‹ La liberté de conscienceChapitre 146 sur 269 · TAHTIE II, LA RÉVOLUTION · texte numérisé non relu

TAHTIE II, LA RÉVOLUTION

pies et de briser toutes les cloches de Paris, n’hésite pas, quelques jours après, à concéder un édifice public, par arrondissement, pour la célébration du culte 4 . Il ne faudrait pas croire pour cela qu’on eût abjuré les rancunes : elles subsistaient tout entières ; mais on-ne se croyait plus en droit de prêcher l’athéisme et de proscrire absolument les religions. La Convention, avant de se séparer, ordonna l’exécution des lois de 1792 et 1795 contre les prêtres sujets à la déportation ou à la réclusion*. Le Directoire, en entrant en fonctions, interdit l’usage des cloches, et de toute autre convocation publique pour l’exercice d’un culte 8 . On ne sait si c’est par clémence qu’il autorisa les municipalités à délivrer des passe-ports à tous les prêtres français qui voudraient se retirer en Italie 4 . La loi du 19 fructidor an v, qui l’autorise à déporter les prêtres, et rétablit les lois sur la réclusion et la déportation des insermentés, abrogées le 7 précédent, fut sollicitée par ^ui. L’assemblée se rétracta sans trop de peine. Depuis longtemps, les rétractations et les contradictions en matière de culte ne lui coûtaient rien.

On avait beau maltraiter les prêtres, fermer les églises, fondre les cloches, multiplier tous les moyens pour commander ou persuader l’apostasie; le sentiment religieux est si fort qu’on en retrouve les manifestations à toutes les époques de la Révolution. Les innombrables lois dont les cultes sont l’objet prouvent à elles seules qu’on ne parvenait pas à l’extirper. J’ai montré que la Convention ne fut pas moins féconde sur cette matière que la Constituante et la Législative. Elle fit encore, le 7 vendémiaire an iv, très-peu de mois avant de se retirer, une nouvelle loi sur la police des cultes. Le 29 prairial an v, Camille Jordan déposait sur le bureau du Corps législatif un projet de loi sur le même sujet, et l’on sait qu’après le 18 bru-

prairial an ni. — 2. 3 brumaire an iv. — 0. 2 \ germinal an iv, 4. » vcnlôse an v.

maire, ce fut aussi une des plus pressantes préoccupations du premier consul. Il est évident que, par la faute du clergé, la religion avait été une des grandes causes de la Révolution, et qu'elle fut constamment un des grands embarras des pouvoirs révolutionnaires. Depuis 1789, le sentiment dominant dans la partie active de la population, dans celle qui fréquentait les clubs, fut la haine des prêtres; mais ce sentiment n’impliquait pas chez tous ceux qui l’éprouvaient l’abandon de la religion. Je ne parle pas de la population des campagnes, de celles de l’Ouest et du Midi principalement, où la religion catholique comptait un si grand nombre de fidèles, ni des guerres de Vendée, plutôt religieuses que politiques; mais dans les villes mêmes, à PariS, plusieurs parmi les plus violents ennemis des prêtres voulaient modifier la religion ou la changer, non la supprimer. Nous avons vu que la Constituante elle-même se fit une religion, qui était le catholicisme, moins ses abus. A une époque avancée de sa législature, et quand on pourrait croire qu’elle est honteuse et dégoûtée de l’Église constitutionnelle, elle assiste en corps à l’office divin. Sous la Convention, le gouvernement ayant voulu supprimer la célébration de la messe de minuit par des raisons de police, n’y parvint pas, il ne réussit qu’à provoquer une émeute. Même chose arriva pour la fête de sainte Geneviève, patronne de Paris ; il fallut ouvrir l’église; l’affluence fut si. considérable que des milliers de personnes restèrent en dehors. Qu’on ne croie pas que ces démonstrations fussent faites par des réactionnaires; les réactionnaires n’assistaient pas aux cérémonies de l’église constitutionnelle. Non, c’étaient des républicains qui, peut-être, au sortir de l’église, auraient provoqué dans leurs clubs de nouvelles rigueurs contre les prêtres réfractaires. L’athéisme avait un parti, mais restreint, et composé surtout de prêtres apostats. 11 eut un moment de faveur, parce qu’il parut le comble du radicalisme, et qu’il y a toujours, dans les révolutions,

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