PARTIE IV. CONCLUSION GÉNÉRALE
en matière de liberté des cultes. On écrirait dans la Constitution que tous les cultes sont libres, qu'ils ont tous des droits égaux et qu’ils ne sont assujettis qu’à l'observation des lois communes. Non-seulement l’État n’accorderait à aucun d’eux aucune prédominance, mais il ne leur donnerait ni budget, ni temple, ni aucun autre concours que la garantie qu’il doit à tout exercice de la liberté. Il ne serait pas athée pour cela, car il y a une religion naturelle formée des dogmes communs à toutes les religions, et sans laquelle il ne saurait y avoir ni société ni morale; mais il se tiendrait dans une impartialité absolue à l’égard des différents cultes positifs.
Malheureusement c’est là de la philosophie de table rase, ce n’est pas de la philosophie pratique, et surtout ce n’est pas de la législation. Nous sommes faits pour aimer la simplicité* et pour vivre toujours dans les complications. La société humaine vient de loin; on ne peut nier ni le pouvoir de l’éducation, ni celui des mœurs, ni la force des traditions, ni la presque toute-puissante tyrannie des habitudes. C’est une œuvre excellente de chercher à simplifier le mécanisme qui fait mouvoir toute cette grande machine : mais il ne faut pas non plus s’exagérer la puissance d’un ressort au point de lui sacrifier tous les autres. Or il y a trois sources de complications dans la législation des cultes : la première tient aux conditions matérielles d’existence de chacun d’eux, la seconde aux rapports nécessaires des cultes avec les circonstances principales de la vie, et la troisième à la nature du dogme et à l’organisation de la hiérarchie dans chaque Église. Parcourons rapidement ces trois ordres de difficultés.
1. Voici d’abord la question des édifices religieux, qui est fort grave. Dans l’état actuel de notre société, avec la division des fortunes, l’habitude de jour en jour plus générale de jeter ses capitaux dans l’industrie, l’indifférence subsistante en matière de religion, le manque absolu d’esprit d’association et d’initialive entretenu par la cen-
tralisation absolue de tous les pouvoirs, il y a tout lieu de craindre qu’on n’arrive pas sans le secours du gouvernement à construire des édifices religieux convenables et à les entretenir dignement. D’ailleurs, que fera-t-on de tous les édifices religieux actuellement construits? S’ils rentrent dans les mains de l’État, il sera obligé de les raser ou de les vendre. Les raser, c’est de la démence; les mettre aux enchères, c’est une profanation et une source d’impossibilités. On l’a assez vu en 1791 4 , et même en 1795, malgré les dispositions du décret du 11 prairial, inspiré par une pensée de conciliation et de tolérance *. Ainsi, de ce côté, il y a des difficultés et des embarras de toutes parts.
2. Quant à la suppression du budget des cultes, ce n’est pas certes une mesure à laquelle on puisse se déterminer légèrement.
4. Séance de l’Àssemblé législative du 24 novembre 4794. Discours de Guadet : «... Ici une municipalité croit ne pouvoir pas s’opposer à l’exercice d’un culte, comme effectivement elle n’en a pas le droit d’après les décrets. S’il lui reste un bâtiment national, elle croit devoir l’affermer ou le vendre à une association religieuse. Là une administration supérieure croit au contraire qu’il est d’une sage politique de suspendre l’application des principes.... »