‹ La liberté commerciale et les résultats du traité de commerce de 1860Chapitre 2 sur 48 · GUILLAUMIN ET C", LIBRAIRES · texte numérisé non relu

GUILLAUMIN ET C", LIBRAIRES

ÉdilfQrt du Journal des ÉcoDOBiilet, de la Colirelion des priaeipaui Econimiitei, du Dictionnaire de rEeonomie politique, dn Dictionnaire nniTenel du Conaaerce et de la Naiigation, etc.

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INTRODUCTION

Un ^rand fait s’est accompli, il y a quelques mois : le régime de la liberté commerciale inauguré par le traité de commerce de 18G0, entre la France et l’Angleterre, a été soumis à une discussion sérieuse et approfondie du Corps législatif; le principe qu’il consacre s’est vu sanctionner par une imposante majorité. La levée de boucliers des protectionnistes n’a servi qu’à mieux faire ressortir les avantages obtenus ; désormais la doctrine libérale, reconnue comme la plus utile aux intérêts généraux du pays, se trouve définitivement inscrite dans notre législation. L’expérience avait prononcé , il suffisait de la mettre en lumière pour dissiper les incertitudes et les erreurs, trop répandues encore dans beaucoup d’esprits. M. Rouher etM. de Forcade se sont acquittés de cette tâche avec un talent remarquable, une vigueur de bon sens et un éclat de parole qui n’ont laissé debout aucun des arguments invoqués au profit d’un système arriéré, trop longtemps imposé à la France.

Pour notre compte, nous avions salué le traité de 1860 comme un acte de féconde initiative et de sage amélioration. Le seul regret qu’il nous eût laissé, c’est qu’il fût le résultat d’un simple acte d’autorité, alors que la puissance des raisons qui l’ont inspiré suflisail pour mériter et pour obtenir l’assentiment général. Désormais on serait mal venu de prétendre que la doctrine de la liberté commerciale n’émane pas du pays lui-même. Grâce à

INTRODUCTION

M. Pouyer-Quertier et à ses collègues, qui ont rendu un service signalé en provoquant une longue discussion , les dispositions libérales appliquées à nos relations avec les pays étrangers ont subi réprouve d’un débat décisif.

Au moment d’une délibération, à laquelle notre éloignement de la Chambre législative ne nous permettait point de prendre part, nous avons essayé de fournir notre humble concours à la défense de la justice et de la vérité. Sur l’invitation de V Association polytechnique^ nous avons fait, le dimanche 10 mai 1868, dans l’amphithéâtre de l’École de médecine, une conférence destinée à signaler les résultats de l’œuvre de 1860, et surtout à rechercher quel était le véritable intérêt de ceux qui travaillent on présence de la question des douanes. Fidèlement sténographiée, imprimée dans la nuit, cotte conférence a pu être distribuée aux membres du Corps législatif, dès le lendemain, au début do la grande délibération ouverte sur notre régime commercial ‘.

Le talent éminent des orateurs qui ont défendu la cause do la liberté du travail en défendant la cause do la liberté de l’échange, et la masse des faits convaincants que l’expérience a permis de recueillir , n’avaient nullement besoin d’un aussi modeste auxiliaire. Mais pénétré du devoir de mettre en pratique, chaque fois qu’il s’agit de grands intérêts publics et des questions fondamentales, l’action spontanée de l’initialivo personnelle, il nous aurait coûté do garder le silence au moment où se vidait la question do la liberté commerciale.

Plus de trente ans se sont écoulés depuis que, par la parole et par la plume, nous avons commencé à combattre sous ce noble drapeau, au milieu do la phalange pou nombreuse alors des économistes. 11 sera peut-être intéressant de se reporter à une époque do lutte inoossanle ; on

^ La discussion du Corps législatit* a commencé le 11 mai 1868.

INTRODUCTION

pourra constater que rien n’a été improvisé, que lout est sorti (l’une longue élaboration. Los arguments invoqués encore au profit du régime protecteur se trouvent réfutés depuis longtemps. Pour notre compte, nous les avons salués comme de vieilles connaissances.

Pou do semaines avant le 24 février 1848, nous avons publié des Études d’économie et de statistique^ ouvrage complètement épuisé depuis nombre d’années; nous y avons retrouvé la réponse à la plupart des objections dirigées contre la liberté des échanges. Il nous a semblé que ce travail n’avait point perdu son caractère d’opportunité, nous l’avons donc repris avec la satisfaction que donne l’expérience accomplie, quand elle n’oblige à ro* tirer aucune parole, quand elle fortifie les prévisions formées et quelle confirme les espérances mises en avant.

Commerce des grains, question des fers, arguments produits contre les idées anglaises, erreurs commises au sujet du traité de Mothuen et du traité de 4786, résultats de la liberté commerciale en Suisse, contradictions des protectionnistes, influence qu’exerce la liberté commerciale sur l’agriculture, le travail et la distribution des richesses, situation des ouvriers, question des salaires, tels sont les divers aspects sous lesquels nous avions étudié la question de la liberté commerciale. Nous no pouvons que répéter aujourd’hui, avec la même conviction, et avec une confiance raffermie par le spectacle dos faits accomplis, ce que nous disions alors.

On a beaucoup parlé de l’intérêt des ouvriers dans la solution du problème des douanes. Ce point nous a semblé digne d’un examen particulier ; des renseignements statistiques exacts ont permis de constater le nombre des ouvriers employés dans ebaejue branche de travail, et de faire ressortir combien peu doivent conserver Villusiofi d’être pi'otégés par dos tarifs élevés, taudis que tous sont directement intéressés au progrès de la liberté commer-

INTRODUCTION

ciale. Ce sont les ouvriers qui payent le plus cher les frais de la guerre industrielle provoquée par le régime protecteur, ce sont les ouvriers qui ont surtout à gagner quand les éléments naturels de la production se fortifient, et quand les échanges deviennent plus faciles.

Nous avons compris dans ce volume notre déposition devant la commission d’enquête de 1859, chargée d’étudier le commerce des céréales^ et la discussion que nous avons soutenue, en 1866, sur cette matière, au sein de la Société impériale et centrale d’agriculture.

Enfin l’attention publique vient d’être rappelée sur la conclusion d’une union douanière entre la France et la Belgique. Nous avions demandé cette union dès 1842; les recherches que nous avons faites alors, nous les publions de nouveau en ajoutant les renseignements statistiques, qui permettent de comparer la situation présente, avec celle du passé. La réforme de 1860 a réalisé, du côté de la Belgique, une amélioration notable dans notre régime des douanes; le débat sur la question d’îmzon, tel qu’il s’était établi, il y a un quart de siècle, peut néanmoins ne pas avoir perdu tout intérêt.

Nous réclamions aussi dès cette époque un traité de commerce avec F Angleterre : les résultats acquis confirment en ce moment les vœux que nous avions formulés. Des rapprochements curieux s’olTrent d’eux-mêmes, quand on met en présence les phases traversées par l’histoire et par la doctrine.

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