‹ La liberté de conscienceChapitre 115 sur 269 · PARTIE II. LA RÉVOLUTION · texte numérisé non relu

PARTIE II. LA RÉVOLUTION

en un lieu de mascarade. Ces bandes interminables défilaient en poussant des cris et quelquefois au son des tambours et de la musique , tandis que le public des tribunes applaudissait à outrance, et que les membres de l’Assemblée rougissaient sur leurs bancs et courbaient la tête. Ils se sentaient impuissants devant ces orgies. Les démissions de prêtres, les lettres de prêtres annonçant leur mariage 1 devinrent si nombreuses, que l’Assemblée s’en débarrassa sur les municipalités. Danton ne pouvait pas dissimuler son dégoût. Par un contraste étrange avec ces dédains et cette secrète humiliation de l’Assemblée, les représentants en mission, plus mêlés au peuple et aux passions du peuple, se mettaient à la tête du mouvement anti-catholique. Ils présidaient eux-mêmes au pillage, et envoyaient par charretées à leurs collègues les dépouilles des sanctuaires, avec des lettres toutes pleines d’invectives contre la religion et les prêtres. La plupart de ces forcenés croyaient de boüne foi faire œuvre de patriotisme. Ils n’auraient pas compris le langage de la Convention, si la Convention avait osé leur prêcher le calme et la tolérance. L’histoire serait trop simple, et l’humanité serait trop belle si l’on pouvait s’arrêter du premier coup dans la raison. N’avons-nous pas vu cette même Assemblée constituante, où siégeaient tant de fermes esprits, hésiter, se troubler dans la question si simple de l’émancipation des protestants et des juifs?

Ainsi les protestants avaient obtenu de l'Assemblée l’égalité complète, mais par faveur; les catholiques avaient gardé le rang de religion d’État, ce qui constituait une iniquité pour les autres cultes, et, par les conditions imposées, équivalait pour les catholiques eux-

I 4 . Les évêques qui s’opposaient au mariage des prêtres, étaient condamnés à la dép rlalion (t 9 juillet 4 793). De quel droit, puisque les prê* très n’étant plus fonctionnaires (décret du 4 0 décembre 1792), l’autorité épiscopale était purement spirituelle ?

v mêmes à une persécution. Enfin les juifs étaient exclus de la jouissance des droits naturels de l’homme. On serait en droit de dire que l’Assemblée nationale ne connaissait pas la liberté de conscience. Les mêmes hommes qui ont presque renversé une monarchie séculaire, qui, dès les premiers jours de leur réunion, ont anéanti la féodalité, qui , dans la Déclaration des droits de l’homme , ont donné le Gode de la liberté et de la raison, ces sages, ces modérés, ces ennemis des préjugés et de la routine, mettent, sans hésiter, les juif» en dehors du droit. Pendant qu’ils refusent ainsi solennellement de consacrer le principe absolu de la liberté religieuse, quel philosophe ne revoit par la pensée ces champs de batailles où l’on s’égorgeait pour une idée, ces cirques romains où des légions venaient mourir pour la foi, ces bûchers, ces chevalets, tous ces instruments de torture, ces galères, où l’honneur, la probité, la conscience, étaient enchaînés, par ordre du roi, avec le rebut et l’horreur de l’espèce humaine? Hélas I l’évidence ne s’était pas faite encore après tant de siècles, après tant de larmes, tant de sang répandu, tant de nobles cœurs comprimés, tant d’hommes de génie morts à la peine, dans les cachots, dans l’exil, sur les bûchers ! Ce n’est qu’à la veille de se dissoudre, le 28 septembre 1791, que l’Assemblée prononça le décret suivant. J’en cite les termes, non sans tribfr sse. Ce décret de§ derniers jours semble arraché à l’Assemblée constituante. Duport, en le proposant, rappela que les musulmans jouissaient des droits politiques en France. Voici le décret ; je le rapproche à dessein de la consiitution civile du clergé, parce que ces deux actes, si différents en apparence, procèdent du même principe :

a L’Assemblée nationale, considérant que les conditions nécessaires pour être citoyen français et pour devenir citoyen actif sont fixées par la Constitution, et que » tout homme qui, réunissant lesdites conditions, prête le serment civique et s’engage à remplir tous les devoirs que

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