Revue des Deux- Mondes, 4 ,r mai 4 8G5, p
d'une église séparée, se faire pape, c'était tout simplement impossible. Youlait-on qu’il se rendît odieux comme Robespierre, ou ridicule comme La Réveillère-Lepeaux? Protestantiser la France? On en parlait bien aisément. Tout n'était pas possible en France, quoi qu’on dît* et luimême ne pouvait rien que dans le sens de ses aspirations véritables. Le catholicisme était la vieille religioh du pays. Une moitié de la France au moins resterait catholique et l’on aurait des querelles et des déchirements interminables. Il fallait une religion au peuple ; il fallait que celte religion fût dans la main du gouvernement . » Le premier consul concluait qu'il fallait faire un arrangement avec le pape, à la condition de rester maître sotiverain du clergé. « On déporte les prêtres qui ne se soumettent pas, et l'on défère aux supérieurs ceux qui prêchent contre le gouvernement. Après tout, ajoutait-il, les gens éclairés ne se soulèveront pas contre le catholicisme; ils sont indifférents 1 . »
L'arrangement fut donc convenu, après de nombreux pourparlers, dans lesquels Gonsalvi obtint des commissaires quelques concessions assez importantes. La signature devait avoir lieu, le 13 juillet, chez Joseph Bonaparte. L'abbé Bemier vint chercher le cardinal à quatre heures. « Nous en finirons dans un quart d'heure, lui dit-il, n’ayant rien autre chose à faire qu'à donner six signatures, lesquelles, y compris les félicitations, ne demanderont pas un temps si long. » Mais quand l'abbé Bernier déploya le
4 . Le premier consul donna des instructions très-précises aux négociateurs. Le passage suivant indique très-nettement qu’en faisant le concordat il n’entendait pas se livrer à la cour de Home : « Les Français, dit-il, veulent le retour de la religion avec l’intégrité de ses dogmes et la légitimité de son sacerdoce, mais ils entendent conserver leurs anciennes libertés; ils veulent rester dans les termes des écrits et des déclarations du clergé de France, de l’ouvrage en défense de Bossuet, du quatorzième discours de Fleury. Ces ouvrages doivent être regardés comine des instructions dont il n’est pas permis de s’écarter.
a Le culte catholique sera en France une faculté, un droit social, mais non pas une puissance; le gouvernement ne veut donner au culte çalhoque qu’une existence sociale sans aucune prééminence, »