PARTIE IV. CONCLUSION GÉNÉRALE
cèse, et que les évêques doivent l’obéissance filiale au pape. Telle est dans sa simplicité cette puissante organisation. Le pape donne un ordre aux évêques; les évêques le transmettent aux prêtres : il n’y a ni objection ni récalcitrants; toute Tannée du clergé catholique fonctionne dans le monde entier comme un seul homme. Je prends ici les choses très en gros ; il est évident que cette obéissance absolue n’existe que pour les matières spirituelles, et que, même dans ce cas, tant qu’on n’aura pas proclamé l’infaillibilité du pape, ses décisions, lorsqu’il s’agit de l’établissement ou de la définition d’un dogme, ont besoin d’être acceptées par un concile ou par la majorité des évêques, pour devenir obligatoires. Mais quand même les théologiens disputeraient sur la matière et la limite de l’obéissance, personne ne peut nier la force et l’étendue du pouvoir du pape sur tout le corps ecclésiastique, et le pouvoir des évêques sur le clergé de leurs diocèses. Quand on dit que c’est une armée parfaitement disciplinée, on se sert d’une image très-incomplète, car il n’y a jamais eu d’armée où le commandement eût tant d’unité et de force. Les dissentiments même qui se produisent prouvent l’énergie du pouvoir central de l’Église, puisque, aussitôt que la cour de Rome a prononcé, tout le monde se soumet et se range.
Les con^quences civiles d’une telle organisation abondent. En France, par exemple, il y a de quarante à cinquante mille prêtres. Voilà un corps qui a des intérêts communs, et les mêmes intérêts pour tous ses membres dans toute Fétendue du pays. Il a des chefs parfaitement unis entre eux, fort indépendants du pouvoir civil par leur caractère et leur inamovibilité, et tout-puissants sur leur clergé par le serment d’obéissance et par la faculté de suspendre ou de retirer les pouvoirs. Ce clergé a une solidarité étroite avec le clergé de tous les autres pays, et il est dans la dépendance complète du chef commun des
fidèles qui réside à Rome dans ses propres États. Que le pape ordonne au clergé français de refuser la bénédiction de l’Église aux mariages mixtes, ou de mettre des conditions à la présence des aumôniers dans les collèges, ou de réclamer par tous les moyens en son pouvoir, par la presse, par la prédication, par la confession, par les mandements épiscopaux, l'abolition de la liberté de conscience, que fera le clergé? Obéira-t-il? Je le crois. Que fera l’État?
Je sais bien ce qu’on peut répondre : le pape ne fera pas cela, pour deux raisons ; d’abord parce qu’il est sage, et ensuite parce qu’il y a un concordat entre Rome et la France.
Mais tout en rendant hommage à la sagesse et à l’habileté de la cour de Rome, je puis bien dire, parce que cela est évident (et tous les catholiques le diront avec moi), que la situation des affaires ecclésiastiques en France n’est pas absolument telle que la souhaiteraient les ultramontains. Je n’exagère rien en disant que les propositions de 1682 leur paraissent bien près d’être une hérésie. Le pape vient de signer, il y a quelques années, un concordat avec l’Autriche : peut-on douter qu’il n’en désire un pareil en France? Plus récemment encore, dans une allocution sur les affaires ecclésiastiques du Mexique, le pape n’a pas paru très-favorable « aux grands principes de 1789.» Bornons-nous à cela ; et ne parlons pas des colères provoquées avant la guerre d’Italie, par la sécularisation des communautés en Piémont et en Espagne.
Qu’y a-t-il donc entre la France et une situation équivalente à celle qui a été faite à l’Autriche ? Une seule barrière; le concordat de 1801. Il reste encore autre chose ; c’est la volonté de la France de ne pas souffrir certaines agressions. Cette volonté ne peut être mise en doute; on . luttera donc, mais il faudra lutter chaque jour. Je veux bien croire aussi qu’on luttera avec succès ; mais cette guerre, dans laquelle on est sûr d’avance de ne pouvoir être vaincu, n’en est pas moins très-déplorable en elle-