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PARTIE II. LA RÉVOLUTION

comptant des protestants dans son sein et un très-grand nombre ,#incrédules, était compétente pour créer ou supprimer des sièges épiscopaux, pour décider du mode de nomination des évêques , et pour limiter les droits du souverain pontife à une simple suprématie d'honneur, et « à la faculté d’avertir ses collègues. » Camus vint à son secours, et parla en canoniste. Ils soutinrent à l’envi que les apôtres ayant été institués pour toute la chrétienté sans distinction de territoire, il en devait être de même de leurs- successeurs ; que la limitation des territoires était une simple affaire de police; que si Charlemagne, après la campagne de Saxe , Garloman, en 742 , Louis le Débonnaire, en 834 , avaient pu ériger des archevêchés, une Convention nationale ne pouvait manquer de compétence en pareille matière; que l’élection des évêques était l’ancienne coutume des chrétiens des Gaules, supprimée par les papes, rétablie par saint Louis , supprimée de nouveau, puis rétablie par l’ordonnance d ? Orléans, et enfin abolie en dernier lieu par l’ordonnance de Blois qui avait conféré au roi de France le droit de nommer aux évêchés. Pendant deux longues séances, on entendit invoquer les • conciles, citer saint Augustin et saint Jérôme; on put se croire transporté dans un concile national, ou tout au moins dans une assemblée du clergé.

La droite ne manqua pas d’en faire la remarque : « Vous vous transformez en concile, s’écria le curé de Roanne. Si vous invoquez les canons, il faut rétablir celui qui ordonne aux femmes de ne paraître en public que voilées, celui qui défend de manger le sang des animaux. Si vous faites un triage entre les canons, acceptant ceux-ci, rejetantceuxlà, vous vous constituez juges de la foi, vous faites une œuvre qui n’appartient qu’à l’Église universelle ou au pape qui la représente. L’Église, modifiée par vous dans sa discipline et dans l’administration de ses sacrements, ne sera plus l’Église catholique. Vous commencez un schisme, vous renouvelez l’œuvre de Luther ! »

L’Assemblée répondait par de violents murmures à cette argumentation sans réplique. D’un autre c§té, quelques membres du clergé gâtaient la force de cette position par leurs exagérations. Le curé Leclerc prétendait conserver à l’Église une action même temporelle ; il énumérait ainsi les droits qu’on devait lui conserver : a La législation, pour le bien général; la coaction, pour arrêter les infractions qui seraient faites à la loi; la juridiction, pour punir les coupables, et l’institution, pour instituer les pasteurs. » C’était jeter de l’huile sur le feu. Cette revendication explicite du droit de coaction arrachait à Camus ces paroles, où le fond de son âme se dévoilait : * « Nous sommes une Convention nationale, nous aurions assurément le droit de changer la religion; mais nous ne le ferons pas, ce serait un crime, etc. » Parler ainsi, c’était traiter le christianisme comme un établissement purement politique, l’accepter par convenance pour l’utilité qu'on en retirait, et s’arroger le droit de le modifier profondément pour l’accommoder aux vues gouvernementales de l’Assemblée. Sauf ce mot qui lui échappa, et qui ne fut pas compris, Camus se renferma, comme Treilhard, dans des subtilités de canoniste.

Mais il y avait dans l’Assemblée un homme qui n’avait rien à ménager, dont la politique était de pousser la logique à l’excès, et de subjuguer les esprits en les mettant brusquement en face des conséquences les plus dures : c’était Robespierre, alors assez peu connu, très-peu entouré. Au lieu de prétendre à l’orthodoxie, comme la majorité du comité ecclésiastique, il articula très-nettement que la religion était un service public, les prêtres des magistrats ; que l’Assemblée avait le droit de réformer la religion comme tout le reste ; que le peuple devait nommer les prêtres, et les salarier dans la proportion de leurs services. Il alla même jusqu’à demander le mariage des prêtres. Ce discours qui allait au fond des choses, et qui mettait à nu la véritable politique de l’Assemblée, fut écouté

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