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les peuples, il les divise et les pousse à la guerre.
En un mot, chose étrange, les hommes qui célèbrent, à Tenvi les uns des autres, les bienfaits de la paix, oublient les conditions essentielles de son maintien.
Ces vérités étaient bien comprises parles hommes illustres qui ont présidé aux destinées commerciales de la France. Les fortes et saines maximes de Sully, de Colbert, de Turgot, protestent contre- les tristes enseignements d’un égoïsme à vues courtes et rétrécies. Ou’on étudie les actes de leur administration ; on les verra conformes à celte conviction, que tout ce qui peut favoriser les relations internationales, loin d’être une cause de ruine et de désolation pour les peuples, est pour eux une source d’aisance, et la garantie la plus solide de la paix, qui fait seule la prospérité générale. Pourquoi faut-il que nous en soyons réduits aujourd’hui à transcrire, comme une leçon nécessaire, ces belles paroles adressées à Louis XIV par un ambassadeur hollandais.
a Les Etats-généraux des provinces-unies des Pays-Bas, mes maîtres, qui n’ont rien tant à cœur que de conserver et cultiver une alliance qui leur a d(î tout temps été si chère, si utile et si glorieuse comme l’est celle de Votre Majesté; considérant que la bonne correspondance qui est entre les princes et Etnls ne se maintient pas tant par la vertu des traités faits entre les souverains que par l'amitié mutuelle de leurs sujets, qui^ trouvant leur satisfaetion dans leur utilité, et leur utilité dans le commerce réciproque,
s’unissent d’autant plu? étroitement, que leur bonne intelligence se rencontre d'ordinaire accompagnée de leur intérêt ; et s’apercevant de plus en plus que depuis quelque temps, et spécialement depuis qu’il a plu à Votre Majesté de charger au delà de l’ordinaire les denrées et marchandises venant de leurs provinces dans ce royaume , cette belle liaison, cette affection mutuelle des deux peuples se diminue et dissipe peu à peu, à mesure que le trafic étouffe sous la pesanteur des impositions dont il est chargé, m’ont commandé de représenter à Votre Majesté, comme je le fais très-humblement par la présente, qu’il est impossible que le trafic, qui est l’âme de la société humaine, ne se ruine absolument, si Votre Majesté, par sa bonté ordinaire, tant pour subvenir aux nécessités de ses propres sujets que de ceux desdits seigneurs Etats, ne trouve bon de le remettre dans sa première liberté, en le déchargeant de toutes les impositions dont il a été chargé extraordinairement depuis quelques années.
€ Il est très-certain, Sire, que la félicité des peuples consiste principalement à la facilité de leur subsistance, et qu’on peut dire avec raison qu’une personne qui vit commodément vil heureusement; que cette commodité a pour première cause le travail et l industrie de Vhomme, et pour la seconde, le débit du provenu de ce travail, et pour la finale, V acquisition de ce qui lui fait défaut en échange de ce qu'il a de trop; que la première de ces causes étant très-défectueuse - sans les deux autres, et que ces deux-là dépendant
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absolument du commerce, ou plutôt le faisant ellesmêmes, il est facile à colliger qu’il n’y a rien de plus utile, pour rendre la vie de l’homme agréable et commode, que d’en faciliter les voies.
« Si à cela nous ajoutons que Dieu, par sa providence toute divine,* ne voulant pas seulement donner tout ce qui pourrait servir à la félicité de sa créature, mais le lui voulant encore donner par un moyen qui peut établir tine amitié et une société universelle pour toutes les parties du mondes a de telle sorte diversifié la nature des terres et des climats, que chaque pays portant quelque chose de particulier, et qui n’est pas commun aux autres, et voulant débiter ce qu’il y a de superflu en échange de ce qui lui manque, il eût besoin de cette correspondance universelle et de ce débit mutuel, que nous appelons commerce; il est facile à comprendre que ceux qui facilitent ledit commerce facilitent aussi les moyens qui rendent les peuples heureux et contents; et qu’au contraire ceux qui le rendent difficile en lui bouchant les entrées par des impositions si excessives qu’elles en défendent le débit, empêchent leurs sujets, non-seulement de jouir de ce qui croît ailleurs, mais encore de pouvoir revendre en échange ce qu’ils ont chez eux, et par une même action, contraignent leurs peuples à demeurer chargés de ce quils ont de trop et à ne pouvoir acquérir ce qiiils ont de besoin »
‘ Négociations relatives à la succession d'Espagne sous Louis XIV, iii-4", Imprim. roy., t. III, |>. 261 et suiv. — Mémoire de M. Groot à JjOuisXlY, 10 octobre 1670.
Il est impossible d’exprimer en termes plus (élevés de plus grandes vérités; en aggravant les tarifs, en fortifiant les barrières des douanes, en s’obligeant réciproquement à des représailles industrielles, les nations se font un mal immense, tandis que des relations plus faciles profiteraient à tout le monde.
Les lois étermdles qui président à la formation des richesses ne se déplacent pas au gré des caprices et des passions ; la vérité est une, elle no capitule pas avec les exigences individuelles. Dans la lutte que rhommi3 entreprend avec la nature, dominée par un travail intelligent, il recherche le produit le plus abondant avec la moindre dépense de forces et de capitaux. Tel est le principe dont il nous semble facile de déduire les enseignements de l'économie politique, tout aussi bien que l’axiome : La ligne droite est le chemin le plus court d'un point à un autre, sert de point de départ à la solution des problèmes les plus compliqués de la géométrie.
• La liberté des échanges permet cette division du travail entre h^s nations, qui engage chacune d'elles {\ se livrer à |a production la mieux en rapport avec les circonstances locales et le génie des habitants; la liberté des échanges porte un coup mortel à ces industric‘s factices (jui entraîneiU à des sacrifices énorm(\s, à une véritable dilapidation des forces productives, au service d'un maigre résultat.
Nous savons à merveille qu'il est d’autres considérations dont la science appliquée doit tenir grand com|Ue, <}ue Ton peut, dominé par des motifs su-
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pi'*rieurs, consentir à payer plus cher certains objets, afin d’ètre assure^ de les avoir à sa disposition dans toutes les éventualités. Le rêve pliilosopliique de l’abbé de Saint* Pierre n’est pas près encore de se réaliser, bien que nous ayons goûté en Europe une paix de trente années, tandis qu’on ne connaissait que des guerres qui aient occupé un pareil laps de temps, nous ne saurions renonœr aux calculs de la prévoyance politique, et’nous devons accepter lessacriüces matériels qu’ils nous imposent. Mais ayons toujours soin de distinguer la vérité économique, que rien ne modifie dans son essence, des expédienls auxquels nous conduit le soin de notre sécurité |Hiblique et de notre indépendance nationale. Evitons un malentendu périlleux, car il nous mènerait à confondre les limites de ce qui est du domaine de la formation des richesses et de ce qui appartient nu domaine du gouvernement des Etats, on arriverait ainsi à ériger en théorie générale les conditions exceptionnelles de certaines branches du travail national, et au moyen de cet artifice de logique, on viendrait è contredire les desseins de la Providence, en proscrivant le commerce des produits propres à chaque pays, cet échange destiné à servir de lien à lu fraternité hnmaine.
Ainsi, tout autant que d’autres, nous admettons la nécessité de demander au travail indigène certains objets qu’il nous fournira cependant à un prix plus élevé, mais nous n’essayerons pas de donner le change sur ce fait; nous saurons qu’il s’agit lè d’un sacrifice è subir, et que la richesse publique diminue
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par de tels procédés, puisque la masse des produits obtenus avec la même dépense de forces et de capitaux est moins considérable ; par conséquent, le fonds commun à répartir entre les divers agents de la production ne permet pas de rétribuer aussi bien leurs services.
Ce qui nous surprend, c’est qu’on puisse faire illusion au pays en mettant en avant l’intérêt des classes ouvrières pour demander des aggravations de tarifs et des prohibitions. L’ouvrier est forcément associé à l’entrepreneur d’industrie, son salaire diminue si le produit total de l’atelier décroît. Le système producteur se réduit en misère et en privation pour tout le monde, à l’exception de quelques privilégiés et des propriétaires des fonds de terre dont il accroît la rente, c’est-à-dire qu’il sacrifie le prix du travail actuel pour augmenter le profit de ceux qui touchent un revenu pour la location des instruments de travail.
Il y a plus : le système protecteur pèse doublement sur les salaires et les déprécie sans cesse ; d’une part, il encourage des industries qui, pour soutenir la concurrence de l’étranger, doivent spéculer sur la réduction des salaires et arrivent à des diminutions de valeur vénale des produits, en retranchant du prix de revient une partie de la rémunération due au travail humain.
D’un autre côté, il pèche par défaut de logique en livrant à une concurrence sans réserve, sans limite, la seule marchandise qui mériterait la protection de l’Etat, le prix du travail de l’homme; les ouvriers
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sont seuls à ne pas être protégés. Si les partisans du régime producteur obéissaient à la déduction rigoureuse du principe qu’ils ont posé, ils devraient commencer par interdire l’arrivée des ouvriers étrangers ou par frapper leur salaire d’un impôt considérable ; ils devraient commencer par élever autour de nos frontières une sorte de cordon sanitaire pour empêcher la concurrence des bras étrangers et renier les principes de fraternité humaine dont la France s’est faitè l’apôtre dévoué.
Nous nous sommes laissé entraîner plus que nous ne l’aurions voulu dans l’indication de ces données générales; peut-être trouverons-nous notre excuse dans l’insistance avec laquelle les prétendus défenseurs du travail national s’efforcent d’obscurcir les vérités les plus simples, les plus élémentaires. C’est en se couvrant de l’intérêt des classes laborieuses qu’ils sollicitent sans cesse de nouvelles rigueurs douanières; c’est ce masque d’emprunt qu’il importe avant tout de leur arracher.
Nous n’avons pas besoin de sonder les profondeurs de la politique européenne pour montrer le prix de la facilité des communications entre la France et la Belgique. La question de Vunion douanière a été déjà, de notre part, l’objet d’un examen sérieux. Nous avons essayé de faire passer dans d’autres esprits la conviction qui nous anime, et qui nous porte à dire que l’intérêt matériel de notre pays est d’accord avec son intérêt politique pour demander ce grand acte d’émancipation industrielle.
Mais la bruyante levée de boucliers de la rue de lUchelieu ajproduit son effet; le projet d’union a été ajourné, le traité récemment conclu entre la Prusse et la Belgique crée un nouvel obstacle à son accomplissement.
La Prusse obtient, pour l’Association douanière, ce qui lui manquait, la facilité des relations lointaines; l’assimilation des pavillons et la suppression des droits de transit font d’Anvers un port allemand. La Belgique, de son coté, favorisée par une déduction de 50 pour 1 00 sur le tarif des fers, voit s’ouvrir devant elle un débouché assuré pour sa production métallurgique.
Et nous, quelle est notre position? Le traité négocié le mois dernier, et qui paraissait à la veille d’être conclu, ce traité qui étendait, en faveur de nos tissus de laine et de coton, le bénéfice du droit différentiel, et formait un acheminement nouveau vers l’union douanière, il est abandonné. De nouvelles rigueurs s’exercent contre les produits belges; une ordonnance du 2 septembre élève le droit sur les machines de toute provenance, parce que l’Angleterre permet la libre sortie de ses mécaniques, en effaçant ainsi la prime de contrebande que nécessitait l’ancienne prohibition d’exportation. Mais rien n’a été modifié à cet égard dans nos rapports avec la Belgique ; pourquoi doit-on lui faire porter la peine d’une disposition à laquelle elle demeure étrangère?
L’Angleterre, l’industrie anglaise, tel est le point de mire constant des efforts de nos adeptes du sys*
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tèmc protecteur ; il semblerait qu’il n y ait pas place dans le monde pour la France et pour la Grande- Bretagne, que l’une doive écraser l’autre, afln de conquérir une prospérité durable !
Il ne nous appartient pas maintenant d’examiner ce que conseillent la dignité nationale et la prépondérance politique. En nous cantonnant ûdélement sur le terrain des intérêts matériels, nous ne pouvons que protester contre ces doctrines vieillies, auxquelles on essaye de donner l’apparence de la nouveauté en les ressuscitant. Le plus grand service rendu au monde par les fondateurs de la science économique, c’est d’avoir démontré que les nations sont solidaires dans leur bonne comme dans leur mauvaise fortune • c’est d’avoir prouvé que la richesse des unes profite aux autres en formant des débouchés. La richesse, la prospérité de l’Angleterre, loin d’être un obstacle au développement de notre production, en deviendront le levier le plus puissant, du moment où l’on renoncera aux procédés étroits et oppressifs qui entravent les relations commerciales entre la France et la Grande-Bretagne.
Examiner la possibilité de conclure un traité de commerce entre les deux pays, c’est donc aborder le plus grand, le plus beau problème d’économie politique appliquée. Telle est l’œuvre que la Chambre de commerce de Bordeaux vient d’accomplir avec succès. Elle a été puissamment aidée, dans cette entreprise, par un Mémoire fort remarquable présenté au premier Consul, en 1802, par le conseil de commerce de
Bordeaux, Ce Mémoire, rédigé par M. le baron Portai , examine la question de savoir s’il convient ou s’il ne convient pas à la France de faire* un traité de commerce avec l’Angleterre. Malgré les quarantedeux années qui se sont écoulées depuis la rédaction de ce document, on y rencontre la solution de la plupart des questions encore pendantes ; on y trouve une forte et saine défense de la liberté commerciale. Aujourd’hui, comme alors, comme du temps de Trudaiiie et de Turgot, nos manufacturiers oublient trop souvent de dire : Il faut mieux faire ; ils disent rarement au gouvernement : Aidez-nous à mieux faire, animez, répandez T instruction; mais ils le harcèlent sans cesse pour quil empêche d'entrer les ouvrages des peuples qui font mieux que nous.
Malgré des entraves sans nombre, malgré la rigueur des tarifs, il s’opère déjà un vaste mouvement de commerce entre la France et l’Angleterre.
Nos échanges se sont élevés de ce côté (commerce général), en 1842, à 153 millions pour les importations et à 150 millions pour les exportations ’.
Ces échanges nombreux prouvent combien la France et l’Angleterre sont nécessaires l’une à l’autre, et quelle extension prendraient leurs rapports si, par d’habiles concessions faites de part et d’autre, on cherchait à favoriser le commerce, au lieu de le gêner
’ Ces cliifTrcs s’élevaient en 1866, sons reinpire du traité de commerce de 1860, au commerce général, à 773 millions d’importations d’Angleterre en France, et 1,518,000,000 d’exportations de France en Angleterre. Le commerce spécial donne le chiffre de 653 millions pour les importations anglaises dans notre pays, et celui de 1,153,000,000
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de plus en plus par le système de restriction et d’exclusion que l’on maintient et que l’on aggrave des deux côtés.
Les adversaires de la liberté commerciale ne man-
pour les exporUalions françaises en Angleterre. Quelle justification éloquente de la doctrine que nous exposions en 1844!
Voici les tableaux détaillés de nos importations et de nos exportations, en ce qui concerne l’Angleterre.
Importations d'Angleterre en France (valeur en millions de francs).
Commerce géDéral.
Commerce spécial.
Coton en laine
Soies et bourres de soie
06Ji
Laine et déchets de laine
Tissus, passementerie ,et rubans de laine. .
Houille crue
Cuivre (minerai non compris)
Tissus, passementerie et rubans de coton..
Fer, foute et acier (minerai non compris)..
Café
Fils de coton