître dans les grandes cellules des cornes de la moelle? Sont-ce des phagocytes qui ont laissé des bacilles dans les cellules osseuses où Sawtchenko * les a trouvés? On n'en peut rien dire parce qu'on n’en trouve pas la trace. S'ils sont entrés, ils ont pu sortir. Celte hypothèse satisfait, en tout cas, l'esprit, plus que celle de la pénétration d’un bacille immobile dans une cellule qui ne possède pas de pouvoir phagocytaire. Quant à leur inclusion dans les cellules fixes du tissu conjonctif, elle ne peut nous étonner, ces cellules ayant la même origine que les cellules migratrices et jouissant comme celles-ci de propriétés phagocytaires.

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