‹ La liberté civileChapitre 2 sur 97 · lie mariage établi pw la nature · texte numérisé non relu

lie mariage établi pw la nature

Le droit est en même temps la règle et la mesure de la liberté. De même que le droit est impossible sans la liberté, parce qu’il manque de matière, la liberté est impossible sans le droit, parce qu’elle manque d’essence. Les théoriciens qui croient servir la liberté en demandant la liberté absolue et sans limites, se confondent dans leurs pensées, car la liberté de tout faire est la négation de la liberté, la négation de la société, la négation de l’humanité. £n effet, si ma liberté n’a d’autre mesure que ma puissance, j’appartiens à ma passion, et le monde appartient à la force. Le droit s’enfuit, <m fu^ant^il emporte avec lui la liberté.

L’application de cette doctrine est surtout frappante en ce qui concerne la famille. Le but k atteindre est d’établir dans les relations humaines la plus grande somme de liberté possible : pour y parvenir, allons-nous relâcher les liens de famille, et par exemple supprimer l’autorité paternelle? Tout au contraire. La nature donne au père le droit de gouverner son bis, et elle donne au bis le droit d’être gouverné par son père ; c’est une autorité également nécessaire à celui qui l’exerce et à celui qui la subit. Toute doctrine qui, sous prétexte de liberté, désarmera le père et affranchira l’enfant, aura pour effet de détruire la liberté de l’un et de l’autre; car elle ôtera à l’un et à l’autre son droit et sa nature.

Et comme la société politique dépend essentiellement de la société domestique, on ne peut blesser le droit, c’est-à-dire la liberté, dans la famille, sans détruire l’État, et on ne peut constituer fortement la famille sur la base du droit naturel, sans accroître la puissance de l’État pour la liberté. C’est un axiome de la science politique, qu’il faut rendre l’autorité toute-puissante dans la famille, abn qu’elle devienne moins nécessaire dans l’État. Sous ce rapport, nos grandes assemblées républicaines se sont trompées, en diminuant la puissance maritale et la puissance paternelle. Elles n’ont pas suivi en cela l’exemple des Romains, qu’ elles aimaient tant à invoquer; car l’exagérabon de la puissance paternelle a été jusqu’à la lin un des plus énergiques ressorts de la société romaine.

Avant de voir ce que l’État peut ajouter ou retrancher à la famille, examinons-la comme un fait naturel, étranger à toute convention sociale.

Le sentiment qui rapproche l’homme et la femme, et que l’on appelle l’amour, est un sentiment très-complexe. On donne quelquefois le nom d’amour à ce que les psychologues appellent assez brutalement l’appétit du sexe; mais cet amour, comme tous les autres appétits, a pour bn la satisfaction d’un besoin purement physique , il a

pour caractère de cesser momentanément après avoir été assouvi ; enfin^ il ne se borne pas à un objet unique, ou du moins il n’y a rien en lui qui explique cette fixité : s’il en montre, elle lui vient d’ailleurs. Le véritable amour est tout autre chose. IL est vrai qu’il est toujours accompagné de l’amour physique, car il ne faut chercher la dangereuse chimère de l’amonr platonique c[ue dans les Femmes savantes (il n’y a pas trace de cela dans Platon); mais il en diffère par les caractères les plus essentiels. D’abord, il ne s’attache pas h toutes les femmes, mais k une seule'. Il n’est pas périodique, mais ccmstant et eontinn; il n’a pas pour unique fin la satisfaction d’un besoin physique, mais il aspire au contraire à l’union des âmes. Il est jaloux, et sa jalousie s’étend aux pensées et aux , ÿentiments aussi bien qu’au corps. 11 s’insinue le plus souvent par les yeux; et pourtant quelquefois le désir ne commence k naîtra qu’après un commerce assez prolongé, et quand le coeur est déjà pris. Mêom^ chez les âmes les moins pures, les plus dominées par le corps, il est le plus souvent produit par l’attrait de la beauté. Or, le sentiment de la beauté ne peut être confondu avec le désir des sens, ny est joint, il.en diffère; il appartient à l’ordre moral. Le corps peut être amant de la femme, mais c’est l’âme qui est amante de la beauté. C’est un sentiment naturel et vrai, un sentiment généreux, qui élève l’âme, la rend capable des plus grandes pensées et la dispose aux nobles actions. Pascal dit que l'amour est un attachement de pensée *. Il est certain que le climat, et le tempérament, qui font tout pour les sens, ne font rien pour la violence de l’amour. L’amour ne dépend même pas de son objet. Son foyer est interne. C’est une force de notre âme qui se développe à l’occasion d’une femme, mais

4 . « L’égarem«nt à aimer en plniieuTS endroits est aassi monstrueux que l’injustice dans l’esprit. » (Pascal, les Passions dePamour, éd. Havet, )). 614; éd. Hachette; t. H, p. 64 )

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