PARTIE III. LES CONCORDATS
lites; c’était une violation de la justice, parce que le budget des autres cultes était pris sur le fonds commun, et payé en partie par les juifs. La situation de l’Irlande n’est-elle pas analogue? En Angleterre, il est vrai, le catholicisme est la religion de la minorité; ce n’est pas une raison pour qu’il soit asservi. Il est libre, dit-on? Il ne l’est pas, ou du moins il ne l’est pas complètement. Je sais bien que l’acte de distinction et corporation (test and corporation act ), qui remonte au règne de Charles II et qui excluait les presbytériens et les catholiques de tous les emplois civils et militaires, a été abrogé en 1828, qu’un bill célèbre, appelé bill d’émancipation, a été promulgué en 1829, et qu’en 1830, les dernières incapacités qui frappaient les catholiques ayant été levées, ils ont pu entrer dans le parlement. Cependant il y a des restrictions à cette tardive liberté. D’abord l’Église établie a scwi banc des évêques à la chambre haute, ce qui lui assure une influence considérable dans la politique du pays 1 ; secondement, jusqu’à ces derniers temps, les catholiques, en prenant possession de leur siège prêtaient un serment spécial dicté par la défiance la plus manifeste, et par conséquent honteux pour des hommes de cœur 2 . Ils s’engageaient à ne reconnaître la juridiction spirituelle ou ecclésiastique d’aucun prince étranger, et à ne point profiter des privilèges que l’acte d’émancipation leur confère, pour troubler ou affaiblir la religion protestante et le gouvernement protestant du Royaume-Uni. En 1859, M. Deasy proposa qu’à ces mots : « juridiction spirituelle ou ecclésiastique», on substituât ceux-ci : «juridiction temporelle ou civile, » et cette proposition fut rejetée par 373 voix contre 83;
4. Les membres du clergé anglican sont exclus, comme les membres du clergé catholique, de la chambre des communes ; mais leurs évêques sont pairs du Royaume-Uni.
2. Au mois d’avril 4 856, M. Ilulchins, membre des communes pour Lewingston, et qui, dans l’intervalle des sessions , avait quitté l’Église protestante pour l’Église catholique, a dû prêter une seconde fois serment en sa nouvelle oualité et d’après la formule dressée en 4 830.
c’est seulement par la loi du 30 avril 1866 1 que Ton a imposé à tous les députés un serment uniforme de fidélité à la reine et à la succession hanovrienne. Enfin, les catholiques romains demeurent exclus des fonctions de tuteurs du souverain, de celles de régent du royaume, de lord chancelier, de garde des sceaux d’Angleterre et d’Irlande, de juges de sessions, de lord lieutenant d’Irlande, de haut commissaire près l’assemblée générale de l’Église d’Ecosse, de membre ou professeur des universités anglaises. Un prince du sang qui se convertit perd ses droits à la couronne. Une telle liberté n’est pas la liberté. Ceux qui possèdent cette liberté spécifiée et restreinte semblent moins user d’un droit que jouir d’une faveur. Rappelez- vous ce qui s’est passé il y a quelques années, lorsque le pape a nommé un archevêque de Westminster, un évêque de Limerick. Il n’y avait eu jusque-là en Angleterre que des envoyés apostoliques, évêques in partibus, qui exerçaient les fonctions épiscopales, mais sans porter des titres d’évêchés anglais. C’est dans la circonscription en quelque sorte officielle et publique des diocèses, et dans la désignation des évêques par le nom de leurs évêchés, que les protestants ont cru voir un attentat aux droits de la reine. Non-seulement toute l’Angleterre a été soulevée d’indignation contre ce qu’on a appelé l’agression papale ; mais un bill a été proposé, une loi a été faite, qui condamne à cent livres d’amende quiconque prendra le titre d’un des évêchés catholiques fondés par le pape en Angleterre. Cependant qu’est-ce que le le catholicisme sans le pape et les évêques ? Défendre aux catholiques d’avoir des évêques et de reconnaître l’autorité spirituelle du pape, c’est leur défendre d’être catholiques, c’est leur ôter la liberté de conscience. Si donc il leur faut des évêques, qui les leur donnera? Le pape, apparemment, à moins que ce ne soient les ministres protestants de la reine. Le gouvernement anglais aurait-il mieux
* . 29 Victoria, cbap. xix.