DOUANIÈRE
lieu, document qui résume les incroyables prétentions d’un certain nombre de nos fabricants, qui dévoile crûment leur projet de résistance à tout essai de réforme de nos tarifs. La Chambre de commerce de Bordeaux, sans s’occuper d’une manière directe de cette étrange élucubration, vient de faire une réponse décisive et péremptoire aux prétendus défenseurs du travail national, qui ne songent en réalité qu’à défendre un monopole dont la nation paye chèrement les frais. Le deuxième Mémoire, publié au mois de septembre, pourdémontrer les avantages d’une douanière entre la France et la Belgique, est une œuvre capitale, pleine de force et de raison. Il faudrait désespérer du bon sens public si un pareil travail n’exerçait point une influence marquée sur les convictions désintéressées.
Le comité Mimerel, pour repousser la pensée de l’union franco-belge, avait annoncé, il y a un an, au moment de sa formation, qu’il allait procéder à une vaste enquête sur l’état de notre industrie, afin de signaler le danger dont elle était menacée si un pareil projet devait se réaliser. Comme on le voit, une impatiente sollicitude n’attendait pas les faits pour en tirer une conclusion, elle devançait le résultat, et prouvait ainsi que cette prétendue enquête devait se réduire à une laborieuse agglomération d’arguments en faveur d’une thèse préconçue. Nous avons vainement attendu jusqu’ici la réalisation de cette promesse ; aurait-t-on rencontré trop de difficulté à faire rentrer les renseignements obtenus dans
ENTRE LA FRANCE ET LA BELGIQUE
le lit de Procusle du système prohibitif, ou bien les membres du comité, dont le siège était fait, ont-ils renoncé à une tâche trop ingrate et tout à fait inutile pour des gens si bien pénétrés de leur mission, résolus à fermer les yeux à tout témoignage contraire? Nous l’ignorons ; toujours est-il que le nouveau manifeste a paru dans le simple appareil d’une affirmation hautaine et exclusive, mais dénuée de toute preuve, privée de tout document justificatif.
Ce que le comité Mimerel n a pa pas voulu ou n’a pas osé faire, la Chambre de commerce de Bordeaux, l’a exécuté. Elle a soumis à une patiente et lumineuse investigation l’état des industries qui redoutent la fusion des intérêts commerciaux de la France et de la Belgique; elle a fait successivement justice des réclamations du Havre et de Dunkerque, comme de celles des propriétaires des houillères, forges et forêts, des fabricants de draps, de l’industrie linière et de l’industrie cotonnière. Là ne s’est pas bornée la tâche, si noblement entreprise; les intérêts français qui réclament l’union douanière ont été vigoureusement mis en saillie, et le simple rapprochement de leur gravité, de l’importance des industries qui s’y rattachent et de la portée singulièrement restreinte des intérêts opposés, suffit pour dissiper l’erreur et pour fixer les incertitudes.
Ceux qui se sont libéralement adjugé le mandat de la production nationale ne forment qu’une bien faible minorité; ils ont parlé haut, ils ont grossi la voix pour que le gouvernement les jugeât plus
DMION DOUAMES
forts et plus nombreux qu’ils ne l’étaient en réalité, Cette tactique a pu réussir un moment ; mais l’usurpation était trop audacieuse pour que le temps ne ftl point justice de cette habile manœuvre. Les industries qui contribuent le plus activement à la richesse publique n’ont eu qu’à se compter pour acquérir la conviction quelles ne devaient pas se laisser dominer par une turbulente minorité.
Avant que d'entreri avec la Chatnbre de commerce de Bordeaux, dans les questions de détail si bien élaborées par elle, commençons parfaire justice de cette ridicule prétention de défense du travail national, dont le comité Mimercl voudrait aussi s’adjuger le monopole. Déjà la Chambre do commerce de Saint- Etienne s’était attachée à démontrer l’erreur volontaire où tombaient ceux qui préconisent l’isolement des nations et la restriction des échanges. Ils n’hésitent pas à se proclamer les défenseurs du travail national, comme si les industries vraiment nationales n'étaient pas celles qui se maintiennent sans rançonner les consommateurs, sans recourir à la prohibition ou à une restriction de la concurrence; comme s’il fallait réserver cette dénomination aux industries qui proclament leur infériorité à l’égard de la production étrangère ! enfin, comme si les produits qu’on donnerait en échange pour obtenir ceux du dehors ne devaient pas être le résultat du travail national! Par un étrange abus d’expression, le travail national est devenu un rempart inexpugnable derrière lequel se sont réfugiés le privilège et la prohibition ; c’est au
ENTRE LA FHA^CE ETf LA BELGIQUE.
nom du nos travailleurs qu on a prétendu nous interdire les rapports plus multipliés avec les pays étrangers.
Il nous faudrait, pour bien faire, reproduire ici les pages pleines d’énergique raison que la Chambre de commerce de Bordeaux consacre à réfuter ce pa^ radoxe.
Le nom de travail national n’appartient à aucune classe particulière de la production ; la culture do la vigne est certes un travail national, aussi bien que rélève des bestiaux ; le tissage de la soie et la fabrication des bronzes, aussi bien que la filature de coton ou la fonte du fer. Or, pendant que les travailleurs nationaux qui élèvent des bestiaux^ filent du coton ou forgent du fer, demandent la prohibition, les travailleurs tout aussi nationaux qui produisent le vin, tissent la soie et fabriquent le bronze, sollicitent un régime plus libéral, et dénoncent le système prohibitif comme un obstacle à leur prospérité et au développement de leurs industries.
Certes, si Ton devait faire une distinction, le travail qui peut prospérer sur le aol de la France, sans privilège, sans autre protection que sa supériorité naturelle, mériterait d’être regardé comme le travail national par excellence. Il est bien temps d’opposer aux prétentions des industries qui ne peuvent se soutenir par leurs propres forces les intérêts de celles qui n’ont besoin, pour se dévelo[>per, que de plus de liberté, et qui fondent leur prospérité non surle principe funeste et antisocial de l’isolement des peuples,
UNION DOUANIÈRE
mais sur les relations multipliées entre les diverses nations.
Telles sont l’industrie vinicole et l’industrie des soieries, comme celle des objets de goût, et tant d’autres pour lesquelles nous ne rencontrons pas de rivaux; et ce sont celles-là que Ton exclut quand on parle du travail national, pour s’attacher aux industries qui affirment n’exister qu’à des conditions mauvaises et ne pouvoir subir la moindre atteinte à cette constitution artificielle.
La justice et l’utilité réclament également contre une semblable aberration.
La justice, car celui qui ne demande qu’un libre essor pour le développement de ses facultés mérite toujours d’être entendu le premier. Que disent les partisans de la liberté commerciale? Ils ne prétendent gêner aucun droit; ils veulent vendre leurs produits à qui en offre le meilleur prix, et acheter les marchandises nécessaires là où elles sont les meilleures et où elles coûtent le moins.
L’utilité, car le nombre des travailleurs qui bénéficient du régime de la liberté est infiniment supérieur à celui des travailleurs qui vivent à l’ombre de la protection et de la prohibition.
On se plaint d’une concurrence excessive; mais c’est le régime prohibitif qui est la cause première du mal que l’on signale, de cet encombrement des marchés dont on déplore les funestes effets. Les industries qui trouvent dans le sol, dans le climat, dans les avantages particuliers au pays et dans les facultés
ENTRE LA FRANCE ET LA BELGIQUE. 413
industrielles de la population leur condition de succès, n ont point à redouter un développement excessif, car leurs débouchés ne sauraient être restreints par la concurrence étrangère. Tout au contraire, quel est le but du système prohibitif ? C’est de détruire la division naturelle du travail entre les nations, de pousser le peuple français à produire ce qui se produit déjà en Angleterre, en Belgique, en Russie; c’est de pousser, par conséquent, au développement d’une production qui doit rencontrer des concurrents sur tous les marchés de l’univers.
La véritable protection du travail national se rencontre dans la liberté commerciale, qui appelle chaque peuple à obéir à ses aptitudes, à profiter des circonstances favorables dans lesquelles il se trouve placé. Au lieu de faire entrer la protection dans cette voie salutaire, la seule qui puisse procurer aux ouvriers des salaires considérables, on encourage nos industries à combattre à armes inégales la concurrence étrangère, et on leur donne pour prime le monopole du marché national.
Quel est le résultat de ce déplorable système ; ce n’est pas, comme voudraient le faire croire les privilégiés, une augmentation de travail pour les bras inoccupés, c’est tout simplement un déplacement de travail, la substitution d’un labeur chanceux, à produits restreints, à un labeur riche et fécond. Les faits ne justifient que trop les indications de la théorie. Les peuples étrangers, repoussés de notre marché pour des produits à l’égard desquels nous cherchons
iU
vainement à les égaler, et n’ayant plus de moyens d’échange, ont été forcément amenés à exclure par des droits élevés nos produits naturels de leur consommation. Dès lors, les industries véritablement nationales ont subi une perte énorme; les industries protégées ont grandi, mais arrivées à la limite qui était marquée par le monopole du marché intérieur, elles voudraient obtenir, elles aussi , les débouchés du dehors, et se trouvent ainsi acculées dans la même impasse que celle où elles ont traqué les produits vinicoles et les autres industries qui réclament la liberté commerciale.
Tout le chapitre intitulé : De la valeur de cette expression : TRAVAIL national, mérite d’être soigneusement médité ; en voici la conclusion et comme le résumé :
« Il est bien évident que si, au lieu d’employer tous ses efforts à favoriser des productions qui ont à lutter contre des industries similaires établies dans tous les pays de l’Europe, le gouvernement français avait pris soin de ne gêner en rien l’essor des productions qui sont spéciales à la France, et vers lesquelles elle est portée par son climat, la nature de son sol, le génie de ses habitants, la nomenclature des objets de son travail serait plus restreinte; elle recevrait de l’étranger des fers ‘, du sucre de canne,
’ Tout en conlimiant elle-même à les produire, car l’industrie métallurgique ne serait point exposée h la destruction par un régime de douanes plus libéral ; elle alimenterait toujours la partie la plus considérable du marché. Nous en dirons autant des tissus du coton, de laine, des machines, en un mot, do toutes les grandes industries.
ENTRE LA FRANCB ET LA BELGIQUE. 4!f5
quelques étoffes de laine, de lîl ou de coton; mais elle fournirait au monde entier ses vins, ses soieries, ses draps de luxe, ses indiennes et ses mousselines, ses batistes, ses bronzes, ses modes, etc., etc. Avec le monde pour marché, sa richesse et sa puissance se seraient développées sans secousses et sans crises; des consommateurs nouveaux auraient pris chaque jour le goût de ses produits et seraient venus maintenir l’équilibre avec la production toujours croissante de ses producteurs nationaux. Si la liberté du commerce avait prévalu depuis 1814, la France, par ses avantages naturels cl la supériorité intellectuelle de ses habitants, serait devenue la première puissance continentale et maritime du monde ; le commerce et l’industrie l’auraient conduite sans violence à celle suprématie que Napoléon a voulu établir pour elle, mais qu’elle a perdue, ainsi que se perdent toutes les choses acquises par les armes, et qui n’ont pas pour appui le droit et la vérité.
« Il faut conclure de Texamen qui précédé que c’est par une inconcevable confusion de mots que l’on a exclusivement indiqué sous le nom de travail national celles des industries qui vivent de la prohibition, et qu’en réalité, c’est au nom du travail réellement national que l’on réclame la liberté du commerce. »
Ajoutons que les capitaux, enlevés par le système prohibitif et protecteur aux emplois les plus profitables, détournés de leur destination naturelle, créent un grand embarras lorsqu’il s’agit de renon-
UNION DOUANIÈRE
cer à de mauvais errements et de rentrer dans Tapplication des principes. Engagés dans une voie périlleuse , ils ne peuvent en être retirés sans de pénibles sacrifices, et commandent une grande réserve pour accomplir la transition.
Aussi, personne de ceux qui déplorent le plus la fausse situation économique dans laquelle la France a été placée ne songe-t-il à demander un bouleversement instantané, une transformation soudaine de nos relations commerciales. Le temps n a pas couvert le vice de la mauvaise application des capitaux; mais il a créé des intérêts qu’il importe de ménager, et que le temps seul peut mettre à l'abri d’une atteinte périlleuse. Les économistes, dont on se plaît à incriminer les doctrines absolues, comprennent A merveille les ménagements que commande l’application des principes les plus vrais, aux faits existants. La Chambre de commerce de Bordeaux, tout en établissant sur des bases solides le dogme de la liberté commerciale, ne réclame rien d’absolu ; elle est prête à accepter les restrictions équitables, soit dans l’intérêt du trésor, soit dans tout autre intérêt également fondé en raison et en justice.
Combien ce langage, plein de sagesse et de modération, ne fait-il point contraste avec les paroles acerbes, d’un égoïsme intraitable, que contient le manifeste de la réunion Mimerel I C’est là que les idées absolues ont trouvé refuge ; c’est l’erreur qui se pose en souveraine et qui refuse de pactiser avec les intérêts les plus chers du pays. Les aveugles partisans du ré-
ENTRE LA FRANCE ET LA BELGIQUE. 4i7
gime prohibitif refusent toute atteinte à une usurpation qu’ils décorent du nom de droits acquis; ils se retranchent dans leur privilège , comme les barons du moyen âge se retranchaient dans leurs châteaux forts, et s’indignent à la pensée que les consommateurs, servnrn pecuSy dont ils se sont adjugé le bénéfice, songent à s’affranchir des liens de cette nouvelle féodalité!
Nous le répétons, les principes absolus, les doctrines inflexibles, il faut les chercher chez les membres de la réunion de la rue de Richelieu : ils ne souffrent pas la moindre atteinte à leur domination, et cela se conçoit du reste, leur édifice ne repose que sur de fragiles fondements : au moindre choc, il s’écroulerait tout entier.
Nous avons vu comment s’expriment les organes des intérêts vinicoles, dont la souffrance est si bien constatée; nous avons entendu le langage simple et ferme du bon droit méconnu. Il est curieux de mettre en regard la manifestation superbe des fabricants privilégiés. Ceux-là ne discutent pas, ne raisonnent pas, ils commandent : profitant de la faiblesse du gouvernement, ils se coalisent pour édicter leurs volontés.
Il est impossible de se défendre d’un sentiment d'humiliation en voyant les allures impérieuses d’une faible fraction de nos industriels, en révolte ouverte contre les intérêts les plus vivaces du pays. Le gouvernement, les Chambres, les industries nationales, tout s’efface devant l’autocratie du comité réuni chez le
UNION DOUANIÈRE
restaurateur Lemardelay, et M. Mimerel gouverne la France! Ecoutez, en effet : au mois de novembre 1842, les négociations entamées entre le cabinet de Bruxelles et le cabinet français louchaient à leur terme; le roi des Belges était venu à Paris, comme pour mettre le sceau définitif aux articles du traité, et la suppression de la ligne des douanes entre la France et la Belgique paraissait non-seulement décidée en principe, mais encore tout près d’être réalisé^. Mais les délégués de quelques industries fortement protégées par nos tarifs, et, par conséquent, imposant une lourde rançon aux consommateurs, se réunissent; ils forment un comité, votent des adresses font de l’agitation industrielle , et dès ce moment, avant même la réouverture de la session des Chambres, le projet d’union douanière est ajourné. Louis- Philippe de France et Léopold de Belgique se sont humiliés devant M. Mimerel!
Ce bulletin triomphal serait risible s’il n’inspirait point une profonde tristesse. Il montre, en effet, d’une part, une arrogance incroyable, et de lautre une étrange faiblesse.
Néanmoins, les dangers planent encore sur l’mdustrie française (c’est-à-dire sur les fabriques des membres du Comité); ils nécessitent un redoublement de vigilance ; un comité est organisé en pertnanence pour sauver le travail national (lisez toujours : les fabriques des membi^es du Comité) de la crise qui SC prépare. Vnnion n’aura pas lieu; mais au projet d’une fusion complète peut être substitué un
ENTRE LA FRANCE KT LA BELGIQUE. 419
traité de commerce reposant sur de simples modifications de tarif, un de ces projets contre lesquels on ne se tient pas assez en garde, qui n éveillent que de fhiblcs défiances, qui frappent les industries une à une, au lieu de les atteindre en masse, et qui produisent un mal dont nous n avons que trop d'exemples ! Il faut empêcher tout changement, toute modification de tarif, et pétrifier, en quelque sorte, l’état présent des choses: « Nous pensons, dit le compte rendu du Comité , que « la frontière une fois ouverte aux produits étrangers M ne se refermera plus, et qu’en pareille matière, per- « sonne ne peut se croire à l’abri, quand la sûreté de « son voisin est compromise.» Qu’en résulte-t-il? C’est que l’on doit se coaliser pour porter au secours de ceux qui périclitent la force d'une imposante unitéi Jamais, que nous sachions, les prétentions de monopole ne s’étaient étalées avec autant de naïveté et de complaisance. Jadis, on ne demandait que du temps pour se mettre au niveau de l’industrie étrangère : « Donnez -nous dix ans, quinze ans de protection, disait-on, et nous ne redouterons aucune concurrence. » Mais les dix ans, les quinze ans se sont écoulés et bien d’autres avec, et les droits protecteurs sont encore invoqués comme Tunique palladium de certaines branches de la fabrication intérieure; ils le sont, non plus d’une manière transitoire, mais d’une façon permanente : c’est une muraille de la Chine qu’on veut élever autour de la France, à Theure môme où la Chine ouvre son immense marché à l’exportation européenne!
UNION DOUANIÈRE
Chose étrange I c’est au moment où nos industriels se coalisent pour confiner la France dans les barrières d’un blocus hermétique, qu’ils se plaignent de voir les débouchés se restreindre et se fermer à l’étranger I Il n’y a là cependant rien que de bien naturel : ce sont les lois de la statique commerciale, qui condamnent les peuples à user de représailles, à ne plus acheter quand ils ne peuvent plus vendre; car, pour acheter, il faut payer. De cette manière, au lieu des avantages réciproques qu’engendre le libre échange de produits, on arrive à une guerre désastreuse des tarifs; au lieu de lutter d’émulation pour le bien, on lutte de sévérité pour l’exclusion des produits fabriqués le mieux et à meilleur compte, et ce sont les consommateurs qui payent les frais de cette levée de boucliers.
Le commerce d’exportation de la France, en produits du sol et de l’industrie nationale, s’est élevé, en 1841, à 760 millions ^ C’est donc un tribut de 760 millions que les autres pays nous ont payé, pour emprunter le langage des prétendus partisans du travail national; l’événement prouve que les leçons qu’ils ont données portent leurs fruits, car l’étranger travaille à son tour à s’affranchir de ce tribut, et les exportations de 1842 sont tombées à 645 millions*.
^ En 1866, il a été de 3,180,000,000. C’est donc un pareil tribut que les autres nations nous ont payé.
* L’application plus large de la liberté commerciale a presque quintuplé ce cliiffre dans l’espace d’un quart de siècle! Le commerce spécial de lu Belgique, en I 560 , se décompose en 601 .6 millions à rexporlalion et 7ÎJ4.6 à l’importation , tandis que le commerce spécial de la même
ENTRE LA FRANCE ET LA BELGIQUE
La situation est grave; elle ne permet pas de s’endormir dans l’indifférence ni de supporter plus longtemps le joug onéreux de la prohibition. On voit oii nous ont conduits les belles théories du travail national, dénomination appliquée, par un singulier effort de logique, aux industries les plus difficiles à s’acclimater en France, et les déclamations contre le tribut payé à V étranger, alors que nous recevons des produits du dehors, qui soldent nos propres expéditions. Huskisson l’a dit avec raison, le système protecteur est une découverte dont le brevet d’invention est expiré; toutes les nations en useront, à moins que toutes les nations ne soient assez bien avisées pour y renoncer, et pour substituer à une doctrine étroite qui sépare les peuples une doctrine large qui les unit et les rapproche.
Les unions douanières sont le premier symptôme d’une nouvelle politique commerciale. Malheur aux nations qui voudront se cantonner dans une immobilité routinière, quand tout marche et se transforme autour d’elles I
La démonstration de la Chambre de commerce de Bordeaux n’est pas un fait isolé, mais elle mérite une attention particulière, parce quelle résume et met vivement en lumière les plaintes énergiques des industries qui ne demandent que plus de liberté pour prospérer.
Le Congrès vinicole, tenu récemment à Bordeaux, et
année donne pour la France 3,180,600,000 francs à Texporlalion, et seulement 2,793, SOO, 000 francs à l’importation.
422 UNION DOUANIÈRE
dont nous n’avons pas à examiner ici les votes empreints d’un caractère fâcheux de fédéralisme, a émis un vœu parfaitement convenable, au sujet de notr^ législation douanière. Il demande au gouvernement que celui-ci adopte enfin les principes d’une sage économie politique; qu’il entre sans délai dans une voie de réforme des lois de douanes, et s’efforce d’obtenir successivement et sans secousse, des puissances étrangères, l’abaissement des barrières élevées entre elles, et qui entravent l'échange de leurs produits naturels.
L’union douanière entre la France et la Belgique présente un champ pratique de réforme; elle est commandée par nos intérêts commerciaux. La surprise qu’ont exercée, l’an dernier, les vaines clameurs de quelques fabricants ne saurait se renouveler, le pays n’est pas disposé à se ranger sous la bannière du statu quQ, résolùment arborée par MM. Mimerel et compagnie.
Les coalisés ont une singulière manière de raisonner; leurs arguments impliquent une flagrante contradiction. S’il est question de traiter avec un pays puissant dont le marché est immense, avec l’Angleterre, ou l'Association douanière, par exemple, ils se récrient contre les dangers d’un pareil accouplement, nous serions obligés de lutter contre des rivaux nombreux et actifs. L’Angleterre ne demande qu’on lui ouvre nos frontières que parce qu’elle a besoin de détruire notre prospérité pour remédier à sa détresse. Pitoyable faux-fuyant du monopole réduit aux abois I Si l’Angleterre espère obtenir en France un débouché
avantageux pour certains de ses produits, elle nous offre au moins l’équivalent pour nos propres exportations, et certes, pour s’assurer un débit considérable, on ne commence pas par ruiner les acheteurs.
Lorsque, au lieu de négocier avec un pays égal ou supérieur en étendue et en puissance, nous voulons traiter avec un État beaucoup moins vaste, beaucoup moins peuplé que la France, alors c’est un marché de 34 millions d’âmes que nous livrons en échange d’un marché de 4 millions, et l’on redouble de clameurs pour empêcher ce qu’on nomme un marché de dupe, dont la Belgique recueillerait tous les avantages, et la France subirait toutes les charges I
Commençons par écarter le sophisme spécieux à l’aide duquel on espère empêcher l’examen de la convention projetée. «La condition n’est pas égale, a-t-on dit; pour un consommateur que nous donnera la Belgique, nous lui en fournirons plus de huit; les Belges sont doués d’une immense faculté de production; ils inonderont notre territoire de leurs ‘marchandises, et, loin de s’enrichir à cette alliance, la France s’appauvrira. »
Nous ne pensons pas avoir affaibli l’argument de nos adversaires; maintenant, qu’il nous soit permis de leur répondre que l’on ne produit pas pour le vain plaisir de produire, mais dans le but d’augmenter son bien-être et, par conséquent, sa consommation; un peuple doué d une grande faculté de production est toujours doué d’une égale faculté de con-
sommation ; l’équilibre se rétablit ainsi à l’avantage de relations commerciales plus intimes avec un Etat placé dans ces conditions de prospérité; il fournit des denrées et des marchandises à bon compte, et en même temps il ouvre en échange un débouché considérable. Si la Belgique ne renferme que 4 millions de consommateurs, elle ne compte aussi qu’un nombre pareil de producteurs; si chaque Belge produit plus que chaque Français, chaque Belge consomme aussi davantage. On a cité des chiffres pour donner à un raisonnement vicieux une sorte de rigueur mathématique, mais on a oublié de produire tous ceux qui peuvent fournir une idée exacte de l’état des choses actuel.
Le commerce général extérieur de la Belgique s’est élevé, en 1841, à 489 millions ; sur cette valeur totale, le commerce spécial, c’est-à-dire celui qui, à l’importation, se compose des marchandises allant à la consommation ou au travail intérieur, et, à l’exportation, des produits provenant du sol ou de l’industrie du pays, a figuré pour la somme de 364 millions. Ce dernier chiffre est le seul dont nous devions nous occuper; il se décompose en une valeur de 210 millions à l’importation, et de 154 millions à l’exportation.
Pendant cette même année 1841, le commerce général de la France s’est élevé à 2 milliards 187 millions, le commerce spécial à 1 milliard 564 millions, dont 804 millions à l’importation et 760 millions à l’exportation*.
‘ Eli 1865, le commerce général de la Belgique s’ est élevé à 2,565 mil-
EiMRE LA FRÂiNCE ET LA BELGIQUE.
On a prétendu se servir de ces données pour établir un parallèle, d’où il résulterait que la France ne peut, sans un grand danger, s’allier commercialement avec la Belgique ; en prenant en bloc tantôt la valeur du commerce général et tantôt celle du commerce spécial, et en les mettant en regard des chiffres de la population respective des deux Etats, 4 millions et 34 millions on est arrivé à dire que l’activité commerciale de la Belgique était représentée par une quote-part de 124 francs, ou de 91 francs en calculant par tête d’habitant, tandis que celle de la France ne l’était que par 64 et 46, c’est-à-dire qu’elle était moitié moins considérable.
Nous ne comprenons pas les conséquences tirées de ce rapprochement; celui-ci nous semble militer en faveur de Vunian* car on gagne toujours à s’allier à un peuple actif, riche et industrieux. Mais le raisonnement des adversaires de Vtinion les conduit à un autre résultat : comme c’est de la puissance de production de la Belgique qu’ils prétendent se faire une arme contre le traité, ils feignent de prendre les chiffres du mouvement général du commerce extérieur pour la mesure de la force productive de nos voisins. Ces chiffres doivent être analysés pour formuler une sorte de déposition sincère. En premier
lions et le commerce spécial à 1,375 millions, valeur actuelle. Les chiffres correspondants de celle môme année ont élé, pour la France, de 7, 6U, 000, 000 et de 5,730,000,000.
' La population respective est aujourd'hui de 5 millions pour la Belgique et de 38 millions pour lu France.
UNION DOUANIÈRE
lieu, U est bien reconnu que o est le commerce spécial seul qui doit nous occuper ici, et non le commerce de commission ; or la Belgique a exporté pour 154 millions, lorsque la France n’a exporté que pour 760 millions; c’est-à-dire que la quote-part de chaque Belge a été de 38 fr, 50 c., tandis que celle de chaque Français n’était que de 22 fr. 38 c, Mais le corrélatif nécessaire dû l’exportation, c’est l’importation; si chaque Belge a vendu environ deux fois plus que chaque Français*, il a acheté plus du double®; en effet, les importations de Belgique ont été de 210 millions, celles de France de 804 millions, c’est-à-dire, par tête d’habitant, environ 52 fr. 50 c. pour les Belges et 23 fr. 65 c. pour les Français \ Ainsi donc, à une faculté de production plus grande correspond une fa-^ culté de consommation plus- considérable, et celle-ci l’emporte même comparativement sur l’autre. Si les 4 millions de Belges produisent comme 7 millions de Français, ils consomment comme 9 millions®, et nos industries nationales peuvent se promettre un large débouché du moment où Belges et Français ne formeront plus qu'un seul peuple commercial en vertu de l’union. Car l’union douanière, comme l’a si bien
* LiHjiioU‘-j»arl (lo cliaqiui Belge dans l'exporlalion spèciale de 18Crja (^i(( do ISO IVimcs, et cello do d)a(|ue Français de 84 francs.
- Aujoiiid’liui, seidcineiU nioilié en plus.
^ La propoi liün esl bien plus forte aujourd’Imi en faveur do lu consominaiion des prodniis élrangers en France.
* En pour la Belgique, 15t francs par liabilant, et pour la France, environ 70 francs scnicinenl.
® I.i's b millions <lo Belges rxporleni comme 7 millions de Françni<, [nuis ils cunsuinir.ciil pins (pie 10 millions de Français.
ÈNTRE LA FRANCE ET LA BELGIQUE
dit la Chambre de commerce de Bordeaux, est une conquête paciGquc que font réciproquement les deux peuples unis; c’est l'augmentation, au point de vue agricole, industriel et commercial, du territoire national, et de la population qui compose le marché intérieur.
Pour exalter les avantages de ce que les membres du comité Mimerel décorent exclusivement du nom de travail natioml, ils ont choisi un singulier moyen, c’est de nous rapetisser constamment vis-à-vis de l’étranger, de présenter nos ouvriers comme n’ayant ni l’habilité, ni l’activité nécessaires pour soutenir la concurrence. Nous rendons meilleure justice à la France; les bras ne sont pas plus oisifs, ni moins exercés chez nous qu’en Belgique, et si les fruits obtenus sont moins abondants, la faute en est à la mauvaise direction donnée au travail ; c’est cette direction qu’il importe de rectifier.
Loin de se faire concurrence pour leurs produits les plus importants, la France et la Belgique se complètent en quelque sorte par la nature des productions do leur sol et de leur industrie; les fabriques similaires se subdivisent elles mêmes en des catégories distinctes, qui permettent un rapprochement avantageux. La Belgique nous fournit des houilles, du charbon de bois, des laines, des chevaux, des bestiaux, des graines oléagineuses, des chanvres et des lins, du zinc, du cuivre, des fontes de fer, des cuirs verts et salés, des marbres, des ardoises, de la chaux, des bois de construction, du houblon, des grains, des
UNION DOUANIÈRE
toiles et des fils de lin, des dentelles, des tulles, des armes, des machines : elle reçoit de nous des vins, des eaux-de-vie, des huiles d’olive et d’œillette, des étoffes de laine, des draps, des étoffes de soie et de coton, des fils de soie et de la soie écrue, des objets de mode, de la mercerie, de la passementerie, de l’horlogerie, de l’orfèvrerie, des cuirs ouvrés, de la verrerie, des ouvrages de cuir, des tourteaux, du sel, etc.
La première remarque que cette nomericlature suggère, c’est que ce pays nous envoie principalement des matières premières nécessaires à notre industrie, et que nous lui expédions soit des objets spéciaux de notre sol, qui manquent à sa consommation, soit des produits fabriqués. Les états de nos douanes en font foi : en 1841, la Belgique nous a envoyé* pour 57,899,390 francs de matières nécessaires à l’industrie; pour 15,170,635 francs d’objets naturels, destinés à la consommation, et seulement pour 16,845,366 francs d’objets fabriqués. Nous y avons exporté* pour 15,398,311 francs d’objets naturels, et pour 30,197,390 francs d’objets manufacturés. Que trouvent donc de si effrayant dans ce résultat les prétendus défenseurs du travail national?
Ce sont les chiffres bruts du total de l’importation
* Nous avons déjà indiqué que, en 4866, la Belgique nous a envoyé pour une quarantaine de millions de produits manufacturés; nous en avons reçu environ pour 200 millions d’objets nécessaires à l'industrie, et pour 60 millions d'objets naturels destinés à la consommation.
’ Nous avons expédié de France en Belgique pour environ 100 millions de produits fabriqués, 80 millions d'objets de consommation et autant de matières nécessaires à l'industrie.
ENTRE LA FRANCE ET LA BELGIQUE. 429
et de l’exportation, en ce qui concerne notre commerce spécial avec la Belgique, dont ils croient pouvoir faire une arme victorieuse. La Belgique nous a envoyé’, en 1841, pour 101,685,533 francs de marchandises; il en est entré en consommation pour 89,915,391 francs. La France a exporté en Belgique pour 53,558,222 francs de marchandises, dont 45,895,701 francs provenaient de notre sol et de notre industrie. Nous avons donc une balance défavorable; en nous en tenant au commerce spécial, nous avons acheté pour 44 millions de plus que nous n’avons vendu; nous avons, par conséquent, payé à la Belgique un tribut de 44 millions.
Rectifions une première erreur : les marchandises venues par la voie de Belgique et entrées dans notre consommation ne sont pas toutes des marchandises belges; pour connaître le chiffre exact de celles-ci, c’est au tableau des douanes belges pour 1841 qu’il faut se reporter; nous y voyons que la Belgique n’a exporté pour la France, de ses propres produits, que pour 64,555,000 francs*. La balance n’est donc que d’une vingtaine de millions en notre défaveur, pour
* En i866, la Belgique nous a envoyé 446 millions de produits divers, dont nous avons fait entrer en consommation pour 304 millions; la France lui a expédié un total de 296 millions de marchandises et denrées, dont 262 millions provenaient de notre sol et de notre industriè.
' Sur une importation de 423 millions Faite par la Belgique en France, pendant Tannée 1865, les produits beiges n'ont pas atteint le chiffre de 240 millions. La balance serait donc réellement d'une vingtaine de millions en notre faveur, et nous avons reçu pour 70 millions de houille et de coke.
UNION DOUANIÈRE
parler le langage de l’école mercantile, et nous avons reçu pour environ 14 millions de houille* ce puissant aliment du travail et de la fabrication I En laissant de côté cet article* les importations et les exportations se balancent à peu de chose près* Mais la France est admise, en général sur le même pied que les autres nations. Si nos frontières de douanes étaient reportées aux limites de la Belgique, si les produits anglais, allemands, etc.* payaient un droit, tandis que les nôtres circuleraient librement* quel accroissement prendraient nos envois I Nous n’entrons que pour 44 millions dans les 210 millions de produits étrangers consommés en Belgique; l’union douanière nous donnerait une part dans l’approvisionnement de l’excédant de 166 millions, sans compter l’augmentation inévitable de la consommation, suite naturelle de rapports plus faciles.
Les industries qui réclament chez nous le plus haut, les draps, les cotons, gagneraient, comme les autres, à cet accroissement de débouché ; la question véritable s’agite seulement entre les bénéfices énormes des maîtres de forges et des propriétaires de forêts, et les riches revenus des houillères du bassin du Nord* d’une part, et l’ensemble de la production nationale de l’autre. Il était difficile de rien ajouter de neuf, à cet égard, à la savante et lumineuse exposition de la question par M. Léon Faucher, dans son savant ouvrage, intitulé X Union du Midi^ l’une des productions les plus remarquables de la science économique dans ces dernières années. Mais les vérités,
ENTRE LA FftANCE ET LA BELGIQUE.
que les parties intéressées à les obscurcir essayent de voiler à tous les regards, on ne doit pas se lasser de les répéter; nous devons savoir gré à la Chambre de commerce de Bordeaux d’avoir repris cette démon-* stration avec une certaine étendue.
Nous venons de dire que l’industrie des draps et l’industrie cotonnière cédaient à des alarmes exagérées. En effet, que se passe-t-il aujourd’hui? Nos tarifs de douanes mettent ces sortes de fabriques dans une situation inférieure à celle des fabriques belges; il y a des diffrences de salaires et de loyer de capitaux à notre désavantage, et cependant nous sommes de force à soutenir une concurrence victorieuse. La preuve de ce fait est facile à administrer; ce n’est ni sur le marché belge, ni sur le marché français que nous irons la chercher, mais bien sur les marchés du reste du monde» sur lesquels produits belges et français sont reçus dans des conditions égales. Si la fabrique belge possédait cette prééminence écrasante qu’on lui attribue, et cette faculté indéfinie de production dont on prétend la gratifier, ses exportations devraient chasser les nôtres partout où elles les rencontrent» nos débouchés devraient disparaître, absorbés par l’influence victorieuse de notre rivale. Or consultons les chiffres officiels de l’année 1841, pour laquelle nous possédons les tableaux du mouvement commercial de la France et de la Belgique.
Les exportations des draps et casimirs belges ont atteint une valeur de 13,965,000 francs, celles de
UNION DOUANIÈRE
France ont été pour les draps seuls de 21,374,388 fr. et pour les casimirs et les mérinos de 8,643,864 fr. En outre, les autres tissus de laine n’ont produit à la Belgique que 1,134,000 francs, et à la France environ 25 millions, c’est-à-dire qu’au total nous avons exporté pour 64 millions et la Belgique pour 16 millions, et que sur le seul article des draps et casimirs, de l’avenir duquel on semble s’inquiéter le plus, nous avons expédié deux fois autant de marchandises que les Belges \
Si nous examinons la situation comparée du commerce extérieur de la France et de la Belgique en ce qui concerne l’industrie cotonnière, nous arrivons à un résultat non moins instructif.
Comment expliquer, en présence de ces faits, les cris de détresse jetés par l’industrie des draps et des cotons, à la seule annonce d’un traité avec la Belgique ? Ce sont des habitudes routinières qui craignent d’être dérangées, alors même que le travail de transformation ne les menace d’aucun danger sérieux. Le pays ne saurait renoncer à une alliance commerciale d’une grande portée matérielle et politique, pour calmer de fausses appréhensions, et pour maintenir, au profit de quelques industriels craintifs, un statu quo onéreux pour l’ensemble de la production nationale.
La Chambre de commerce de Bordeaux a princi-
‘ Depuis 1841, la silualion a singulièrement changé à notre avantage: nous avons déjà dit que l'exportation moyenne des tissus de laine de Belgique n'atteignait pus en moyenne 50 millions dans ces dernières années, tandis que lu nôtre s'élevait à 300 millions.
ENTRE LA FRANCE ET LA BELGIQUE. 433
paiement élevé la voix au nom des intérêts vinicoles en souffrance; on prétend écarter ces réclamations, en disant que si Ton détruit. les prohibitions elles droits protecteurs, la consommation intérieure du vin diminuera par suite de la gêne qu’éprouveront les travailleurs nationaux, et quelle perdra plus au dedans qu’elle ne gagnera au dehors.*
Cet argument n’a rien de sérieux ; il est trop facile de le rétorquer, surtout contre les manufacturiers qui filent et tissent le colon et la laine. Les vignerons avec leurs familles, et les ouvriers que fait vivre la confection des barriques, le transport des vins, etc., forment plusieurs millions d’individus; c’est leur gêne incontestable, c’est leur détresse qui arrêtent la consommation intérieure des produits des manufactures du Nord. Donnez-leur le moyen d'écouler leurs denrées, ils feront aussitôt des acquisitions
nombreuses de tissus de colon et de laine, et ce mar-
ché intérieur, que les partisans du système protecteur couvent d’un regard jaloux, deviendra plus riche et plus étendu.
Pour se réserver le monopole de la fourniture du pays, les fabricants entravent nos relations au dehors et précipitent notre population dans la misère; ils égorgent la poule aux œufs d’or, car les hâtants sont obligés de renoncer aux objets les plus nécessaires, faute de ressources pour les acquérir; l’écoulement des objets fabriqués s’arrête, borné qu’il est par le défaut d’aisance des consommateurs, l’engorgement arrive. Certes, ce n’est pas en
UNION DOUANIÈRE
présence de tant de populations misérables qu’on peut parler d’un excès de la production; il y aurait folie à prétendre que Ton produit trop, lorsque tant d’hommes manquent du nécessaire; c’est la répartition des produits qui se fait mal, gênée qu’elle est par une législation vicieuse; le système protecteur et prohibitif amène forcément à sa suite les crises commerciales et le paupérisme, en comprimant le libre essor de l’activité humaine. Ce système excite le producteur, il lui offre dans le marché intérieur une apparence de débouché certain et sans concurrence; la production dépasse promptement les limites de la consommation intérieure, et les débouchés extérieurs ne pouvant s’étendre en présence de l’exclusion des produits étrangers de notre marché, il en résulte un encombrement fâcheux; des masses de produits s’accumulent sans trouver d’acheteurs, à côté d’autres produits auxquels on interdit un libre
échange, et qui auraient permis à leurs détenteurs de profiter de cette accumulation ; la surabondance et la misère se heurtent côte à côte, lorsqu’on pourrait les transformer en une aisance régulière, résultat de la suppression des entraves artificielles qui gênent les rapports internationaux.
Les fabricants coalisés poussent plus loin leur généreuse sollicitude pour les intérêts vinicoles; ils cherchent à dissiper l’erreur de ceux qui croient que la liberté du commerce étendrait l’exportation de nos vins et de nos eaux-de-vie. A les entendre, ce sont d’autres goûts, d’autres habitudes qui empêchent les
ENTRE LA FRANCE ET LA RELGIQUE
peuples étrangers et surtout les peuples (Ju Nord de consommer une quantité notable de nos vins; nous rencontrerons toujours, disent-ils, dans cet obstacle naturel une limite infranchissable à nos exportations, quelle que soit la politique commerciale que l’on adopte et l’abaissement de droits que l’on obtienne.
Les faits donnent un éclatant démenti à ces charitables appréhensions. Avant que la Restauration ne nous eût entraînés dans la voie fatale du système protecteur, en faisant succéder à la guerre militaire une guerre de douanes, la Suède, la Russie, la Prusse consommaient des quantités considérables de nos vins. Dès le mois d’août 1817, les propriétaires et coramer-f çants du département de la Gironde constataient dans une pétition les représailles exercées À l’égard de nos vins, que les Etats du Nord frappaient d’un droit prohibitif; il en fut de môme pour les autres produits de notre sol et de notre industrie, les étoffes de soie, l’horlogerie, etc. En 1817, nos exportations pour la Russie, la Suède et le Danemark s’élevaient à plus de 70 millions; elles ne sont pas de 1(> millions aujourd’hui*. La fameuse loi de 1822 porta le dernier coup à nos relations commerciales: les fers, les lins, les bestiaux étrangers furent proscrits; les paya allemands, le Wurtemberg, la Bavière, Bade, prohibèrent nos vins.
Il s’opéra par contre-coup en France un déplacement de travail, funeste à notre richesse et à notre
* La silualion actuelle no s’esl pas beaucoup améliorée de ce côté. Nous exportons dans ces pays pour 10 millions de vins et eaux-de-vie.
UNION DOUANIÈRE
prospérité ; les marchés du dehors se fermèrent devant nos produits, et les producteurs, privés d’un bénéfice légitime, furent réduits à une sorte de vassalité industrielle vis-à-vis des propriétaires des forêts, des maîtres de forges et d’un certain nombre de fabricants.
Ainsi la Suède, qui, en 1780, avait acheté 2,700 tonneaux de vin à Bordeaux, en a acheté 244 en 1841, c’est-à-dire moins de la onzième partie.
Ainsi les Etats du Nord réunis, l’Angleterre, la Suède, le Danemarck, la Russie, l’Allemagne, la Hollande et la Belgique, qui, en 1780, achetèrent à Bordeaux 50,727 tonneaux de vin, n’en ont acheté, en 1841, que 32,500 environ; c’est-à-dire que, malgré l’énorme accroissement de la population de ces pays, l’exportation de la Gironde pour le Nord a diminué de deux cinquièmes. L’exportation totale de Bordeaux n’a pas dépassé, en 1841, 52,704 tonneaux; elle est donc restée au chiffre que comportait en 1780 la seule expédition pour le nord de l’Europe*; et cependant que de nouveaux débouchés se sont ouverts devant nousl les Etats-Unis, Cuba, les nombreuses républiques américaines, le Brésil, l’Inde anglaise, etc.
Il n’y aurait donc pas de nouvelles habitudes à créer au dehors pour donner à l’exportation de nos
* Un progrès notable peut être signalé sous ce rapport. Bordeaux a expédié, en 18CG, un total de plus de 130,000 tonnes de vin, d'une valeur de 118 millions de francs. L'Angleterre seule nous a demandé pour plus de 38 millions de francs de vin, et plus de 51 millions de francs d’eaux-de-vie.
ENTRE LA FRANCE E'f LA BELGIQUE.
vins plus d’activité; ce sont d’anciennes habitudes traversées par de mauvaises institutions, qu’il s’agirait de raviver.
En ce qui concerne spécialement la Belgique, on dit que, du temps de l’Empire, la consommation du vin n’y était pas beaucoup plus considérable qu’à présent. On oublie qu’alors les croisières anglaises . empêchant les communications par mer, l’élévation du coût des transports par terre, qui était de 70 francs par barrique ou de 228 francs par tonneau, augmentait fortement le prix des vins et agissait absolument de la même manière que les droits d’accise établis actuellement dans ce pays. D’un autre côté, l’aisance et la population ont beaucoup augmenté en Belgique comme en France, et plus encore par suite d’un meilleur système commercial qui régit ce pays, circonstance dont la Chambre de commerce de Rouen a fait elle-même l’aveu, tout en réclamant contre l’union douanière.
a L’extrême modération des tarifs de douane, a-telle dit dans sa lettre du 4 novembre 1842 à M. le ministre du commerce, rend la vie facile et commode en Belgique, et il est incontestable que la masse de la nation aurait plus à perdre qu’à gagner à un changement de système.
« Les renseignements les plus authentiques nous ont .appris que la condition des ouvriers belges est fort supportable, qu’elleest même meilleure que celle de nos propres travailleurs. »
Cependant la différence des salaires, plus bas en
UNION DOUANIÈRE
Belgique qu’en France, est un des motifs mis en ayant j)our repousser l’union franco-belge.
Pourquoi faut-il que la Chambre de commerce de Rouen, qui reconnaît si bien pour la Belgique les avantages d’un système de douanes plus libéral, les repousse pour la France? Pourquoi faut-il que l’aveu- • glement produit par un intérêt personnel mal entendu fasse traitçr la liberté commerciale comme une marchandise étrangère, sujette à prohibition?
Ce qui est vrai, c’est que nos vins deviendraient d’un usage plus habituel en Belgique, s’ils y revenaient à meilleur compte ; si l’on en boit peu, c’est parce qu’ils coûtent cher.
La Chambre de commerce de Bordeaux invoque, à l’appui de cette conviction, ce qui se passe dans les villes anséaliques; celles-ci forment des Etats indépendants} mais elles appartiennent à la grande nation allemande; elles ont les mêmes mœurs, les mêmes habitudes que les Etats voisins; la bière et les eauxde-vie de grain peuvent y être également bien fabriquées ; voici cependant ce qui a lieu dans ces villes libres :
Leur population est évaluée : pour Brême 50,000 âmes, Hambourg 150,000, Lubeck 46,000, au total 246,000. Les vins n’y payent qu’un droit minime. Ces trois villes ont reçu de France, en 1841, 170,363 hectolitres ou environ 20,000 tonneaux de vin, et 9,796 hectolitres d’alcool S ce qui représente plus de
’ Notre importation dans les viiles anséatiques, en a été de
162,125 hectolitres de yin, d’une valeur de près de 15 millions de
ENTRE LA FRANCE ET LA BELGIQUE
deux tièrs d’hectolitre de vin et 4 litres d’alcool par individu. Or 4 litres d’alcool sont l’équivalent d’environ 28 litres de vin, c’est donc une consommation de 1 hectolitre par habitant.
Brême, Hambourg et Lubeck réexpédient une partie des vins de France que reçoivent leurs négociants, mais cette réexportation ne s’élève pas, le Mémoire de la Chambre de commerce de Bordeaux en donne l’assurance, au delà de 4 à 5,000 tonneaux ; elle se trouve plus que compensée par les quantités de vin d’Allemagne, d’Espagne, de Portugal et d’Italie, qui arrivent dans ces localités.
Ce débouchés! important nous est ouvert dans des cités environnées de toute part de pays où la bière est la boisson habituelle et générale ; le vin y est préféré, parce que des droits élevés ne le rendent pas inaccessible à la population.
L’union douanière n’a consommé en 1841, pour plus de 20 millions d’habitants, qtie 50,576 hectolitres de vin de France et 897 hectolitres d’eau-de-vie de là même provenance; la consommation s’y est élevée à un quart de litre par individu ’.
Quel est le motif de cette imitiertse disproportion ? Le droit perçu, qui est de 77 francs par hectolitre pour les particuliers, de 62 francs pour les marchands
fnmcs, et de 17,141 hectolitres d'euiix-de-vie, d’une valeur d’environ 1 ,200,000 francs,
' En 1866, nos exportations de vins dans l'association allemande se sont élevées à 95,000 hectolitres, d’une valeur de 7,3115,364 francS. Nous y avons envoyé lu quantité insigniüantc de 1,436 hectolitres d’eau.xde-vie, d’une valeur de 258,606 francs.
UNION DOUANIÈRE
en gros, tandis qu’à Hambourg il n’est que de demi pour cent de la valeur. Il en résulte que dans cette malgré les 30 ou 38 francs de fret par tonneau, on ville, peut boire du vin à meilleur marché qu’à Bordeaux même, où ce liquide paye 78 francs de droit indirect ou d’octroi pour les 9 hectolitres formant l’ancien tonneau.
Aussi, à Hambourg, le vin est la boisson de l’ouvrier, presque autant que la bière.
De ce qui se passe dans les villes anséatiques, il résulte évidemment que ce n’est point le goût qui manque aux peuples étrangers pour consommer nos vins, c’est la possibilité de les payer lorsque le prix est surélevé par des droits considérables.
Si la Belgique, avec ses A millions d’habitants, consommait un jour du vin dans la proportion des villes anséatiques, tout en tenant compte du retranchement à faire pour les habitants de la campagne, elle nous en demanderait des centaines de mille d’hectolitres, au lieu de 97,857 hectolitres que nous y avons porté en 1841, et qui forment moitié de ce que Brême, Hambourg et Lubeck nous ont demandé*. On voit qu’en tout cas, en mettant de côté tout ce qu’un pareil rapprochement semble présenter d’hyperbolique dans le résultat auquel on arrive par la voie du calcul, on voit que la marge est grande, qu’il nous reste beaucoup à gagner dans cette direction, et que
‘ La Belgique, peuplée de 5 millions d’Iiabitanls, nous a demande, énlSOfi, un total de 231,460 hectolitres de vin (valeuriO, 205, 545 francs) et 7,250 hectolitres d’eau-de-vie, d’une valeur de près de 1 million de francs:
ENTRE LA FRANCE £1 LA BELGIQUE. 44i
Vunion douanière pourrait donner à nos vignobles un débouché important.
Ce n’est pas seulement le commerce des vins, représenté par Bordeaux, ce sont les soieries, les étoffes de laine autres que les draps, les châles, les bronzes, les articles de Paris, etc., qui ont réclamé l’union par l’organe des Chambres de commerce de Lyon, Marseille, Nîmes, Montpellier, Bayonne, Arras, et des réunions des manufacturiers tenues à Reims et à Paris. Mulhouse, sans adopter aussi franchement la pensée de l’union, penche cependant pour cette grande mesure.
La culture de la vigne occupe en France plus de . 2 millions de familles, au moins le sixième de la population, en y joignant les ouvriers qui exploitent les bois merrains servant à la construction des futailles, ceux qui préparent les bois de châtaignier et d’orme propres à faire des cerceaux, et les osiers qui doivent les relier, puis les tonneliers qui confectionnent les barriques, les réparent et soignent les vins ; nous ne parlons pas de la masse énorme des transports auxquels donnent lieu les vins et les esprits.
La fabrique de soieries emploie plus de 400,000 ouvriers, la valeur de ses produits s’élève annuellement à 300 millions.
Les étoffes de laine autres que les draps, et les châles, tiennent un rang important dans notre industrie ; Reims seul occupe 50,000 ouvriers â la fabrication des mérinos, napolitaines, flanelles, circassiennes, casimirs, étoffes de gilets, et le produit de
442 tmoN boüAMiÈAE
cette itiduslHe ést êvaliièà 60 ttiilliôhs. La fabricëlion des châles, tissus, baréges, etc., emploie 10,000 ouvriers et 25,000 ouvrières ; ejoutei à cela les travailleurs employés par Vindustrie des bronzes et lés articles de Paris, les tnodès, etc., et vous arriverez à ce résultat, (}ue lé tiers de la population française est dit*ecterherit ihtétessé à la conclusion de l’union franco- • belge, qiil hé salirait produire quelque préjudice qu’à l’indiistHé dü fer, qui eniploie 46,000 ouvriers, et qui produit pour 105 millions de Valeur par an*.
On commettrait une gràVe erreur si l’on pensait que celte industrie serait menacée d’une perturbation destructive; les bénéfices des maîtres de forges se restreindraient sans doute; ceux-ci seraient obligés d effectuer les améliorations d’exploitation indiquées depuis longtemps par la sciencë et par l’expérience, et repoussées par la routine; certaines usines, placées dans de trop mauvaises conditions, disparaîtraient peut-être, mais l’ensemble de l’industrie métallurgique sortirait sain ét stiuf de cette grande bataille.
Ce ne sont pas les fers au bois, mais les fbrs traités à la houille qiii ont à redouter la concurrencé bélgé. Quant aux forges de bois, celles qui sont mal situées périront écrasées par la concurrence intérieure; les forges à la houille forment un petit nombre de grands établissements, la plupart situés dans le Midi, et
* On - trouvé, dans la première parlic de ce voliime, fiiidicatioii précise du nombre dliommes dont i'eiislence se rattache, chez nous, aox diverses branches de ia production. L’argument indiqué ici s’est singulièrement fortifié.
ENTRE LA FRANCË El' LA BELGIQUE.
mâitlleniis, pat conséqüehl, daris uné position favorable pour l’approvisionnement d’Üh rayon fort étendü; à cause des frais de transport (Jiii grèveraient le fer belge. Le travail iiaiional n’aürait donc pas d’échec à subir, et, le monopole des forgés uile fois détruit, tout le système prohibitif s’ett irait par pièces et morceaux, car c’est l’industrie métallurgique qui en forme la clef de VoAte.
La Chambre de commerce de Bordeaux n’a pas consacré moins de la moitié de son nouveau Mémoire à combattre cet adversaire, si redoutable à caüse de l’influence qu’il exerce sur le gouvernement et dans les Chambres. Elle a montré tout ce que nous coûte la protection exagérée accordée à la production du fer.
Nous reviendrons peut-être avec quelque détail sur cette importante question; eh altehdëht, qii’ll nous suffise d’indiquer quelques points établis dans le Mémoire que nous avons soüs les Veux:
Les producteurs du fbr, au lien de s’être rapprochés des prix du dehors, demandent le maintien d’un droit évalué à 110 pour 100, lorsque, il y a trente ans, ils se contentaient d’un droit de 40 pour 100, et qu’ils rte présentaient cette protection qiie comme une mesure temporaire et de courte durée*;
Aucun motif politique rte commande à la France de continuer des sacrifices onéreux; car elle ne risque jamais de manquer du fer nécessaire pour ses armées et sa flotte ;
‘ Le droit ii'esl plus aujourd'hui que de 25 à 30 pour tOO.
La charge dont nos forges grèvent le pays équivaut à un impôt annuel de 41 millions;
Il serait insensé de maintenir la prohibition des rails en présence de la construction du réseau des chemins de fer, qui en demandera d'énormes quantités, et dont nous devons hâter la construction par une sage économie dans les frais d’établissement;
L’intérêt même des forges commande l’admission des provenances étrangères pour celte fourniture extraordinaire ; autrement on exagérerait la production, on provoquerait comme à plaisir une crise analogue à celle qui désole aujourd’hui l’Angleterre et la Belgique.
Nous avons essayé de résumer les principales indications contenues dans le Mémoire de la Chambre de commerce de Bordeaux; ce document nous a paru en effet, fournir un utile contre-poids aux tristes exa- . gérations et aux erreurs étranges dans lesquelles est tombée la coalition industrielle présidée par M. Mimerel. La véritable défense du travail national consiste i\ écarter les obstacles qui s’opposent au développement de nos forces productives. Opprimée par un mauvais système économique, la France est demeurée loin encore de la haute prospérité à laquelle elle a droit de prétendre. Si la richesse du sol et le génie des habitants ont pu lutter contre une mauvaise direction commerciale et produire une augmentation de richesse, combien ces résultats ne seraient-ils pas accrus s’ils étaient secondés par une législation plus libérale I
Terminons ce travail en rappelant les sages paroles
ENTRE LA FRANCE ET LA BELGIQUE. 445
de la Chambre de commerce de Saint-Etienne, qui a si bien réussi à poser avec fermeté les principes dont le pays ne devrait jamais s’écarter:
« Le gouvernement aura à se pononcer entre les industries qui trouvent dans le sol, dans le climat, dans les divers avantages particuliers au pays et dans les facultés industrielles de la population toutes les conditions de leur succès, et celles qui ne se soutiennent, ou qui du moins croient ne pouvoir se soutenir qu’à l’abri des droits élevés et des prohibitions.
a Les premières n’imposent aucun sacrifice au consommateur, aucune restriction aux autres industries ; le maintien de la paix et tout ce qui peut multiplier les relations entre les peuples sont pour elles autant d’éléments de prospérité ; il n’y a jamais lieu de redouter leur développement, attendu que, sous un régime de liberté, leurs débouchés ne sauraient être restreints par la concurrence étrangère, les conditions qui déterminent leur supériorité étant en quelque sorte inhérentes au pays et à sa population.
« Il n’en est pas de môme des industries protégées par les tarifs ; celles-ci obligent les consommateurs à payer leurs produits beaucoup plus cher qu’ils ne les payeraient s’il y avait libre concurrence; en empêchant l’introduction des produits étrangers, elles nuisent au développement de toutes les industries pour lesquelles nous possédons la supériorité ; elles sont intéressées à l’isolement des Etats et elles en proclament la nécessité ; enfin, les développements quelles reçoivent, par suite de la production douanière, peu-
446 VNION POUAKi^RE
yent attirer les capitaux et les facultés industrielles dans de mauvaises voies, dont ils ne pourraient être retirés, en cas qu’il devînt nécessaire de supprimer plus tard cette protection, sans do grands sacridces. » Que répondront à cette pressante argumentation les membres du Comité de la rue de Richelieu? Rient ce nous semble ; ils garderont un silence prudent, sauf à se répandre de nouveau en déclamations sonores, pour donner le change sur les intérêts du pays, Mais la réflexion et le bon sens public ont fait justice de ces superbes dédains pour les enseignements de la science, pour la théorie , dédains professés par ceux qui ne vivent que d’une théorie fausse et inacceptable ; les prétendus défenseurs du travail mtioml verront bientôt leur œuvre estin^ée à sa juste valeur, et ils auront à rendre compte du mal qu’ils ont causé , du tort qu’ils ont fait à la richesse publique par leur aveugle résistance é notre émancipation commerciale.
TABCEAUX DU CpMVEaGE ENTUB LA FRANCS ET LA BELGIQUE
EN i866.
U semble utile de joindre à ces aperçus généraux le tableau de nos relations actuelles avec la Belgique, relations favorisées pour le traité de commerce conclu le mai 1861. Ce traité a consacré la suppression des prohibitions et de nombreuses réductions des droits perçus pour les deux Etats: il a mis en
ENTRE LA fflANCE ET LA BELGIQUE. 447
œuvre la politique libérale qui régit maintenant nos rapports commerciaux. Les résultats favorables ne se sont pas fait attendre, et, quand on ae reporte aux chiffres restreints qui exprimaient nos rapports avec la Belgique, il y a un quart de siècle à. peine, on apprécie l’influence féconde de la réforme accomplie.
Il nous est permis de penser que l’union douanière complète, telle que nous l’avons réclamée en 1842, accroîtrait encore les avantages obtenus pour le bien matériel des deux pays.
Imporlaliom de Belgique en France (valeur en millions).
ConuDerce général. Commerce spécial.
Houille crue 75.3 74.9
Lin teillé et étoupes 41.8 41.8
Coton en laine 27.9 i .6
Tissus, passementerie et rubans de laine . . 25.5 1.8
Toile de lin ou de chanvre 17.7 8.3
Laineseo masse, peignées, etdéchets de laine. 17.5 16.7
Tissus, passementerie et rubans de coton. . 15.5 2
Fils de lin ou de chanvre 15.4 3.C
Fer, fonte et acier 13.8 2.6
Coke 12.3 12.3
Céréales (grains) 11.1 8.5
Matériaux à bâtir ' 9.2 9.1
Sucre brut étranger 8.8 8.1
Zinc de première fusion 8.5 8.5
Chevaux «... * 7.7 7.6
Bois commun, excepté le charbon. > • * • 7.3 7.3
Fils de laine 6.9 4.5
Armes * 6.1 1
Beurre 5.2 5.2
Fils de coton 5.1 2.5
Houblon 4.8 4
Café 4.2 2.2
Peaux brutes et pelleteries 3.9 3.8
Machines et mécanique 3.8 1.7
Outils et ouvrages en métaux 3.3 1.3
^^8 UNION DOUANIÈRE
Pfiaux préparées 3 5 0 4
Huiles fixes pures . . 3 0.2
Huiles (le pétrole et descliisle- 2.9 0.9
Plomb (rainerai et métal brut) 2.9 2.9
Écrassines 2.7 2.7
Carton, papier, livres et gravures 2.7 1.8
Minerai de fer 2.7 2 7
Dentelles de fil 2.0 1.7
Sucre raffiné 2.3 1.4
Graisses 2.3 2
Mélasse 2 3 o
Poterie, verres et cristaux 2.2 0.9
Cigares 2.1 0.1
Poils 2 1.6
Ouvrages en peau ou en cuir 1.9 o.l
Riz eu grains I .9 1,5
Drilles 1.7 1.7
Objets de collection 1.7 1.7
Engrais 1.6 l.ü
Bestiaux 15 15
Vêtements et pièces de lingerie cousues. . . 1.5 0.2
Savons 1,5 1.4
Pivots et tours servant aux arts et métiers. . 1.4 • 14
Charbons de bois ou de clièncvettes. ... 1.3 1.3
Fourrages 1.2 1.2
Pyrites (sulfure de fer) 1.1 11
Racines de chicorée 1 1
Fruits de table 1 1
Œufs 1 I
Autres articles dont la valeur d’importation
est de moins de 1 million 26.6 20
Total * 446.672.348 304.700.445
Exportations de France en Belgique (valeur en millions).
Commerce général.
Céréales (grains) 25.2
Tissus, passementerie et rubans de laine. . 25
'’lns 19 4
Laines en masse et déchets 16.7
Tissus, passementerie et rubans de soie. . 13.5
Fils de laine 1^1
Bois communs 12.9
Lin et étoupes 12.2
Commerce epécial.
ENTRE LA FRANCE ET LA BELGIQUE
Mercerie et boutons
Outils et ouvrages eu métaux
Bestiaux
Farine de froment
Tissus^ passementerie et rubans de coton. .
Beurre
Vêtements et pièces de lingerie
Peaux préparées
Fruits de table
Papier, carions, livres et gravures
Peaux brutes et pelleteries
Poterie, verres et cristaux
Colon en laine
Tourteaux
Matériaux à bâtir
Soie et bourre de soie
Café
Blachines et mécaniques
Potasses
Résines indigènes
Huiles fixes pures
Engrais
Minerai de fer
Objets de collection
Graines à ensemencer
Ouvrages en peau et en cuir
Graisses
Houille crue
Drilles
Ecorces à tan
Horlogerie
Sucre brut
Parfumerie
Cuivre pur
Marne
Fils de lin ou de chanvre. . .
Eau-de-vie, esprit et liqueur
Autres marchandises d’une valeur inférieure à 1 million de francs
Total