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ETIOLOGIE ET PATHOGENIE
Deux théories assez opposées divisent les auteurs en deux camps en ce qui concerne l’étiologie et la pathogénie de la leucémie aiguë. Les uns, avec Bar», pensent que les leucémies sont des cancers du sang et des organes hématopoïétiques. L'idée ainsi émise rencontre des objections, même sur le terrain théorique ; il n’y a pas dans les leucémies de métatypie cellulaire, et, à aucun moment, la prolifération leucocytaire, même fixée dans un organe (rate, ganglions) ne forme des tumeurs envahissantes. |
Un fait curieux et échappant jusqu'ici à toute interprétation est la leucémie aiguë observée dans le chlorome. Dans la règle, le chlorome s'accompagne toujours de modifications sanguines dans le sens de la leucémie digué. Cependant Lecène a montré que dans un cas de chlorome de l'extrémité supérieure de l’humérus, il n'y a eu aucune modification de la formule sanguine. Nous savons actuellement que la cellule d’origine du chlorome est un Jeucoblaste, une cellule indifférenciée, tout comme la cellule qui caractérise l'aspect hématologique des leucémies aiguës. Quelle est la relation entre ces deux affec-
tions ? Nous ne savons rien de précis à ce sujet; et
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il est certain que des recherches effectuées dans ce senslà aideraient beaucoup la solution du problème pathogénique des leucémies.
En dehors de la question du chlorome, il est des auteurs qui pensent que la leucémie aiguë, comme les leucémies en général, comportent une prolifération cellulaire qui est à la fois intermédiaire à la néoplasie et à l'hyperplasie diffuse. Ce qui complique le problème, c’est le fait que les organes hématopoïétiques contiennent normalement des cellules jeunes, non encore différenciées et dont la prolifération pourrait en imposer pour une néoplasie maligne. Les organes dont les cellules ne sont pas dans un état de renouvellement aussi intense ne contiennent, tout au moins pratiquement, que des cellules adultes ; l'apparition, dans leur structure, de cellules non différenciées permet immédiatement d'envisager un cancer. Enraison de la fabrication intense de cellules jéunes dans les tissus hématopoïétiques normaux, fabrication dont l'intensité varie en raison inverse avec l’âge du sujet, cette preuve n’a aucune valeur. Un tissu hémätopoïétique peut être le siège d’une prolifération bénigne et contenir des cellules indifférenciées. Beaucoup d’auteurs rapprochent donc les leucémies des tumeurs ganglionnaires diffuses ou des myélomatoses (Sabrazès).
Le fait que la leucémie peut survenir à la suite d’un traumatisme ne prouve nullement en faveur de leur nature néoplasique. Ce qui nous offre de l’intérêt ce sont les arguments qui ont été tirés de l’action des radiations, soit dans la provocation de syndromes leucémiques, soit
dans leur rétrocession tout au moins momentanée. La-
QU La
ot
CASSAGNE, P.-E, Wei, MERKLEN, elc., ont publié des observations où la leucémie est survenue à la suite de l'application de corps radio-actifs. D'autre part, on sait les résultats du traitement radiothérapique dans les leucémies chroniques."
L’allure clinique de la leucémie aiguë, son évolution en quelques semaines au milieu d'un cortège de signes fébriles et hémorragiques, « sentent à plein nez l’infection », comme disaient GILBERT et P.-E. Wei. Aussi, la majorité des auteurs modernes pense que la leucémie aiguë est une maladie infectieuse soit déterminée par des germes banaux à la faveur d’une prédisposition du système hématopoïétique, soit relevant d'une alteinte par un germe spécifique. En ce qui concerne les infections diverses qu’on a citées comme cause directe de la leucémie aiguë (syphilis, tuberculose, paludisme, scarlatine, rougeole), il n'y en a aucune qui puisse être invoquée autrement que comme cause occasionnelle. Nous n’insistons pas sur les diverses théories qui ont été sérieusement soutenues, surtout au sujet de la syphilis et de la tuberculose.
L'affection ne paraît pas contagieuse, bien qu’une unique observation d'OBRAsTzow (citée par Bouner) plaide en faveur de la eontagion possible d'homme à homme. Les recherches bactériologiques n’ont donné que des insuccès. On à bien isolé des germes dans le sang (Zrf- GLER et JOCHMANN) ; dans la rate (Nawra et LOUBET), mais ce sont toujours des germes banaux, staphylocoque ou Streptocoque, que l’on a tendance à considérer comme
microbes de sortie, Les inoculations faites aux animaux
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avec des fragments de moelle osseuse, ganglion, rate sont
E. restées sans résultats.
Cependant, certains faits observés chez l’homme, méritent l'attention, Nosécourr, Grau, Charles Ricner Fils ont signalé une leucémie apparue à la suite d’une fièvre de tranchées : dans une observation de SICARD,
LE Roger et L. Kmpserc, le sérodiagnostic de Perrir était
positif, et le Spirochælte ictéro-hemorragiæ fut retrouvé dans les urines et les viscères. Ces constatations sont à rapprocher des faits signalés chez l'animal. On connaît des leucémies aiguës spontanées non inoculables, et on
E connaît surtout la leucémie spontanée des poules (ELLER-
MANN). Il s’agit- d'une maladie infectieuse, mortelle, ino-
culable, présentant dans certaines formes une formule
sanguine analogue à celle de la leucémie aiguë, Malheu-
reusement, l'agent causal n’a pu être déterminé. Par
contre, il existe une spirillose des poules, due à un
germe connu, le Spirochæta gallinarum. Cette maladie,
voisine de la leucémie des poules, se manifeste par des
tumeurs sarcomateuses et des lésions sanguines bien étu-
diées par Launoy et Lévy-Brüur et consistant en anémie
marquée, leucocytose considérable, augmentation des
grands mononucléaires, apparition de quelques myélo-
cytes. Tous ces faits sont assez suggestifs et militent en faveur de l’origine infectieuse de la leucémie aiguë.
Les deux théories néoplasique et infectieuse sont-elles
aussi opposées et aussi irréconciliables qu'on pourrait le
croire ? [l ne semble pas qu’il en soit ainsi. La tendance
n actuelle est de rapporter presque toutes. les néoplasies
conjonctives à une cause infectieuse. L'existence du sar.
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come des poules que nous avons cité plus haut est précisément un argument important en faveur de cette con. ception. Le jour où nous saurons comment se forment les sarcomes, nous serons plus près de la solution du problème pathogénique de la leucémie.
En ce qui concerne l’étiologie, nous insisterons surtout sur la fréquence relative de la leucémie aiguë chez les jeunes sujets. Bouper, dans sa thèse, note 19, 8 % des cas publiés jusqu’en 1910, de zéro à 10 ans ; 22,5 de 11 à 0 ans ; BroussoLLE en collige 10 observations. La leucémie peut se voir chez le nourrisson (BABONNEIX ele Tixter) ; il existe des observations authentiques de cas-— congénitaux (POLLMANN) ; et plus récemment, G. MaccroTA a insisté sur la possibilité des cas familiaux de leucémie aiguë, Nous rapportons ce cas (Obs. de PEUR et DEBRAY) qui pose cette question.
Quant au sexe, il semble que les garçons sont les plus souvent atteints. |
Les faits que nous apportons à notré tour montrent assez que la leucémie aiguë infantile n’est pas une rareté. Les 8 observations inédites qu'on trouve plus loin groupées avec d’autres suffisent à établir cette fréquence.
N’insistons pas davantage sur l’étiologie et souhaitons que des techniques nouvelles et des faits personnels permettront d’élucider tous les problèmes soulevés par la
leucémie aiguë."