‹ La liberté civileChapitre 85 sur 97 · De la liberté de penser en Eorope · texte numérisé non relu

De la liberté de penser en Eorope

Nous croyons aujourd’hui que nous sommes libres, au moins dans notre pensée et dans l’expression de noire pensée. C’est même dans cet ^aÊFranchissement de l’intel- ^ ligence que nous faisons surtout consister le caractère des temps modernes. Mais souvenons-nous du précepte de Socrate, que la pire ignorance est celle qui s’ignore ellemême, et prenons garde qu’on ne puisse dire aussi de l’état de nos esprits que la pire, servitude est celle qui se prend de bonne foi pour la liberté. Nous disions tout à l’Jieure que le moyen âge n’est pas mort dans nos lois et dans nos moeurs, puisque nous avons encore des corporations, des douanes, des privilèges , tout un arsenal de lois prohibitives sans nécessité : il nous reste à rechercher aussi s’il ne reste rien du moyen âge dans nos écoles et en nous-mèmes; si le chimiste a tué l’alchimiste, si le médecin a tué le mire, et si le philosophe, à force d’a'.’oir écouté Descartes, se souvient assez « de ne recevoir jamais aucune chose pour vraie qu’il ne la connaisse évidemment être telle *. »

Un pays libre en matière de philosophie, c’est celui où la pensée et l'expression de la pensée ne sont entravées ni par les lois, ni par les mœurs. Â ce compte, quelle est en Europe l’étendue du territoire de la philosophie ? Il en faut d’abord retrancher la Suède, dont la littérature actuelle ne nous est connue que par quelques romans agréables, ce qui n’est pas une preuve de fécondité ni par conséquent de liberté, et dont l’intolérance religieuse a si tristement retenti en Europe dans ces dernières années.

Un pays dans lequel on ne peut pas abandonner la reli-

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