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Arrêt du parlement de Bretagne, 3 avril

Outre les parlements, dont le pouvoir était à peu près discrétionnaire, les auteurs avaient à craindre encore le lieutenant de police, le ministre de Paris, le directeur général de la librairie et le^ chancelier. Rien n’était plus commun que de mettre un auteur à la Bastille. Le ministre de Paris embastillait un auteur ou l’exilait, avec autant de facilité qu’en mettait le parlement à faire lacérer un livre. Quand Louis XVI lit de son propre mouvement arrêter Beaumarchais pour une très-médiocre chanson contre l’archevêque, il ne lui accorda pas les honneurs de la Bastille, il l’envoya dans une maison de correction, à Saint-Lazare, dont le nom même était infamant On était alors en 1785 , et l’auteur du Mariage de Figaro n’avait pas moins de cinquante-trois ans. Voltaire fut obligé à plusieurs reprises de quitter la France, et il demanda vainement pendant de longues années l’autorisation de revenir à Paris. J. J. Rousseau, après la publication de Y Émile, fut décrété de prise de corps, et réduit à quitter Paris en ioute hâte. Il erra sous un nom supposé, chassé successivement du territoire de Berne et de celui de Neuchâtel *. Son homonyme, J. B. Rousseau, fut condamné au bannissement perpétuel, par arrêt du parlement, le 7 avril 1712 , « pour avoir composé et distribué des vers impurs, satiriques et diffamatoires. » C’est en allant au donjon de Vincennes, rendre visite à Diderot prisonnier *, que Jean-Jacques avaii écrit la prosopopée

4. Beanmarcbais fui arrfilé au commencement de mars 4785. Le bruit courut que le roi avait voulu le mettre à Bicèire, et que M. de Breleuit l'cn avait détourné.

2. L’arrêt estdu 9 Juin 47C2. Le 4S, Rousseau fut condamné à Genève. En même temps parut un mandement de l’arohevêque de Paris contre VÉmile, « L’arclievêque répond à Rousseau par des passages de l’Écriture, dit Grimm dans sa Correspondance , et l’avocat général (Joly de Fleury), par un decret de prise de corps. -L'une et l'autre façon de répondre est également solide, mais celle du prélat est plus honnête. »

3. C’est après la lettre sur les aveu’^/es, imprimée en 4 74 9, que Diderot avait été mis au donjon de Vincennes a pour quelques traits pertonnela, d ml Mme Dupré. de Sainl-Maur et M. de Réauraur furent cho-

de Fabricius. Un écrivain, aujourd’hui oublié, très-célèbre au siècle dernier, Linguet, fut mis à la Bastille sous le ministère de M. de Vergennes *, et le bruit courut qu’on l’avait pendu dans sa prison. Le procédé paraissait violent, mais il ne paraissait pas complètement invraisemblable *. Un auteur, pour le moindre livre, pour une chanson, pour un couplet, appartenait k la police, comme les comédiens et les filles de joie. Tous les officiers de police, tous les gens du roi, tous les tribunaux, tous les ministres avaient le droit de le mander devant eux pour l’admonester, de l’exiler de Paris ou même de France, de le mettre en prison, de le faire condamner k l’amende, au carcan, aux galères, de le faire pendre comme Anne Dubourg, ou brûler comme Étienne Dolet et Vanini, ou ruiner et déporter comme l’abbé Raynal. Il y avait en outre les lettres de cachet qui pouvaient être obtenues pour une injure particulière par un grand seigneur ou par une courtisane. Peu s’en fallut que la Clairon ne fît mettre Fréron au Fort-l’Évêque *. Enfin, il y avait les mandements, la censure cléricale qui aboutissait le plus souvent

qués. » Cr. J. J. Rousseau, let Confessioiu, partie II, lirre VII, Mussei-Palhay, l. XV, p. H7. Éd. Hachette, t. VIII, p. 847.

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