PARTIE III. LES CONCORDATS
gements qui arrivèrent alors, principalement dans la discipline, se firent contre mon inclination et ma façon de penser. Simple agent d’un gouvernement qui ne se souciait en aucune sorte de la religion catholique , je ne pus alors empêcher tous les désordres qu’il voulait exciter à tout prix b dessein de la renverser. Actuellement que je suis muni d’un plein pouvoir, je suis décidé à mettre en œuvre tous les moyens que je croirai les plus convenables pour assurer et garantir cette religion.... La France, instruite par ses malheurs, a ouvert enfin les yeux; elle a reconnu que la religion catholique était comme une ancre qui pouvait seule la fixer dans ses agitations et la sauver des efforts de la tempête, elle l’a en conséquence rappelée dans son sein. Je ne puis disconvenir que j’ai heaucoup contribué à cette belle œuvre. Je vous certifie qu’on a rouvert les églises en France, que la religion catholique y reprend son ancien éclat et que le peuple voit avec respect ses anciens pasteurs qui reviennent pleins de zèle au milieu de leurs troupeaux abandonnés.... Quand je pourrai m’aboucher avec le nouveau pape 1 , j’espère que j’aurai le bonheur de lever tous les obstacles qui pourraient s’opposer encore à l’entière réconciliation de la France avec le chef de l’Église.... J’approuverai qu’on fasse part au public, par la vqie de l’impression, des sentiments qui m’animent, afin que ipes dispositions soient connues, nonseulement en Italie et en France, mais encore dans toute l’Europe 2 . »
Il partit après ce discours pour aller battre Mêlas. Revenu à Milaq, il assista quatre jours après Marengo au Te Deum chanté par le clergé italien pour célébrer cette victoire. Il écrivit aux consuls: « Aujourd’hui (18 juin) malgré ce qu’en ppurront dire uns athées de Paris, je vais
4. Le cardinal Chiararaonli, élu pape à Venise, sons le nom de Pie VU, le 4 4 mars 4 800.
2 . Correspondance de l’empereur Napoléon I er (t. VI, p. 339 sqq).
en grande cérémonie au Te Deum qu’on chante à la cathédrale de Milan 4 . »
Ce discours et cet acte encore plus significatif avaient un triple but : augmenter en France la force du premier consul, rassurer les populations dont le succès de ses armes le rendait maître, avertir le nouveau pape de la révolution religieuse qui se préparait. Même après ces manifestations éclatantes, la cour de Rome, attentive à tous les actes du premier consul, demeura inactive. Ce fut lui qui, sans recourir aux voies ordinaires de la diplomatie, fit savoir h Pie VII qu’il désirait entrer en pourparlers pour la conclusion d’un concordat. Il désigna même Mgr Spina, qu’il avait entrevu à Verceil, comme un agent qui lui serait agréable, et fixa Turin pour lieu de l’entrevue. Spina se mit en route aussitôt, mais arrivé à Turin, il n’y trouva que l’invitation de suivre le premier consul déjà parti pour Paris. C’est ainsi que le pape eut l’air de faire les premiers pas et de demander à Bonaparte ce que celui-ci était résolu à lui donner, mais en dictant ses conditions.
Mgr Spina arriva vers le milieu de juillet à Paris et fut mis en rapport avec trois membres du conseil d’État, Portalis, Crétet et Bigot de Préameneu, et un ecclésiastique, l’abbé Bernier, curé Vendéen, dont l’habileté plus que mondaine était connue du premier consul, qui l’en récompensa plus tard par l’évêché d’Orléans. De son côté, le gouvernement français envoya à Rome un ancien commis des affaires étrangères sous Louis XVI, qui avait joué un certain rôle sous la République, M. Gacault. « Traitez avec le pape, lui dit le premier consul, comme s’il avait deux cent mille hommes à ses ordres. » L’éloquence de Bonaparte, comme sa conduite, procédait par bonds, mais ces excès apparents ne sont là que pour dissimuler un chemin très-uni et une volonté parfaitement sûre de son but et de ses moyens. Très-peu de temps