‹ La liberté de conscienceChapitre 145 sur 269 · PARTIE II. LA RÉVOLUTION · texte numérisé non relu

PARTIE II. LA RÉVOLUTION

autre, d’abattre toutes les statues 1 ; un autre, de raser les clochers qui, par leur élévation, offensaient la vertu républicaine par excellence, la vertu de l’égalité 2 . Ainsi était consommée l’oppression des consciences.

La chute et la mort de Robespierre mirent fin à la terreur, en dépit peut-être des principaux promoteurs du 9 thermidor, qui avaient fait la guerre à l’homme, plutôt qu’au système. Il essayèrent plus d’une fois, sous la Convention, et jusque sous le Directoire, de rétablir par des moyens violents la domination de la Montagne ; mais c’en était fait : l’arme ne pouvait servir que dans les mains qui l’avaient forgée. La légalité, et par conséquent l’apaisement gagnèrent du terrain chaque jour. Les affaires religieuses s’en ressentirent : non qu’il y eût dans la Convention un retour au sentiment religieux; Robespierre, qui voulait une religion, avait été obligé de triompher de l’indifférence de ses collègues. Us votèrent, à sa voix, le culte de l’Être suprême, comme ils avaient voté le culte de la Raison, et approuvé, au moins pour un jour, l’athéisme d’Hébert et de Ghaumette. L’indifférence, après lui, fut complète. On fit, par indifférence, quelques pas vers la liberté. Un représentant en mission, ayant prononcé la déportation contre tout prêtre qui ne rapporterait pas ses lettres de prêtrise, la Convention annula cet arrêté 3 . C’est avec indifférence aussi qu’on entendit la motion de Cambon, qui proposait l’abolition complète du budget des

comme suspect; 4° que les comités révolutionnaires seront invités à surveiller de bien près tous les prêtres ; 5° qu’il sera fait une pétition à la Convention pour l’inviter à porter un décret qui exclue les prêtres de toute espèce de fondions publiques.... »

4. Séance de la Commune du 22 brumaire an n. Sur le réquisitoire du procureur de la Commune, le conseil arrête que l’on démolira tous les saints qui se trouvent au portail de la ci-devant métropole.

2. Commune de Paris, 22 brumaire an «. Sur la proposition d’un membre, le conseil arrête que le département sera invité à faire abattre . les clochers qui, par leur domination sur les autres édiüces, semblent contrarier les principes de l’égalité, a. 3 ventôse an in (février 4 795).

cultes. On ne vit dans cette mesure qu’une économie ; et vraiment, ce n’était plus autre chose. La Commune de Paris avait aboli tous les cultes, sans protestation de la part de la Convention. Toutes les églises avaient été fermées. L’Assemblée elle-même avait transformé l’église de Notre-Dame en temple de la Raison. Elle avait, depuis longtemps, ôté aux prêtres de l’Église constitutionnelle le titre de fonctionnaires publics. Elle avait créé, à la voix de Robespierre, une sorte de culte officiel de l’Être suprême, qui avait disparu, avec son pontife d’une journée, mais qui n’avait point été remplacé, et qui achevait de rompre tous les liens du pouvoir civil avec l’Église que la Constituante avait fondée. Depuis plusieurs mois, la Commune de Paris, et quelques membres très-violents de la Convention et des clubs, ne faisaient plus aucune distinction entre les prêtres assermentés et les prêtres réfractaires. Que signifiait, dans de telles circonstances-, un budget des cultes? Il était déjà abrogé par le fait. Il fut rayé du rôle des dépenses publiques le 20 septembre 1794.

Cependant, en supprimant le salaire, l’Assemblée ne supprima pas le clergé. C’est une des singularités de ce temps, si fécond en anomalies, que le clergé constitutionnel était persécuté dans son culte et dans ses personnes, renié et insulté dans la Convention, sanç qu’aucune loi eût prononcé sa destruction. Il y avait, jusque dans la Convention elle-même, des évêques, et à leur tête Grégoire, qui n’avaient abandonné ni leur foi, ni leur titre. Cette malheureuse Église, qui semblait anéantie, doublement foudroyée sous les anathèmes du pape et ceux de la révolution, reparut avec le calme. La Convention la laissa renaître comme elle l’avait laissée mourir. Elle publia, le 3 ventôse an ni (février 1795) une loi sur la liberté et la police des cultes, empreinte de cet esprit d’indifférence pour la doctrine et dé suspicion pour les personnes, qui avait surnagé aux passions violentes des premières années. Elle qui avait ordonné de vendre les tem-

Page 1