CHAPITRE I
Da la nature des ooncordats.
Avant de rendre compte du concordat de 1801 et de l’espèce de liberté religieuse qui en résulte, je dois parler des concordats antérieurs, et avant tout, expliquer ce que c'est qu’un concordat.
Il est naturel d’aimer et de chercher la vérité, et quand on l’a trouvée, de désirer la répandre et de s’irriter contre l’erreur. Ce besoin de propagande devient plus vif encore quand il s’agit d’une vérité morale et principalement d’une vérité religieuse.
ii y a deux moyens légitimes de répandre une vérité : la prouver ou la faire aimer ; propagande par la démonstration, propagande par la persuasion. De ces deux moyens, le premier est le plus régulier, le second est peut-être le plus fort; le premier est toujours honnête, le second l’est ou ne l’est pas, selon la nature des procédés employés : en effet, on peut faire aimer une doctrine en montrant qu’elle est pure ou en montrant qu’elle est profitable.
IL y a une troisième sorte de propagande, et celle-là est toujours criminelle; c’est celle qui a recours à la force. Cette sorte de propagande est proprement ce qui constitue l’intolérance.
L’intolérance peut être exercée au nom de l’erreur, et même de l’erreur connue pour telle par l’intolérant ; elle peut procéder par la violence directe ou par la violence indirecte ; par exemple, un proconsul dit à un chrétien ; Tu adoreras Jupiter, ou tu mourras; un inquisiteur dit à un juif : Tu confesseras Jésus-Christ, ou tu mourras; voilà la violence directe : Louis XIV remet leurs dettes aux nouveaux convertis, il les exempte de loger les gens de guerre, voilà la violence indirecte. On arrive quelquefois par la violence indirecte, à inculquer une croyance; parla violence directe, on n’agit que sur la volonté, on n’obtient qu’une adhésion extérieure, réprouvée par la conscience de celui qui s’y soumet. Ces diverses formes de l’intolérance peuvent en augmenter ou en atténuer l’horreur : mais le crime de l’intolérance consiste essentiellement dans l’action d’employer la force, ou plus généralement l’autorité, comme moyen de propagande.
La liberté étant le propre caractère de la philosophie, toute doctrine propagée par la force est nécessairement une doctrine religieuse. Je ne parie pas ici de l’intolérance privée, par exemple, des abus d’autorité ou de force commis par un père, un mari, un maître; car l’intolérance privée n’est exercée impunément que dans les pays où règne l’intolérance publique. L’intolérance publique n’est autre chose qu’une organisation vicieuse des rapports de la religion et de l’État. Or, sur les rapports de la religion et de l’État, trois systèmes sont en présence : le système des religions d’Ëtat, celui de l’indépendance absolue, et celui des concordats.
Il convient de faire une classe à part pour l’Angleterre, qui professe la liberté des cultes tout en donnant à l’Église établie une existence officielle. Ce système bâtard ne peut