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PARTIE III. LES CONCORDATS

papier qu’il tenait à la main, et tendit la plume au cardinal pour signer le premier, celui-ci, en jetant les yeux sur les articles* s’aperçut qu’on lui présentait le premier projet des commissaires français, sans tenir compte des concessions faites. On devine son indignation. Il consentit pourtant* sur les instances de Joseph Bonaparte, à ouvrir sur place une nouvelle négociation* qui dura, sans désemparer, dix-neuf heures. On se mit d’accord sur tous les points, un seul excepté, le premier (la police du culte) ; sur lequel Oonsàlvi fut inflexible. A une heure de l’après-midi, le 14, Joseph sortit pour aller soumettre ce résultât au terrible consul. Il revint tout pâle de la colère qu’il avait affrontée* apportant une déclaration de rupture. Toutes les instances des commissaires échouèrent devant la résolution de Consalvi, inflexible ce jour-là, parce qu’il y allait de sa conscience. « J’éprouvais les angoisses de la mort, nous dit- il dans ses Mémoires , mais mon devoir l’emporta, et avec l’aide du ciel je ne le trahis point. »

Il dut se rendre, quelques heures après, aux Tuileries, pour assister à un banquet de trois cents couverts, offert par les consuls en mémoire de la prise de la Bastille (on était au 14 juillet). « Vous avez voulu rompre, s’écria en le voyant le premier consul. Soit* je n’ai pas besoin de Rome; je n’ai pas besoin du pape. Si Henri VIII, qui n’avait pas la vingtième partie de ma puissance, a su changer la religion de son pays, bien plus le saurais-je faire et le pourrais-je, moi! En changeant la religion, je la changerai dans presque toute l’Europe, partout où s’étend l’influence de mon pouvoir. Rome s’apercevra des pertes qu’elle aura faites. Elle les pleurera, mais il n’y aura plus de remède. Vous pouvez partir : c’est ce qu’il yous reste de mieux à faire. Vous avez voulu rompre : eh bien, soit, puisque vous l’avez voulu. Quand partez-vous?... — Après dîner, général. »

On était à deux de jeu, et chacun menaçait son adversaire d’une rupture, sachant, ou espérant du moins, qu’il

ne la voulait pas. Les discussions reprirent le lendemain; on fit une cote mal taillée, et le premier consul, qui réservait à la cour de Rome une surprise douloureuse, accepta.

Le concordat fut signé, sauf ratification ; la nouvelle en fut rendue publique, et le silence fut, du même coup, imposé aux journaux. « Cette recommandation adressée aux journalistes était, aux yeux du premier consul, comme le post-scriptum indispensable du concordat. Après avoir rétabli Tordre, il prescrivait maintenant le silence 1 . »

Pour rétablir en France la publicité du culte catholique, le premier consul avait de grands obstacles à vaincre : d’abord les athées, et tous ceux qui, en haine du passé, voulaient répondre à la domination par l’oppression ; le nombre en était grand, non-seulement dans les anciens jacobins, mais à Farinée, dans la nouvelle cour et jusque dans la famille Bonaparte 2 ; puis les politiques, qui regardaient comme une chimère la supposition d’un clergé obéissant. A Rome, il fallait triompher de ceux qui pensaient qu’on peut difficilement changer la discipline sans changer le dogme, et de ceux mêmes qui, sans pousser si loin leurs terreurs, croyaient toutes les traditions compromises, si l’on touchait à d’anciennes traditions même en matière de discipline. Le premier consul ne réclamait pas seulement, pour lui et ses successeurs, les droits de nomination, de discipline, qui appartenaient aux •

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