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CHAPITRE II

FORMES DU DÉTERHINISHE.

Déterminisme scientifique ; — déterminisme psychophysiolo^^ique; — déterminisme psychologique.

Le déterminisme scientifique a revêtu deux formes principales: Tune, qui est absolument positiviste et qu'ont adoptée Auguste Comte et Stuart Mill ; Tautre, où la métaphysique tient déjà une grande place et qui a son plus illustre représentant dans Herbert Spencer, Ce sont ces deux espèces de déterminisme scientifique que nous esquisserons d'abord.

Parti d'une idée toute morale, de l'idée saint-si^ monienne i, Auguste Comte semblait devoir ménager une place à la liberté dans son système: il aboutit pourtant à l'universelle nécessité. Chez lui, c'est le professeur d'analyse transcendante et de mécanique rationnelle qui l'emporta sur le philosophe.

Il n'y a que des phénomènes : c'est ce qui résulte de l'histoire ; c'est ce que démon trç l'évolution

i. Voir Aug, ComtCj par le R. P. Gruber, p. 41.

de Tesprit humain à travers less siècles. On a d'abord adoré des fétiches. Puis une aurore de réflexion est survenue, et derrière les fétiches on a supposé des forces faites à Timage de Tâme humaine ; derrière les fétiches on a placé des volontés : divinités aussi nombreuses et aussi variées que les phénomènes; divinités capricieuses, souvent malfaisan tes, qu'on essayait d'adoucir avec des prières, des libations et des sacrifices. Un peu plus tard et pendant que sur d'autres points du globe la croyance aux esprits et aux démons régnait encore en souveraine, on s'est aperçu qu'il y a de Tordre dans la nature, que le monde fait un tout, que c'est un cosmos, et l'on s'est pris à se figurer une volonté unique, infiniment puissante, mais aussi infiniment sage : on a cru à l'existence de Di6i|« Ainsi, le fétichisme a commencé ; au fétichisme ft succédé le polythéisme, au polythéisme le rûOilothéisme, la raison s'élevant par un travail incessant à une conception de plus en plus COfnpré^ hensive, et par là même de plus en plus voisine de l'absolue réalité. Et ces trois phases forment ce qu'on peut appeler la période théologkjue ou fictive de l'esprit humain.

Mais on ne pouvait s'en tenir à tfOtfô conception : elle avait quelque chose de trOp enfantin. Cette

volonté souveraine, qu'on plaçait en dehors du monde d'où elle dirigeait tous les événements, on afini par la mettre dans le monde lui-même, on en a fait l'âme de la nature : et alors a commencé le règne des virtualités, des puissances, des facultés, de la substance, autant de divinités d'un genre nouveau, plus rapprochées de nous, il est vrai, mais non moins inaccessibles aux prises de la conscience, non moins imaginaires ; alors a commencé la période métaphysique ou abstraite, dont le moyen âge est le point culminant.

La période métaphysique en appelait un©^ autre ; car la connaissance n'avance pas par l'hypothèse toujourscommode.de qualités occultes^ disposées derrière les phénomènes et se dérobant sans cesse à l'étreinte de la pensée. On en est venu à remarquer avec Bacon que virtualités et substances ne sont rien pour nous; bien plus, que- ces entités obscures ne concourent nullement à l'explication de la réalité, qu'il n'y a dans la nature qu'une trame de faits dont le propre est de s'évoquer mutuellement. Et à partir de ce moment, les mathématiques et les sciences expérimentales ont pris un développement rapide et continu. La philosophie ellemême ne peut avancer qu'à condition d'entrer dans la même voie. Si cette science capitale, où se

résument toutes les autres sciences et d'où dépend le bonheur de rhumanité, n'a fait que piétiner sur place ou revenir en arrière, il faut l'attribuer à la fausse idée qu'on s'en est faite : on a voulu connaître l'inconnaissable. Par conséquent, c'est la période positive, exclusivement positive, qui cons^ titue la dernière phase de l'évolution humaine ; c'est dans la période positive que la raison doit par une synthèse définitive atteindre son plein développement, que la volonté doit conquérir son idéal, et l'activité un empire toujours croissant sur les forces de la nature ; c'est dans la période positive que notre planète, sous le double effort de la prévision et de la bonne volonté, doit se changer en un autre Éden!

Il ne faut pas croire toutefois que ces trois périodes de l'esprit humain se succèdent avec une rigueur mathématique, que l'une commence à l'endroit précis où l'autre finit. De telles démarcations n'ont rien de conforme à la vie réelle. Les trois périodes de la pensée empiètent les unes sur les autres: c'est au sein même de la précédente que la suivante prend son origine. Il en est comme de la lumière du soleil, qui gagne peu à peu sur la nuit, comme de la nuit, qui éteint à la longue jusqu'aux derniers rayons du jour. Mais à qui sait

discerner les traits dominants de Thistoire de notre race, il paraît manifeste que la raison a par-» couru trois étapes et qu'elle n'en parcourra pas d'autres *.

Il n'y a donc que des phénomènea. De plus, ces phénomènes ne sont que du mouvement. Le monde ne se développe pas tout entier sur un même plan. Les faits qui le constituent, forment une sorte de hiérarchie ; et cette hiérarchie est telle, qu'en allant du simple au complexe, ou, si l'on veut, du général au particulier, on trouve toujours que le fait supérieur n'est qu'une combinaison plus savante des éléments qui composent le fait inférieur. « Il est « possible de classer les phénomènes en un petit (( nombre de catégories naturelles disposées d'une « telle manière, que l'étude rationnelle de chaque a catégorie soit fondée sur la connaissance des « lois principales de la catégorie précédente et défit vienne le fondement de l'étude suivante 2 x). Ainsi les fonctions affectives et intellectives n'ont pas une qualité spécifique. « Leur étude se ramène « à l'étude à la fois expérimentale et rationnelle « des divers phénomènes de sensibilité inférieure, « propres aux ganglions cérébraux dépourvus de

i. Cours de phil. positive, I»*® leçon.

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