‹ La liberté de conscienceChapitre 150 sur 269 · PARTIE III. LES CONCORDATS · texte numérisé non relu

PARTIE III. LES CONCORDATS

être expliqué que par les habitudes d’un peuple qui améliore sans cesse ses lois en les réformant, jamais en les supprimant. La religion d’État s’est conservée en Angleterre, parce que tout s’y conserve ; et la liberté s’y est établie, parce que toute liberté finit par s’y établir. L’antagonisme de l’Église officielle et des Églises dissidentes, les luttes qu’il a fallu soutenir pour ôter à la religion de l’État sa prépondérance, et les dangers que ces luttes ont suscités, sont une preuve irréfragable de la nécessité de l'imité et de la logique dans la législation d’un peuple. Aujourd'hui l’Église établie n’a plus, comme religion d’État, qu’une existence nominale. Sa situation rappelle celle de la République française dont Napoléon I er , empereur, inscrivait lè nom en tête de tous les actes de l’autorité publique. Grâce aux progrès de toutes les libertés, la religion d’Ètat en Angleterre, n’est plus qu’un budget et une formule. C’est pourquoi je ne tiendrai aucun compte, dans ce qui va suivre, de cette situation anormale.

Cette réserve faite, il va sans dire que je repousse péremptoirement le système des religions d’Ëtat, qui est la négation même, ou plutôt la proscription de la liberté de penser. Soit qu’on subordonne F État à la religion, comme dans le gouvernement théocratique de Rome, ou la religion à l’État comme en Russie, ou qu'on essaye, comme autrefois en France par l’établissement des libertés de l’Église gallicane 1 , de limiter et de contenir le pouvoir spirituel, une religion d’État est la forme la plus complète

et la plus absolue du despotisme. En toute autre matière,

4 . On lit dans le préambule de l’Edit pnur la promulgation do la Déclaration de 4 082 : « Bien que l’indépendance de notre couronne do toute autre puissance que de Dieu soit une vérité certaine et incontestable, et établie sur les propres paroles de Jésus-Christ, nous n’avons pas laissé de recevoir avec plaisir la Déclaration que les députés du clergé de France, assemblés par notre permission en notre bonne ville de Paris , nous ont présentée, contenant leurs sentiments touchant la puissance ecclésiastique, etc. »

le despotisme ne s’étend que sur les actions : celui-ci envahit jusqu'à la pensée;, son but est d’enchaîner les âmes en même temps que les corps. Il peut être modéré dans application, tout comme un tyran peut être paternel : ce sont d’heureux hasards, qui n’ôtent rien à l’odieux du principe, et sur la foi desquels ni la philosophie ni les peuples ne peuvent s’endormir. La religion d’État écartée, restent donc le régime de l’indépendance absolue, et celui des concordats.

Le Concordat est un traité d’alliance entre le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel, par lequel le pouvoir temporel accorde au pouvoir spirituel de l’argent, de l’autorité et des immunités, à condition de lui imposer certaines restrictions et d’en obtenir certains services. Dans ces sortes de contrats, on sacrifie des deux côtés la liberté : le pouvoir spirituel sacrifie un peu de la sienne dans l’espoir de diminuer dans une plus forte proportion celle des autres; et le pouvoir temporel sacrifie la liberté commune afin de créer une force nouvelle en dehors de iui, mais à son profit.

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