Mémoires d'un royaliste
leur dut une élection triomphale le 8 juin dans cinq départements ^ En revanche, il installa au premier ministère de Louis-Napoléon Bonaparte, six mois après, malgré sa jeunesse et son passé tout frais, le légitimiste qui avait fait de la liberté d'enseignement une condition facilement acceptée, M. de Falloux*.
Où donc, aux origines de cette loi, le souci d'un principe, la pensée d'un devoir envers la nation, le sentiment de la justice individuelle? Des calculs, des combinaisons politiques, des spéculations de parti, la préface ordinaire des concordats et des transactions. M. de Falloux retira, le 4 janvier 1849 , le projet Carnot qu'une Commission de l'Assemblée avait étudié avec soin et libéralisme. II nomma le même jour deux Commissionsextra-parlementaires pour reprendre la question dans un nouveau sens.
L'article primordial de l'enseignement national passait au second plan, la liberté au premier. Le régime inauguré par Guizot allait s'achever de la main même des ouvriers qui, en 1836, en
1 . Les preuves de ces nogociatioDS électorales dans Lecanuct, Vie de Montalembert (letlre du 12 mai 1848).
2. Pour ces intrigues voir ¥9\\o\à\. Mémoires cTun royaliste^ 1. 1, p. 385 à 405, et Normanby, Jowmal, 15 juin 1850.
avaient blâmé et empêché la réalisation définitive.
Dans les Commissions en effets à côté des catholiques, A. Cochîn, A. de Melun, Bûchez, deRiancey, Roux-Lavergne, Montalembert, les abbés Dupanloup et Sibour, siégeaient des chefs plus ou moins illustres de l'Université, Cousin, Dubois, St-Marc-Girardin, Poulain de Boissay, Michel. Dès les premières' séances, ralliés autour de Thiers, ils célébrèrent avec lui Theureuse pensée qu'avait eue Guizot de soumettre à la religion l'enseignement primaire.
Tous n'allaient pas jusqu'au point où Thiers était emporté par ses ardeurs de néophyte, que les catholiques eux-mêmes par prudence contenaient, jusqu'à vouloir rendre TÉcole au sacristain et au curé, jusqu'à la supprimer même plutôt que de la livrer à 37.000 socialistes, véritables anti* curés. Mais tous venaient en suppliants dire : « Oublions ces dissentiments funestes qui ont séparé le clergé et l'Université ; qu'on cesse de s'opposer ces mots de liberté et de non liberté, vieille querelle! Il s'agit de sauver la société et de nous unir. »
L'union dans leur pensée, devait consister à étendre le marché qui avait servi de point de départ au régime Guizot. c Moi, disait Thiers, qui
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ne voudrais pas confier au clergé exclusivement renseignement secondaire, jo n'hésiterais pas à lui donner Tinstruction primaire. Si l'État suffît pour former des maîtres, s'il a aptitude pour diriger des établissements modèles dans renseignement secondaire, TÉcole devrait toujours être tenue par le curé ou le sacristain. * » L'école à rËglise, les collèges au Gouvernement : de la religion pour le peuple, du libéralisme pour la bourgeoisie.
Aussi, dans l'enseignement primaire, le parti catholique n'eut qu'à se baisser pour prendre. Il prit, fort habilement et sans en avoir l'air, toute la liberté et toute l'autorité. Grâce à un système ingénieux de stage équivalant au brevet de capacité, à l'équivalence du brevet et des lettres de prêtrise, tous les prêtres, réguliers ou non, furent admis sans garantie à enseigner ; et l'instituteur laïque, soumis à la nomination du Conseil municipal, révocable adnutum et sans recours par le recteur, fut livré à ce recteur, placé au centre du département pour le mieux surveiller, associé dans le Comité départemental
1. De Lacombe, Débats de la Commission (^Enseignement d'après les procès-verbaux conservés par Dupaaloup, p. 32 à 42; p. 74 cl p. 81 à 85.
à révoque que renseignait le curé*. L'autorité, attribuée au curé par la loi de 1883, avait paru à l'abbé Dupanloup inefficace. Plus d'Écoles normales primaires enân ou le moins possible» et des séminaires plus nombreux.
Dans ce triomphe de la puissance religieuse qu'on appelait un acte d'affranchissement, Montalembert invitait parfois ses amis à la prudence et rappelait à M. Thiers qu'il ne fallait pas oublier la liberté. Cousin prononçait le mot de Contre-révolution, parfois, et disait des choses ingénues : « L'instruction secondaire n'est point en discussion. Quand le temps en sera venu et si des prétentions exagérées se manifestent, je compte bien sur vous, M. Thiers, pour défendre la cause de l'Université. Nous touchons au vif*» .
Qu'est-ce que les catholiques allaient laisser aux maisons d'État secondaires en échange des écoles primaires que l'Université leur donnait, c'était le vif de la question en effet et la fin de ce lâarchandâge. Les catholiques avaient-ils assez flétri, dans l'ardeur de la polémique, ces
1. Loi de laiO, titre 1", cliap. Il, arl. 7, 14 et 15; titre II, chap. Il, art. 25 à 29; tilre Ul, art. 60 à 70. — Voir les débats relatifs à ces articles dans Lacombe, p. 100 et suivantes. « 11 fallait que Tautorité accordée au curé fût réelle » (p. 113).