‹ La Levée en MasseChapitre 20 sur 36 · ARR · texte numérisé non relu

ARR

spécieux arguments ! nous ne croirons jamais que l'oubli de nos droits et de nos devoirs soit sagesse. La lâcheté ne sera jamais prudence à nos yeux. Votre machiavélisme nous a placés entre l’ignominie et la mort. Dans cette situation cruelle, à quoi pensez-vous que se décide une nation généreuse ? Est-il pour eile d’autre parti que de verser jusqu’à la dernière goutte de son sang, plutôt que de se déshonorer par une basse soumission ! Meurtres, pillages, dévastations... n'épargnez aucun crime. Depuis vingt mois vos bras ne sont pas encore fatigués de tant d’horreurs. Quels fruits en avez-vous retirés ? Vous le savez!...

.… Pourrions-nous abandonner la cause du ciel à l’athéisme de ces montagnards frénétiques ? Et la nation espagnole, connue pour sa pitié si pure, cesserait-elle de combattre pour ces saints autels que pendant sept siècles et dans milleet mille combats, nos ancêtres défendirent contre l’impie férocité du sarrasin. Si telle était notre lâcheté, vous verriez les victimes de cette mémorable guerre élever du fond du sépulcre une tête accusatrice et vous dire : « Ingrats, voilà donc le prix de nos sacrifices ; c'est donc ainsi, perfides, que vous avez prodigué notre sang ? » Non, héros de la patrie, rentrez dans la paix du tombeau ; que cette crainte ne trouble pas le repos de vos cendres. Votre glorieux exemple nous apprit notre premier devoir. Nous sommes bien convaincus que la paix n’est pas derrière nous, mais qu'elle est devant nous.

À force de combats et de travaux, à force de valeur et d’audace, nous devons obtenir enfin cette heureuse tranquillité que les barbares nous ont enlevée. Craindrions-nous la

mort ? d’autres avant nous l'ont trouvée : ils ont scellé de

te

leur sang le noble serment auquel nous avons toujours juré de demeurer fidèles. Qui nous a dégagés ? Qui a rompu cette alliance de gloire et de périls que nous avons tous contractée ? Notre Patrie est dévastée; on nous insulte ; on nous regarde comme un vil troupeau que l’on vend, que l’on achète et que l’on égorge quand on veut !

Notre roi !... À ce nom, nobles Espagnols, vous sentez bouillonner dans vos cœurs l’ardeur et l'énergie qui conduisent à la victoire. Écoutez sa triste voix : il implore la valeur espagnole ; il vous demande ou la liberté ou la vengeance. Il n’y a pas de paix ; il ne peut y en avoir tant que la face des affaires n'aura pas changé. Que l'Espagne soit libre, tel fut alors le vœu universel ! Que l'Espagne soit libre ! tel est aujourd’hui le vœu national ! Si elle ne peut l’accomplir, qu’elle devienne au moins un vaste désert, un large tombeau, où les cadavres français et espagnols, entassés pêlemêle, attesteront aux siècles futurs, et notre héroïsme et le châtiment de nos oppresseurs |

Mais la fortune n’est pas si ennemie de la vertu qu'elle ne laisse à ses défenseurs que cette fatale extrémité. Il est écrit dans le ciel, et l’histoire des nations nous l’atteste, que le peuple vraiment ami de la liberté finit par conquérir son indépendance, malgré les ruses et la violence de la tyrannie. La victoire qui, si souvent est un présent du sort, est tôt ou tard le prix de la constance. Qui défendit les petites républiques de la Grèce contre l'invasion de Xerxès ? Qui releva le Capitole, renversé par les Gaulois ? Qui en détourna les foudres d’Annibal ? Qui, dans des temps plus rapprochés,

délivra la Suisse de la tyrannie germanique ? et qui donna

SRE

l'indépendance à la Hollande malgré les forces de nos aïeux ? Qui, enfin, inspire aujourd’hui au peuple tyrolien son héroïque résolution ? Entouré d'ennemis, dénué de secours, il n’écoute que son horreur pour le tyran; et les arbres et les rochers qu'il arrache aux montagnes sont pour lui des armes irrésistibles dont il accable les bataillons du vainqueur de Dantzig.

Suivons sans crainte un si bel exemple ; notre situation est la même ; la même ardeur nous anime ; les mêmes espérances doivent nous encourager. Le Dieu des armées nous couvrira de ses ailes; et satisfait de la constance avec laquelle nous avons bravé tous les périls, il nous conduira à travers les écueils et les orages, au port de l’indépendance,

Espagnols ! la Junte vous fait franchement cette déclaration parce qu'elle ne veut pas vous laisser ignorer un moment le nouveau danger qui vous menace ; elle vous l'annonce, dans l'espoir que bien loin de vous laisser abattre, comme nos ennemis s’y attendent, vous allez déployer de nouvelles forces et vous rendre encore plus dignes de la cause que vous défendez et de l'admiration de l'univers : elle vous l’annonce parce que saintement engagés à sauver l'Espagne, et assurés que le vœu uuanimedes Espagnols est d’être libres à quelque prix que ce soit, nous ne manquerons d'employer pour chasser l'ennemi : Aucune ressource, aucun moyen, quelque violent, quelque extraordinaire qu'il soit. Nul privilège ne pourra dispenser de voler au secours de la patrie.

Eh ! quoi, notre ennemi n'épargne rien pour nous domp-

ter et nous n’emploierions pas tous les moyens pour nous

Page 1