Phil. class. , c. m
que part avant le commandement ? d'où viendront les phénomènes, s'il n'y a pas déjà des forces ? Mais ce sont là des amusements qui n'ont rien à voir avec le rôle austère du critique. Reprenons notre exposition. Pour Taine il n'y a pas de volonté, il n'y a que des volitions. Une idée ou image pénètre dans la trame des faits de conscience. Si elle devient la plus forte, elle fee traduit par une appétition, puis par un mouvement; si elle est vaincue dans la lutte, elle se traduit par un arrêt. Et tout cela se fait d'après la loi de l'universelle nécessité. L'action suit fatalement la résolution qui lui sert d'antécédent ; la résolution à son tour ne peut pas ne pas suivre le groupe d'états de conscience qui la précèdent et l'amènent. Tout est nécessaire en psychologie, aussi bien qu'en biologie, en chimie, en physique, en géométrie. Et pourquoi ? parce que le principe de causalité ne souffre pas d'exception, parce que ce principe est aussi absolu qu'un axiome mathématique.
Et sur ce point fondamental, Taine, tious l'avouons de grand cœur, dépasse tous les autres positivistes par la vigueur de son analyse ; mais aussi le malheur veut qu'il se dépasse lui-même. Sluàrt Mill a tort de dire que dans les portions lointaines des régions stellaires, où les phénomènes peuvent
être tout à fait différents de ceux que nous connaissons, ce serait folie d'affirmer le règne d'aucune loi générale ou spéciale et que, si un homme habitué à l'abstraction et à l'analyse exerçait loyalement ses facultés à cet effet, <r il n'aurait pas de « difficulté , quand son imagination aurait pris « le pli, à concevoir qu'en certains endroits, par « exemple dans un des firmaments dont l'astrono- « mie stellaire compose à présent l'univers, les « événements puissent se succéder au hasard, sans ^ aucune loi fixe, aucune portion de notre expert rience ou de notre constitution mentale ne nous « fournissant une raison quelconque pour croire « que cela n'a lieu nulle part ». C'est Claude Bernard qui a raison : a il y a un déterminisme absolu dans les conditions d'existence des phénomènes naturels, aussi bien pour les corps vivants que pour les corps bruts ». La condition d'un phénomène une fois connue et remplie, le phénomène doit se reproduire toujours et partout, il doit se reproduire nécessairement. L'antécédent véritable une fois posé, le conséquent ne peut pas « ne pas suivre. La loi de la causalité est univer- « selle et absolue ; elle serait telle, même si le ca- « ractère constaté était unique dans la nature ; car <( elle vaut non seulement pour tous les cas réels,
« mais encore ^our tous les cas possibles » ^\ D'où vient donc cette valeur métempirique de la causalité ? Pourquoi Taine affirme-t-il avec tant de force et d'entrain que rien n'échappe, que rien ne peut échapper à son empire? Parce que notrfe esprit perçoit entre l'antécédent et le conséquent, non pljas une agglutination physique, mais bien un rapport logique, parce qu'entre la cause et l'effet notre pensée démêle <c du même », parce que la causalité seramèneà l'identité 2. Dès lors, peu importent et le lieu et le temps, on a toujours la même raison d'affirmer ce que l'on ^ une fois constaté. Sans doute, il se peut que dans un autre monde les corps ne s'attirent pas ; mais dans cet autre monde, comme chez nous, a si, par l'application d'une force quelconque, un corps prend pendant un temps aussi court qu'on voudra un mouvement rectiligne uniforme, il tendra à le continuer indéfiniment. Ainsi de tous les autres couples d'antécédents et de conséquents que peut présenter la nature. Parti d'un si noble élan, Taine va jusqu'à se demander si l'on ne pourrait pas fructueusement appliquer la loi de la causalité au problème de l'exis-