PARTIE III. LES CONCORDATS
aimé une élection ? Le choix entre la nomination papale et Télection par les fidèles ne peut pas regarder le gouvernement, puisque c'est une affaire de discipline intérieure dans laquelle l’Église est seule compétente. On comprend très-bien qu’un souverain étranger distribuant des titres et conférant une autorité spirituelle constitue un embarras pour le gouvernement de la reine; mais alors il faut se prononcer nettement, car ces inconvénients sont inhérents au catholicisme, et on est réduit à les subir, ou à exclure l'exercice de la religion catholique, et par conséquent à rejeter le principe de la liberté de conscience. Si l’on reproche au pape, non d’avoir nommé des évêques, mais de les avoir nommés sans le concours du gouvernement, qu’on nous dise au moins si le gouvernement était prêt à accorder ce concours. Est-ce là ce qu’on dit? En aucune façon. D’ailleurs, comment pourrait-on réclamer, ou comment pourrait-on expliquer le concours du gouvernement? Ce concours existe en France, en vertu du Concordat; mais en vertu du Concordat, l’Église française est liée au gouvernement français ; elle reçoit de lui un budget considérable, des édifices d’une valeur très-importante, des secours et des subventions de toute nature, une protection spéciale pour son clergé, pour ses cérémonies. * Les concordats ne sont pas une question de droit, une question de conscience; ils appartiennent exclusivement à la politique et à la diplomatie. La vérité est qu’en Angleterre l’Église établie ne domine pas seulement dans les lois, mais encore dans les esprits, et que cette Eglise n’est pas tolérante. Ce qui s’est passé assez récemment à propos du collège de Maynooth en est encore une preuve. S Malgré le bill d’émancipation religieuse, qui restera comme un des titres d’honneur de l'administration de Sifÿ . Robert Peel, l’Irlande se plaignait de n’avoir pas d’uni- * versité. Les grandes universités anglaises sont, comme on sait, essentiellement protestantes. Etait-il juste que, dans le Royaume-Uni, les protestants possédassent en
Angleterre les deux célèbres universités d’Oxford et de Cambridge, et en Irlande même, celle de Dublin, tandis que les catholiques n'avaient que l’obscure université de Stonyhurst, dans le comté de Lancastre 1 ? L'Irlande n'avait même pas un séminaire, et le clergé romain y était réduit à envoyer ses jeunes lévites en France et en Belgique pour terminer leur éducation. On crut obéir à un devoir strict et donner au bill d’émancipation son développement normal, en accordant au collège de Saint- Patrick, fondé à Maynooth en 1795 par le parlement irlandais pour le recrutement du clergé catholique, et qui, depuis ce temps, recevait annuellement une subvention de 8 à 9000 livres, une dotation perpétuelle de 26 360 livres. Cette allocation considérable, qui faisait du collège de Maynooth une institution publique, fut votée en 1845. On apprendra sans étonnement qu'elle ne fut pas bien accueillie par tous les catholiques. Les puritains du parti affectèrent de la regarder comme une sorte de pacte entre l'Église romaine et l'Église établie ; ils virent avec douleur les archevêques d'Armagh, de Dublin, de Gashel et de Tuam, accepter avec d’autres membres du clergé romain le titre et les fonctions d’administrateurs. Pour recevoir de bonne grâce la riche dotation qu'on leur offrait, ils auraient voulu qu’on leur donnât en même temps la liberté tout entière ; et c’est ce que l’État ne donne jamais, en aucun pays, quand il paye. D'un autre côté, les protestants zélés regardaient cette adoption par l’État d'une institution éminemment catholique comme une véritable apostasie. Ils n’avaient supporté qu'en frémissant le bill d’émancipation qui ouvrait aux catholiques les carrières militaires et civiles; mais enfin ce bill d’émancipation ne faisait autre chose que lever l'interdiction
4. Aujourd’hui les catholiques peuvent suivre les cours et prendre le grade de bachelier ès arts dans toutes les universités anglaises (maître ès arts à Cambridge). Mais ils ne peuvent être ni maître ès arts, ni professeur, ni fellow à Oxford.