‹ La levee des 300,000 hommes vaudeville en un acteChapitre 8 sur 20 · MARTIAL, MADELEINE · texte numérisé non relu

MARTIAL, MADELEINE

Madeleine , entrant.

Où est-il? où est-il ? Ah ! le voilà !

Martial, Chalamel.

martial, â part.

Faisons-lui une scène, il n'y a que ce moyen de m'en débarrasser.

madeleine.

Quoi, monsieur I vous étiez rue de Charonue !

MARTIAL

C’est encore vous, Madeleine? U est étonnant que je ne puisse pas être tranquille un moment !

MADELEINE

Un moment! mais voilà trois mois que jo vous crois en Suisse !

MARTIAL

Eh bien ! ne peut-on pas s’arrêter en cbemin? Suis-je forcé de faire la route d un seul jet, comme un boulet de canou ?

MADELEINE

En tous cas, vous n'allez pas vito. 11 y a quatre vingt-onze jours quo vous m’avez fait vos adieux, et vous voilà déjà rue de Charonne... Yous m’avouerez qu’on n'appelle pas ça aller un train de poste !

Alt: Du baiser au porteur.

Mais en quittant votre demeure.

Monsieur, pour voyager ainsi,

Avez- voua pris un fiacre à l'heure ?

Ça vous a coulé. Dieu merci I Trois mois pour venir jusqu'ici!

En pensant à votre voyage,

Je crois revoir ce tableau plein d'attraits D’un jeune écureuil dans sa cage

Qui trotl* toujours et n'arrive jamais !

MARTIAL

C’est bon!... s’il me platt do voyager à petites journées.. . de m’arrêter en chemin... Au surplus, je suis majeur, jo me moque do la Suisse et de vous aussi I

Madeleine.

Abl Sainte-Vierge! Il se moque do moi!... Oubliez-vous que je suis...?

martial.

Que vous êtes ?

MADELEINE

Tiens!... mais votre femme l

martial.

De ménage!... rien que de ménage!

MADELEINE

Monsieur Patémon ! Ab ! monsieur Paléinon !

Ne faites pas do girics, Madcleino... retires vos yeux, ma chère amie ; retircz-les de comme ça ; on dirait que vous êtes amoureuse de moi, et ça fait peur, jo vous en préviens.

MADELEINE

Ah ! saperlotlel faites donc une course do chien pour être traitée ainsi, quand je puis me dire votre légitime!

MARTIAL

Ma légitime cuisinière I rien de plut.

MADELEINE

Ah!

M VRTIAL.

Rappelez-vous nos conditions

MAGASIN THEATKAL.

MADELEINE

Je me le* rappelle, monsieur.

MARTIAL

Alors, que venez-vous faire ici? vous me tombez là comme une bombe, quand vous devriez Hier comme une fusée !

Vous n'étiez pas si fier du temps de celte levée des trois cent mille hommes!

MARTIAL

Quelle époque me rappelez-vous , Madeleine!

J’étais un matin à travailler tranquillement, les mains dans les poches, chez mon illustre maître Ruggieri, entrepreneur des fêtes de la république et de l'empire, et inventeur des bombes lumineuses de toutes les opinions, lorsqu'on vient me dire que le gouvernement demande à me parler. De saisissement, je lâche mes feux du Bengale, et je laisse tomber an paquet de chandelles romaines, appelées ainsi parce que... je ne sais pas... Je ne m’abusai point... je vis que l'empereur avait de nouveau jeté les yeux sur moi pour m'incorporer, n’importe dans quoi ! Il ne s'en lassait pas cet homme !... mais moi, ça commençait â me fatiguer, d'autant plus que je servais déjà dans la cavalerie en Portugal... et dans l'infanterie en Russie! à preuve que j'avais été fait maréchal des logis chef sur les bords du Tage, et quinze jours après caporal sur ceux de la Vistule.

MADELEINE

Comment! comment I vous serviez donc dans deux endroits à la fois?

MARTIAL

Dans la personne de mes deux remplaçant; oui, Madeleine ; car j'avais déjà dépensé deux hommes : deux braves, qui se sont couverts de gloire pour moi , et qui, s’ils n’avaient pas été tués, seraient peut-être maintenant... chez eux!

MADELEINE

Et on ne vous a pas donné la croix pour ça?

martial, avec modestie.

Je n’ai pas cru devoir la demander. Mais laissez- moi, Madeleine ; je remonte, je remonte à la cause de mon accident à votre égard. Il y avait donc lutte parfaitement établie, mais de loin, entre moi^Jtfartial Palémon, artificier breveté, et Napoléon Bonaparte, empereur des Français et roi d’une foule d'autres choses !... Do son côté, il me disait : Je t'aurai! et moi, je lui répondais, toujours de loin:Tu ne m’auras pas, Nicolas!... Il ne me restait donc qu'un seul moyen d'échapper à cet entêtement impérial, c'était de me marier, et sur-le-champ. Le temps pressait, je n'avais pas la liberté du choix, et de plus je voulais, rester garçon autant que possible.

madeleine , à part.

C’est ça, garçon, et il en est venu & ses fins.

M (RTIAL.

Or, en ce temps-là, une femme s'est rencontrée ...

dans ma cuisine, faiblement pourvue d'attraits; elle avait quelques légères imperfections, comme de s’adonner aux liqueurs fortes, et d'user d’un vocabulaire peu musqué. Mais elle était vieille, cela faisait mon affaire, cela me sauvait de la conscription, et je vous épousai, Madeleine I

MADELEINE

Ah! vous eu convenez donc!

martial.

Un instant! c’est ici qu'il faut établir la distinction ; je vous épousai, oui; pour être ma cuisinière, boni mais ma femme, non! 11 fut bien entendu entre nous que ce mariage resterait secret, que vous seriez ma femme devant 1a loi, mais daus le téte-à-léte ma cuisinière, rien que ma cuisinière ! Voilà sur quelles bases fut conclu notre marché !

MADELEINE

C’est notre union que vous voulez dire?

MARTIAL

C’est, ma foi, un bel et bon marché ; car nous avons débattu de prix depuis trois cent ciuquautc jusqu’à six cents livres de gages.

MADELEINE

De pension I

MARTIAL

De gages 1... Ne changeons point les mots. Sous le sceau d'un sacrement à peu près ignoré de tout le monde, vous avez continué, Madeleine , à jouir des prérogatives attachées à votre étal de femme de ménage, infiniment trop rétribuée... Vous avez le droit de m'obéir, et moi celui de faire chambre à part; vous êtes censément ma servante, et je ne serai jamais positivement yolre mari... parlez de là, et retournez à la maison, voir si j’y suis.

MADELEINE

Ce n’est pas mon pauvre premier qui m’aurait jamais parlé ainsi... un homme si doux... un mouton, toujours aux petits soins pour sa chatte !

MARTIAL

Votre premier mari, vous ne l'aviez pas trompé, Madeleine, au lieu que moi...

MADELEINE

Comment! je vous ai trompé?

Oui, madame, trompé indignement... sur votre âge.

MADELEINE

Moi?

M ARTIAL.

Vous!... Je crois épuuscr une femme de soixante et quelques années; je me dis: Bien, ça me va... et vous en aviez à peine cinquante... Fi î quelle horreur !

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