‹ La liberté commerciale et les résultats du traité de commerce de 1860Chapitre 21 sur 48 · de fers on l)arrcs. . ] 1 .26(\ de rails · texte numérisé non relu

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Fers (3liix's en barres. . .

En présence de la construction des chemins de fer et des progrès de l’industrie en général, ces chiffres restreints prouvent que la barrière élevée par le droit de 12 francs par quintal rendait l’importation presque impossible. Nous sommes tombés, en ce qui concerne l’importation du fer en barres, au-dessous des plus mauvaises années de la Restauration. En déduisant les fers étirés admis en franchise, il ne reste pour ceux qui ont acquitté le droit que des quotités insignifiantes, à partir de 1856 :

1856 . . . ^.863 tonnes.

Le droit de 12 francs était donc véritablement prohibitif*.

Toutes les mesures successivement prises dans le sens de la réduction des tarifs ont provoqué le meme concert de plaintes et la même explosion de pronostics sinistres. L’industrie sc mourait, elle était morte si Ton touchait à la protection pour en abaisser le

* Les droits de 7 et de 6 francs, appliqués depuis les réformes de 18G0 et 1804, ne paraissent guère rètrc moins. Nous avons reçu depuis

1857, en valeurs actuelles :

Fonte brute.

Fer et acier.

Milliona de francs.

Uilliont de francs.

Ce sont réellement des quotités insignifiantes. Les quotités introduites chez nous ont été :

Fer et acier. — Tonnes.

Ponte brute. — Tonnes. •

Li:S FEHS.

taux. Une fois rexpérience accomplie, on a pu contrôler cos prophètes de mauvais augure.

Le droit maintenu à 7 francs, et plus tard à 6 francs, par quintal de fer, ne se justifie que par l’essor imprudent que le régime douanier a fait prendre à certaines de nos ûsines : c’est un lourd tribut que les fautes du passé imposent à l’avenir.

Cependant, cest sur l’extension môme de la production que les défenseurs du statu qiio se fondent pour repousser une diminution du tarif. Il nous a fait grandir, disent-ils, pourquoi le changer? D’un autre côté, ils présentent l’Angleterre comme ayant fait, dans l’intervalle, des progrès encore plus considérables; ce n'est cependant pas la faveur d’un droit protecteur qui en a été le levier. — L’écart qui existait entre la masse de nos produits métallurgiques et la masse des produits anglais existe toujours, c’est vrai; pendant que nous marchions, excités par les encouragements du monopole du marché intérieur, nos voisins ont eu le mauvais goût de ne pas s’arrêter pour nous attendre et de puiser des forces nouvelles dans l’énergique vigueur de la liberté. L'impuissance de notre régime artificiel est au moins surabondamment démontrée sous ce rapport, et, à moins de substituer aux promesses d’un affranchissement futur une condamnation nettement formulée qui nous retiendrait toujours dans les liens du privilège douanier, il est temps, après quarante ans d’expérience onéreuse, d’aborder une autre voie, plus large et plus féconde.

La nécessité d’un droit plus modéré ressort d’une

HO

LA LIBEIITÉ COMMERCIALE.

manière éclatante de tous les enseignements du passé. Quant au chiffre même de la réduction, si celui auquel le gouvernement sest arrêté avait eu besoin d’une confirmation décisive, il l’aurait rencontrée dans la série des calculs produits par l’un des hommes les plus habiles du camp opposé, par l’honorable M. Talabot, président du comité des forges. Celui-ci s’est attaché à démontrer, pièces en main, que pendant la série de dix ans, de 1845 à 1854, l’écart entre le prix du fer français et celui du fer anglais n’avait été en moyenne que de 36 francs par tonne. S’il n’a pas cru convenable de pousser plus loin sa démonstration et de l’appliquer aux années 1855 à 1859, c’est quelles n’auraient rien ajouté à la thèse qu’il soutenait : elles auraient montré que le prix des fers anglais s’était bien soutenu, et que même, dans un moment de stagnation, en juillet 1859, ils n’étaient pas descendus, pour les qualités inférieures, au-dessous de 150 francs la tonne. Ils varient en ce moment de 170 à 190 francs.

Dans ces conditions, avec des frais de transport que M; Talabot a évalués, tous accessoires compris, à 40 francs et un droit de 70 francs, nos forges se trouveraient en position de continuer la lutte avec avantage. Des marchés récents ont été conclus, par le Creuzot et par Hayarige, pour des fournitures de rails considérables, au taux de 240 francs et de 239 francs, qui représente environ 220 francs à l’usine. En présence d’un écart de 36 francs entre les prix anglais, tout compris, et les prix français, un droit de 70 francs

LES FERS

et même de GO francs devrait contenter les protectionnistes les plus difficiles.

Comment se fait-il que la cause de la liberté commerciale ait ainsi rencontré le renfort inattendu d’un des partisans les plus dévoués et les plus intelligents du système ultra- protecteur?

Dans un ouvrage récent, qili sera consulté avec fruit’, M. Amé, directeur des douanes à Bordeaux, n’a pas évalué à moins de deux milliards la charge imposée depuis 1814 aux consommateurs français par le tarif des fers. Lors de l’enquête de 1828, alors que la consommation était h peine du quart de la consommation actuelle, on avait reconnu une surcharge annuelle de plus de 30 millions; le chiffre produit par M. Amé n'avait donc rien de trop extraordinaire* Pendant longtemps, nos maîtres de forges ont usé de tout l’avantage que leur donnait le tarif; s’ils se sont montrés moins exigeants dans la dernière période, c’est qu’ils ont été sous le coup d’une modification annoncée dans le droit de douane et qu'ils reculaient devant le danger de fournir à ceux qui la réclamaient une arme trop puissante. Quoi qu’il en soit, le procédé adopté par M. Amé est parfaitement rationnel : il s’est attaché à suivre le développement de la consommation en appliquant aux qualités vendues la plus-value résultant de l’application des droits. Sauf une erreur que M. Talabot a eu raison de relever, c’est-à-dire un double emploi provenant de ce que

* Élude économique sur les tarifs dédouanés; Paris, Guillaumin, 1860. 1 vol. in-8®.

M. Amé n’a pas retranché de la quotité totale de la fonte produite la portion notable qui avait servi de matière première au travail du fer, le. résultat nous semble acquis, malgré la critique sévère de M. le président du comité des forges.

Le chiffre de 2,479,000,000 francs, diminué de la somme afl’érente au double emploi du droit sur la fonte, ressort toujours à un total de beaucoup supérieur à deux milliards^ qui représente le montant des tarifs appliqués aux quantités consommées. M. Talabot se récrie fort contre ce procédé; il est cependant aussi simple que concluant, car on ne saurait sortir de ce dilemme : ou le droit de douane a été nécessaire, et alors il est juste d’en calculer le montant; ou il a été seulement nominal, en grande partie, et alors pourquoi le maintenir? M. Amé s’est borné à montrer le résultat virtuel du régime adopté; il a établi des chiffres qui, sauf une rectification tout à fait secondaire, conservent une grande valeur, et font comprendre d’une manière saisissante les inconvénients attachés à l’impôt dont notre industrie métallurgique a frappé le pays.

M. Talabot a voulu la disculper de cette grave accusation : il était parfaitement dans son droit, et ses arguments, quoique limités à une période trop courte, n’en conservent pas moins un intérêt sérieux. Seulement, il ne s’est pas aperçu (on ne songe jamais à tout) qu’il prouvait trop bien sa thèse, et qu’il maniait ainsi une arme A double tranchant. Certes on ne saurait lui imputer le tort de mal se servir des moyens

LES FERS

que lui suggèrent un esprit exercé et une grande habitude des affaires. Nous sommes le premier à rendre hommage à 1 habileté éprouvée d’un des hommes qui honorent le plus l’industrie française ; qu’il nous permette seulement de le lui dire : une mauvaise cause entraîne à de singulières inconséquences. M. Talabot a senti la gravité du coup qu’il venait de porter au tarif des fers; il a essayé de sortir de ce pas difficile, mais toute sa dextérité n’y a pas suffi, et sa démonstration première restera, malgré les efforts tentés, pour en atténuer le résultat. Il a beau se rejeter sur ce que le prix du fret avait été porté (par lui) à 40 francs dans l’hypothèse du marché de Paris, et qu’il faut le réduire à 20 francs pour nos ports : cette différence admise n’en laisse pas moins une marge suffisante à nos u.sines, et d’ailleurs faut-il que le tarif soit tellement exclusif, que nulle part, sur aucun point du territoire, le produit étranger ne soit en état de se présenter? L’aveu serait précieux ; il ne s’agirait plus alors de la protection, mais d’une prohibition véritable. Les fers anglais, pour venir sur nos marchés intérieurs, ont besoin de franchir la distance qui sépare le port de débarquement du lieu de consommation, et de payer le transport. M. Talabot avait d'abord admis le marché do Paris comme expression normale des faits; il se rétracte maintenant, il s’accuse presque d’une erreur qu’il n’a pas commise : il a tort d’être si modeste.

En outre, il prétend qu’on ne saurait calculer le droit protecteur sur une moyenne, comme il l’a fait

pour établir la différence des prix supportés par nos consommateurs. Nous l’avouerons, la raison de cette différence de principe nous échappe : nous croyons même que, si des tarifs prohibitifs n’empêchaient point les échanges, l’équilibre se rétablirait plus aisément. et que des demandes régulières empêcheraient aussi bien les baisses démesurées que les hausses subites. Mais celte question est trop grave pour être traitée incidemment : nous nous proposons de consacrer une étude spéciale au problème des crises et des soldes, sur lequel les partisans de la prohibition, patente ou déguisée, se sont rabattus après avoir été débusqués des autres positions.

M. Talabot est un homme trop sérieux pour demander que le taux des tarifs soit fixé, non d’après le prix normal, mais d’après des prix de détresse de l’industrie étrangère; la moyenne des valeurs, calculée sur une longue période, est encore un des meilleurs guides que l’on puisse consulter dans un calcul trèsdélicat et très-compliqué de sa nature.

L’écart le plus considérable que M. Talabot ait indiqué, dans des circonstances exceptionnelles, entre le taux du marché de Paris et le prix du fer anglais, calculé suivant sa méthode, n’atteint pas le chiffre du tarif maintenu par le traité de commerce. Certes, ce ne sont pas les protectionnistes qui devraient se plaindre d’un pareil résultat.

M. Talabot agissait logiquement en comparant le prix moyen en France et en Angleterre, alors qu’il s’agissait d'établir ce qu’ont dû payer l’agriculture et

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l’industrie pour s approvisionner en fers français, au lieu d'acheter librement des fers anglais; comment cesserait-il d’être logique, s’il concluait, d’une différence de 36 fr. 50 c. par tonne, à la sécurité que doit offrir à l’industrie métallurgique un droit de 70 francs? Est-ce qu’il serait, lui aussi, disposé à dire : Vérité en deçà des tarifs, erreur au delà ?

Si le temps nous le permettait, nous aurions à examiner aussi la singulière querelle faite par M. Talabot aux partisans de la liberté commerciale, qui ont eu l’audace de prétendre que, si le fer était à bon marché, notre agriculture pourrait en employer utilement 10 kilogrammes par hectare cultivé, c’est-àdire 200 millions de tonnes par an. Adsum qui feci, dirons-nous sans regret, car ce calcul ne nous semble entaché d’aucune exagération. — Lors de l’enquête de 1828, un agriculteur distingué, qui n’a certes point le plus petit péché de libre échange sur la conscience, M. Darblay, évaluait à 700 kilogrammes pour 120 hectares le fer qu’il employait*. C’est environ 60 kilo-

grammes par hectare; et il ajoutait, en répondant à une question ainsi formulée:

« Pensez-vous que la consommation du fer pour l’industrie agricole s’accroîtrait beaucoup si une réduction de tarif, ou toute autre circonstance, faisait baisser le prix du fer?

^ R.ipporl (le M. Pusquier, \u 1292.

« Je crois que l* accroissement serait considérable el qu’il résulterait : 1" de ce que l’on fabriquerait en fer beaucoup d’outils et d’ustensiles qui aujourd'hui se fabriquent en bois ; 2" de ce qu’on emploierait aux constructions rurales beaucoup de fers et de fontes en remplacement du bois.»

On sait quels sont les immenses progrès de la mécanique agricole depuis cette époque. L’agriculture est devenue en Angleterre une véritable industrie où le fer, sous toutes les formes, joue un rôle considérable. Le beau travail de notre honorable confrère et ami, M. Léonce de Lavergne, a suffisamment fait ressortir les résultats de ces perfectionnements. Quand chez nos voisins la fumée des locomotives et des machines fixes s’élève dans les champs comme dans les manufactures, quand des tuyaux de fonte portent au loin le principe fertilisant de l'engrais, quand les instruments agricoles se multiplient sous toutes les formes, entrevoir le moment où l'agriculture française aura besoin de 10 kilogrammes de fer par hectare bien cultivé, ce n’est certes pas de quoi mériter les foudres de M. Talabot. Il a fait une enquête pour prouver que nous ne consommons pas, en moyenne, plus de 2 à 3 kilogrammes de fer par hectare : il serait facile de contester ce chiffre, qui répond à une époque déjà ancienne, et. Dieu merci, notre agriculture n’est pas stationnaire. Mais il ne s’agit pas de ce qui est, il s’agit de ce qui pourrait être, si le fer s’offrait à bon marché pour tous les emplois.

Nous sommes forcé de terminer ici ce travail bien

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long, si l’on compte les pages qu’il occupe, trop court pour l’importance de la question dont nous avons dû laisser de côté plusieurs aspects importants, notamment ce qui touche spécialement la fabricaton du fer au bois et la perspective d’avenir qui s’ouvre devant elle.

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