I-A LIUEIITÉ CÛMMEUCIALE
J’aime l’industrie du fer. Elle fournit l’instrument le plus nécessaire de la production. Depuis le croc du chiffonnier jusqu’au burin de l’artiste, vous rencontrez partout le fer. Vous le rencontrez dans les engins merveilleux que la science mécanique met en mouvement. Mais est-ce que l’industrie du fer compte un nombre énorme d’ouvriers, s’est-elle réellement amoindrie sous l’empire du traité de 1860? C’est ce qu’il importe d’examiner.
L’industrie du fer, aussi bien que celle de la houille, n’a pas décliné ; au contraire, elle a vu augmenter la production intérieure Sans doute, il est une branche de cette industrie qui souffre, c’est le fer au bois. Pourquoi? parce que le traitement du fer à la houille s’est étendu. Il n’y aurait pas eu de traité de
’ La production indigène de la houille et sa consommation (importai ion comprise) ont marché comme suit :
Millions de quintaux métriques.
Production.
Consommation.
18Ci
Le prix sur le carreau de la mine, au lieu de diminuer, s’est maintenu.
La fonte nu bois a décliné, mais celle au combustible minéral a grandi; il en est de môme des fers. La production totale a passé, pour la fonte, de 864,000 tonnes (18 .j 7) à 1 ,253,000 tonnes (1866), et, pour le fer, de 533,000 tonnes (18o9) à 800,000 tonnes (1866).
A mesure que l'emploi de la houille et du fer augmente, rindiistrie se développe; c’est là un critérium infaillible.
nÉSULTATS MJ TRAITÉ DE l86o.
commerce, d’acquits-à-caulion, d’admission temporaire, que les choses n’en auraient pas moins suivi la môme marche. — Il est des procédés nouveau:x de fabrication que l’on ne saurait condamner, à moins de condamner tout progrès et toute invention; les fers produits à meilleur compte, s’ils suffisent aux usages les plus ordinaires, s’ils sont créés à l’aide de combustible minéral moins cher que le combustible végétal, comment peut-on les empêcher de dominer? Le fer au bois souffre, mais ce nest pas dans le traité de 1860 que se rencontre la cause du mal dont on se plaint *.
Quant au nombre d’ouvriers qu’emploie l’industrie du fer, il n’atteint pas la moitié ou le tiers de ceux qui sont employés dans la cordonnerie *. Oui, la modeste industrie de la chaussure l’emporte de beaucoup sur la majestueuse industrie du fer pour la quantité d’ouvriers qu’elle fait vivre. En étudiant la répartition du travail en France, on constate l’immense quantité des modestes artisans dont l’existence se rattache aux industries que l’on regarde comme secondaires, comme inférieures et qui toutes bénéficient de la liberté commerciale.
Quand on se rend compte de la masse des ouvriers employés aux seules industries de l’habillement, du bâtiment et de l’alimentation ^ on reconnaît que l’intérêt du plus grand nombre milite en faveur de mesures plus énergiques et pluslarges prises pour la liberté commer-
' Voyez plus bas noire élude sur Tinduslrie du fer.
Voir aux annexes.
ciale, au lieu de pousser à des mesures rétrogrades.
Avant que de faire ce dénombrement et de passer en revue la grande armée industrielle et les divers régiments qui la composent, disons sommairement les résultats du traité de 1860, dont nous avons indiqué les principales dispositions.
En première ligne, vient se placer l’entrée en franchise des matières destinées à la fabrication, mesure toujours recommandée par la théorie de la protection * Elle a conduit à l’accroissement de la production française — et à l’augmentation de l’exportation.
Il est un autre résultat auquel s'attache la théorie protectionniste, c’est l’augmentation de la richesse métallique du pays. Prenez garde, disait-on, la liberté commerciale va nous enlever notre or. On entendait pousser ce cri de tous côtés quand on voulait procéder à l’application d’un principe fécond. Est-ce que le traité de 1860 a produit une pareille conséquence? Visitez les caves de la Banque de France, elles vous répondront.
Tous les principes sur lesquels s’appuie l’Eglise protectionniste ont rencontré une réfutation éloquente dans la marche des faits.
Le pays qui apparaît toujours aux protectionnistes comme un danger menaçant, c’est l’Angleterre, c’est la perfide Albion. Il faut bien se résigner à employer le terme courant dont on se sert vis-à-vis d elle. La per/îdCi4/àion nous ouvre notre meilleur marché, nous
* Voir aux annexes le tableau des suppressions et des réductions des droits d'entrée sur les matières premières
RÉSULTATS DU TRAIl^ D£ l86o.
exportons chez elle plus d’un milliard de produits, et nous importons d’Angleterre en France des centaines de millions en moins par rapport à ce que nous envoyons en Angleterre ^ Ce pays devrait donc être béni par les protectionnistes, puisque les importations anglaises sont moindres que les nôtres. Non, c’est visà-vis de ce pays qu’il faudra dénoncer la convention commerciale, parce qu’il fournit le fer, le charbon, énergiques leviers du travail, et les matières premières nécessaires à l’industrie!
On parle sans cesse de protection du travail national. Entendons-nous! Il semble que par travail national on devrait désigner le travail conforme au génie des habitants et aux conditions du sol. On veut parler sans doute du travail le plus productif, de celui qui, avec une moindre dépense deforcos, procure les plus grands résultats; il devrait être appelé le travail national par excellence. Non, on a changé tout cela, comme Sgana-
‘ Nos rapports commerciaux avec l’Anî^lelerre se résumenl comme il snil depuis 1860 :
Commerce spécial (valeur en millions).
Importation d'Angleterre.
Exportation de France
L’accrois.semcnl est d’environ 100 pour 100. L’augmentation totale du commerce de la France avec l'Angleterre est de 937 millions, en comparant le résultat de 1866 avec celui de 1859, année antérieure à la réforme. Cette augmentation porte sur 375 millions à l'importation et sur 565 millions à rexporlation.
LA LIBERTÉ COMMEUCl ALK.
relie. On nous convie à regardcrsurtout comme travail national celui qui doit coûter plus cher pour produire moins, celui pour lequel nous avons besoin de protection, afin d’empêcher que les objets, créés à meilleur compte à l’étranger, ne pénètrent sur notre marché. Le droit de douane ne fait rien pour changer les conditions de la fabrication’, il change seulement les conditions de prix; on nous fait payer plus cher ce que nous pourrions acheter à meilleur compte; nous nous mettons nous-mêmes à l’amende en appliquant le principe de la protection.
Le régime admis depuis 1860 a grandement profité au pays * ; il y a un accroissement énorme des exporta-
* Voici l'espace parcouru par noire commerce exléricnr depuis iSOÜ :
Commerce spécial (ralear en millions}.
luiportaUoDS. Exportations.
C’est, en somme, un accroissemenl d’environ 30 pour 100. Les brusques vurialion.s qui alleignenl des années successives proviennent surtout de l’influence exercée par les récolles, qui augmentent lanlôl l’exportation et tantôt l’imporlation du blé.
La suppression de cerlaines taxes sur les matières première.s a inlroduil, en naturalisant des produits exotiques, une légère augmenlalion dans les totaux indiqués, tant à l'imporlalion qu'à l’exportation (la correction est peu importante et facile à faire).
Le commerce général de la France en 1866 s’est élevé à 8 milliards 136 millions avec une augmentation de 2 milliards 714 millions sur 1859, année anlérirr.re à la réforme commerciale.
RÉSULTATS DU JRAITÉ DE l86o.
lions, et le commerce général de la France a marché d’un pas rapide.
Un homme d’Etat dont la valeur est connue, et dont le nom exerce une autorité légitime, non-seulement en Angleterre, mais partout, M. Gladstone a dit : « Le revenu d’un pays et sa richesse se mesurent par l’étendue du commerce. » Si le commerce s’accroît, si les relations commerciales se multiplient, nécessairement il y a augmentation de la richesse et du revenu du pays nous pouvons le constater dans la marche progressive de notre énorme budget. Comment s’expliquer cette influence? La chose est très-simple : on achète les choses dont on a besoin, à meilleur compte ; on vend au contraire ce qu’on a de trop, et l’étranger nous paye en produits avantageux pour notre consommation; tout le monde y gagne.
L’avantage des libres relations commerciales se traduit dans le mouvement du commerce depuis le traité de 1860. Le commerce spécial, celui qui concerne les produits de la France destinés à l’exportation, ou à l’importation, les produits destinés à la consommation de l’intérieur, s’est accru dans des proportions rapides. Voici, en eflet, le mouvement général des échanges opérés depuis cette époque :
En 1852 — je ne prends que le commerce spécial — nos importations s’élevaient à peu près à 1 milliard, et nos exportations à 1 milliard et un quart.
En 1858, deux années avant le traité de 1860, nous avions pour les importations un chifîre de près de
LA LinERTÉ COMMERCIALK.
1 milliard 600 millions, et un chiffre de t milliard 887 millions pour les exportations.
En 1862, le chiffre des importations monte déjà à près de 2 milliards 200 millions, et le chiffre des exportations, à 2 milliards 242 millions.
En 1863, les importations étaient de 2 milliards 426 millions, les exportations de 2 milliards 642 millions.
En 1804, les importations atteignent le chiffre de 2milliards 528 millions, et les exportations le chiffre de près de 3 milliards.
En 1865, les importations sont à 2 milliards 641 millions, et les exportations à 3 milliards 88 millions.
En 1866, les importations s'élèvent à 2 milliards 793 millions, les exportations à 3 milliards 180 millions.
Ainsi, dans un petit nombre d’années, par un accroissement dont la rapidité semble tenir du prodige, du moment où l’on a écarté des obstacles funestes, nous assistons à l’extension progressive et de plus en plus rapide de notre commerce extérieur, cet élément considérable de la richesse des Etats.
Les faits sont là pour répondre aux attaques dirigées contre les principes admis en 1860, principes qui ne sont pas, nous le répétons, ceux de la liberté commerciale, mais bien ceux de la protection substituée à la prohibition.
C’est un régime de transition auquel nous devons nous soumettre ; les réformes sagement et prudem-
RÉSULTATS DU TRAITÉ DE l86o.
ment effectuées mènent plus vite au but que ne le feraient des révolutions violentes. Il s’agit ici d’une réforme sage, prudente, circonspecte, qui a été inscrite dans nos lois, et dont le résultat se trouve pleinement justifié par les chiffres que je viens de rappeler^
‘ Pour bien se rendre compte du caractère de ce mouvement, il est bon de mettre en regard les articles sur lesquels il a surtout porté, tant à l'importation qu'à l'exportation.