‹ La liberté commerciale et les résultats du traité de commerce de 1860Chapitre 42 sur 48 · CHAMBRE DE COMMERCE DE BORDEAUX · texte numérisé non relu

CHAMBRE DE COMMERCE DE BORDEAUX

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ÜN THAITÉ DE COMMERCE ENTRE LA FRANCE ET l’ ANGLETERRE *.

Depuis quelques années, le gouvernement français s’est occupé de négocier des traités de commerce avec diverses nations de TEurope et de l’Amérique. Mais, si l’on en excepte la convention conclue avec la Sardaigne, aucun de ces projets n’a été suivi d’exécution; nos rapports avec la Belgique, l’Angleterre, l'Allemagne, le Brésil, n’ont pas obtenu les améliorations qu’on était en droit d espérer. U y a plus, des déclarations récentes semblent indiquer que notre gouvernement renonce à la pensée même des traités de commerce et qu’il veut procéder à l’avenir, en ce qui concerne nos relations avec l’industrie étrangère, par la voie du libre remaniement de nos tarifs de douanes.

Nous n’avons pas l’intention d'examiner en ce mo-

’ Celte appréciation du Mémoire de la Chambre de commerce de Bordeaux date de 184i. Il nous a paru utile de reproduire notre travail, qui a précédé de seize ans la réforme accomplie en 1860.

ment les avantages et les inconvénients attachés à ce mode d’actiop ; ce qui nous préoccupe, ce n est pas tant la forme sous laquelle doit se produire la modification de nos rapports commerciaux, que la nature même de cette modification, et la tendance à laquelle on prétend subordonner nos intérêts d’avenir. Les bruyantes démonstrations d’une certaine partie de nos fabricants ont déjà réussi à faire avorter d’utiles tentatives, et à déprimer l’essor d’une politique plus libérale. Les doctrines prohibitives, d’abord timides et circonspectes, abdiquent maintenant une réserve de commande, elles affichent hautement des pensées de monopole; décorées du nom sonore àQ protection du travail national y elles aspirent à régner sans partage.

Les choses en sont venues à ce point, l’opinion publique a été si habilement circonvenue, qu’il faut un courage véritable pour démasquer des calculs égoïstes, pour défendre les principes élémentaires de la formation des richesses publiques contre des adversaires puissants, qui, tout en déclamant contre les enseignements de la science, tout en affichant la prétention exclusive d’être des hommes d’expérience et de pratique, ne se font pas faute de forger les théories les plus erronées au service de leurs intérêts individuels.

La Chambre de commerce de Bordeaux a bien mérité du pays, en opposant à cet entraînement passionné la raison la plus calme et une saine appréciation de la question économique. Le Mémoire sur l’u-

ENTR*: LA FRANCE ET l’ ANGLETERRE.

nion douanière entre la France et la Belgique est un document remarquable, qui fait bonne justice des exagérations de crainte manifestée par les industries protégées. Le nouveau travail auquel la Chambre de commerce de Bordeaux s’est livrée, cette année, pour examiner la possibilité de conclure un traité de commerce entre la France et l’Angleterre, prendra dignement sa place à côté de la publication précédente ; il fournit un excellent sujet d’études, car il attaque de front des erreurs accréditées, et contient de curieux renseignements sur les résultats du traité de 1780 et du traité de Methuen, ces deux épouvantails dont les prétendus défenseurs du travail national se servent sans cesse pour battre en brèche les négociations commerciales.

Le moment est opportun pour se livrer à une étude sérieuse de ces grands intérêts ; notre politique commerciale vient d’éprouver un grand échec ; le traité conclu entre la Belgique et la Prusse ajourne les pensées d’union douanière que nous n’avons pas su féconder quand les circonstances s’y prêtaient avec facilité. Un projet plus restreint, d’une portée moins étendue, mais qui aurait servi d’utile acheminement à des conditions plus larges , semblait à la veille de se réaliser entre les cabinets de Paris et de Bruxelles; il se trouve contrarié dans ses dispositions essentielles par la convention signée avec la Prusse. Le comité présidé par M. Mimerel peut entonner un chant de triomphe, car, grâce au concours que lui ont prêté l’Angleterre et l’Allemagne, il n’a plus, de

THAITÉ DE COMMERCE

quelque temps, à redouter un remaniement sérieux des tarifs sur notre frontière du Nord.

Il ne faut pas que le silence des hommes sincèrement dévoués au développement normal de la richesse publique fournisse un encouragement à des mesures rétrogrades; il ne faut pas que le sacrifice des intérêts véritables du pays, et surtout des intérêts des classes laborieuses, passe sans provoquer au moins une protestation.

Les considérations politiques doivent demeurer étrangères à ce travail : aussi n est-ce pas de ce point de vue que nous voulons envisager la position qui nous est faite par le nouveau traité entre la Prusse et la Belgique ; nous nous bornerons à en indiquer les résultats matériels.

Disons-le néanmoins (sans descendre à l’appréciation de nos rapports politiques actuels avec telle ou telle nation, et en demeurant dans le seul domaine de la science), les doctrines du système protecteur renferment une contradiction flagrante. L’industrie a besoin de la paix pour se développer, et cependant le soin jaloux avec lequel les nations défendent leur marché intérieur les pousse vers des collisions funestes; la liberté des échanges est la condition la plus féconde des bons rapports entre les peuples rapprochés par les liens d’un besoin réciproque : en mettant obstacle à la liberté des échanges, on suscite la discorde là où devrait fleurir la paix. Sous l’empire d’idées fausses et étroites, le commerce dévie de sa destinée; au lieu de rapprocher

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