Le crime et la folie, c. n
cope des faits qui, avant son invention, nous étaient entièrement inaccessibles.
Il y a un type criminel. De plus, ce type est congénital ; c'est un cas complexe de la loi d'hérédité ; on en peut fournir plusieurs preuves.
D'abord, la puissance de l'hérédité dans la détermination du naturel de l'individu a été de tout temps reconnue plu3 ou moins distinctement. « Salomon proclamait, comme un mérite spécial, que l'homme de bien laisse un héritage aux enfants de ses enfants ; et d'un autre côté, il est dit que l'iniquité des pères retombera sur les enfants en la troisième et en la quatrième génération. . . C'était un proverbe en Israël que, lorsque les pères ont mangé des raisins verts, les dents des enfants en sont agacées ; et l'on ne s'y étonnait point que ceux dont les pères g.vaient lapidé les prophètes dussent rejeter celui qui avait été envoyé parmi eux : vous êtes les enfants de ceux qui ont lapidé les prophètes » *. L'institution des castes chez les Hindous paraît avoir eu pour origine la connaissance du rôle considérable de l'hérédité et de son influence dans le développement de l'homme. Cette fatalité inexorable et terrible, qui tient une place si grande dans
i. Maudsley. Le crime et la folie, c. ii.
la tragédie grecque et contre laquelle les héros luttaient virilement tout en se sachant marqués d'avance pour la défaite, qu'était-ce sinon un corps donné pour ainsi dire à ce sentiment profond que notre être actuel dépend inévitablement de tout ce qui l'a précédé dans le temps? a Bénis le sort qui t'a fait naître à Athènes, dit l'auteur de la religio Medici ; mais entre tant de bienfaits dont tu dois remercier les dieux, lève une main au ciel et bénis-le de t'avoir fait naître de parents honnêtes et de ce que la modestie, l'humihté et la véracité ont été enfermées dans le même œuf et sont venues au monde avec toi ».
Tous les peuples ont cru et croient encore à l'hérédité, et cette croyance reçoit de la science une conrirmatiou de plus en plus éclatante. Aujourd'hui, c'est un fait admis par tout le monde, même par les adversaires les plus récalcitrants du positivisme, que l'hérédité se montre de plus en plus agissante à. mesure que les phénomènes sont plus voisins de l'organisme, qu'elle est très forte dans les actes réflexes, les cas de cérébration iniente, les impressions, les instincts; or, nous is déjà vu, l'amour du bien a son levier prindans la sensibilité morale, et la sensibilité moi des rapports Jntimes et profonds soit avec
la sensibilité physiologique soit avec Torganisn^e lui-même. D'ailleurs, on a des données directes et d'ordre empirique pour établir l'influence prépondérante de l'hérédité dans la constitution organique et psychique du criminel, t On connaît à ce sujet des généalogies frappantes, celles de Lemaire et de Chrétien, par exemple ; celle de la famille Yuke, comprenant 200 voleurs et assassins, 288 infirmes et 90 prostituées, descendus d'une même souche en soixante-quinze ans, leur ancêtre, Max, ayant été un ivrogne. Thomson, sur 109 condamnés, en a trouvé 50 parents entre eux et parmi ceux-ci huit membres d'une même famille qui descendaient d'un condamné récidiviste » ^. Virgilio a observé que la transmission directe du crime par hérédité directe ou collatérale se fait dans la proportion de 32, 24 pour 100. Le même savant a aussi remarqué que, parmi 48 récidivistes, 42 avaient des caractères de dégénération congénitale. Marro a trouvé parmi les criminels une moyenne de fils d'ivrognes de 41 pour 100, et de 16 pour 100 parmi les non-criminels; de 13 pour cent parmi les premiers, ayant des trères condamnés, et 1 pour 100 parmi les autres. Et il faudra, ajoute
1. Revue phil., Mars 1888, L'anomalie du ct'iminelf Garofalo.
Garofalo, s'attendre à des conclusions de plus en plus irrécusables^.
Ce n'est pas que l'éducation, le milieu social, le climat, les boissons n'aient aucune influence sur la production du crime. On ne peut nier l'action de tels facteurs ; mais cette action est secondaire- Il existe toujours dans le criminel un élément congénital différentiel. Le délinquant fortuit n'existe pas, si par ce mot on veut signifier qa'un homme moralement bien organisé peut commettre un crime par la seule force des circonstances extérieures. « En effet, si parmi cent personnes qui se trouvent dans des circonstances identiques, il n'y en a qu'une seule qui se laisse entraîner au crime, il faut bien avouer que cette personne a senti d'une manière différente l'influence des circonstances ; donc il y a en elle quelque chose d'exclusif, une diathèse, une manière d'être toute particulière » *.
Le type criminel est congénital : il se transmet avec la vie et, ce type une fois donné, le crime s'ensuit fatalement, bien que cette fatalité ait des degrés. Il y a des êtres voués au mal. Qu'est-ce, en effet, que les manifestations de la pensée ? Autant de fonctions du cerveau. L'idée, la conscience, le