‹ La liberté d'enseignement: histoire et doctrineChapitre 84 sur 103 · Gide, De la condition de la Femme · texte numérisé non relu

Gide, De la condition de la Femme

cience. Ce qu'elle en abandonne est d'ordinaire Teffet d'un consentement, par lequel ils s'affirment encore. Il est vrai cependant qu'ils s'affirment en proportion des changements qu'ont subi, par l'usage plus que par la loi, les principes constitutifs de la famille au XIX® siècle et selon la tendance à substituer la monarchie ou encore la république constitutionnelles à la monarchie de l'époux.

Ainsi, femmes ou hommes — c'est le droit naturel, — chacun peut entendre les leçons et choisir l'enseignement qui lui conviennent le mieux : leçons religieuses ou morales qui tombent de la bouche du prédicateur en chaire; leçons de science et de vérité qui préparent à Tusage de la méthode scientifique; leçons de goût et de critique distribuées dans les conférences; enseignement des doctrines et des opinions de toute nature. Longtemps ce droit a été limité par l'autorité, comme la faculté de choisir ses journaux et ses livres : il a fallu les lois du 30 juin 1881 et la loi plus récente de 1901 pour permettre aux auditoires et aux associations de se constituer librement et sans réserve. « Tout le monde est aujourd'hui d'accord pour reconnaître — et C'est là une conséquence naturelle .

de la liberté de penser, disait M. Waldeck- Rousseau — qu'il peut se fonder des associations et des réunions pour développer toutes les doctrines et toutes les théories. »

Mais bientôt, dans l'exercice général de ce droit, apparaît la nécessité d'une distinction que nous avons déjà faite entre Técole et renseignement. Elle sera fondée, non plus sur la qualité des matières enseignées, mais sar celle des élèves et particulièrement sur leur âge. Que devient le droit naturel de choisir son maître pour rindividu qui est encore enfant ou adolescent?

C'est un droit, évidemment contrarié par celte espèce de sommeil dans lequel germent, comme à l'aube de Thumanité ou chaque année dans la nature, les forces de vie, de raison et de liberté. Et alors il a paru, par une conséquence presque immédiate, que ce droit passait à la famille, dont Tinstinct et la tendresse entourent et protègent cette faiblesse, soutiennent et développent les progrèsdecetêtre frêle, de cette conscience endormie. « Qu'est-ce donc que l'enfant dans l'État? écrivait Ledru-Rollin. Est-ce un individu social? Non sans doute, car il n'est rien par lui-même. En opprimant le fils, c'est le père que vous oppri-

mez : car le fils n'est quelque chose que par son père : il vit et pense par lui *. » Par ce raisonnement, dont les prémisses trop rigoureuses me semblent fausses, la conclusion s'est imposée que tous les droits de l'enfant étaient provisoirement transportés au père, et que, outre ses propres droits, celui-ci avait un droit naturel à exercer ceux de ses fils.

Alors, la liberté d'enseignement, c'est-à-dire la liberté de choisir un maître s'est trouvée appuyée sur le droit des pères de famille. < Là, disait récemment un catholique, est l'argument fondamental ! ^ » Il paraissait tel à Ledru-Rollin et, bien avant lui, à Condorcet. Les écoles sont faites, en général, pour les adolescents : si en effet le père se trouve investi du droit naturel que Tenfant garde, à l'égal de tout homme, de choisir ses maîtres, l'école libre, librement instituée par des chefs de famille n'a pas de meilleur titre ^. Elle devient comme une association entre eux, comme une réunion où ils se groupent en vertu d'un droit naturel.

Eh bien ! il n'est pas vrai que l'enfant ne soit

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