PARTIE IV. CONCLUSION GÉNÉRALE
absolue la liberté d’enseignement, c’est la réclamer pour toutes les écoles et pour toutes les doctrines ; et réclamer la liberté des cultes, c’est la réclamer pour tous les cultes, f Le clergé catholique , demandant l’établissement d’une liberté à laquelle les juifs et les protestants auraient eu autant de droits que lui, ne paraissait pas dans son rôle; et l’on peut dire au moins que cette situation qu’il avait prise contrastait étrangement avec le maintien de l’inquisition dans les États Romains.
Mais veut-on savoir pourquoi le clergé demandait la liberté? c’est qu’il savait que, par la force des choses , il en profiterait seul. Tant que l’esprit d’association ne sera pas né en France, toutes les fois que le clergé sera libre d’agir, il écrasera toute concurrence privée et luttera contre l’État à chances égales. En veut-on la démonstration? elle vaut la peine d’être faite, parce que la même difficulté se présentera toujours partout où le catholicisme sera en majorité et où l’esprit d’association fera défaut. D’abord il y a en France cinquante mille prêtres; ainsi le clergé ne manquera jamais de professeurs. Acheter ou
mais de pousser le gouvernement et les Chambres à la faire. Mgr Parisis n’hésitait pas du reste à regarder comme mauvaises et pernicieuses la liberté des cultes, la liberté de la presse et la liberté de l’enseignement. Il disait de la liberté de la presse « qu’elle avait produit d’horribles ravages, » p. 4 26, et il l’appelait, avec l’ Encyclique de 4 832, « deterrima ilia, « ac nunquam salis exsecranda et detestabilis libertas artis librariæ. » Mais il établissait que la presse dominante et l’enseignement de l’État étaient pernicieux; et il en concluait qu’il fallait demander la liberté, pour enseigner aussi le bien, puisqu’on enseignait déjà le mal. a Supposons une société où tous les enfants soient élevés par des maîtres consciencieux et capables , quel serait l’homme assez pervers, assez extravagan* pour proposer d’établir un système qni donnerait aux individus sans conscience et sans principes le droit de former l’enfance et d’instruire la jeunesse? » P. 4 47. — Mgr le cardinal Gousset s’exprime ainsi à l’égard de la liberté delà presse, dans sa Théologie morale , t. I, p. 274 ; a Quelle que soit la forme d’un gouvernement, les législateurs pèchent en faisant des lois contraires aux lois de la religion et de l’Église; en tolérant la publication, soit des livres impies qui tendent à saper les fondements de toute révélation, soit des productions immorales, » etc.
construire une maison, ce n’est rien pour lui, avec les ressources dont il dispose. 11 trouve, quand il le veut, des bienfaiteurs; si l’argent lui manque, il ouvre une quête. Aussitôt l’école fondée, elle a pour patrons tout le clergé et la plupart des catholiques fervents. Et qu’est-ce que le clergé? un nombre incalculable de prédicateurs, de confesseurs, de directeurs de conscience. L’État, avec toutes ses forces, et l’évidente supériorité de ses méthodes et de ses professeurs, n’est pas de trop pour lutter contre une situation pareille. Que pourrait faire un citoyen, dans son isolement, avec ses ressources nécessairement restreintes? Quant à fonder une vaste association laïque, il ne faut pas y songer: ce n’est ni dans nos mœurs, ni dans le génie de nos institutions. Ajoutons même, pour ne pas omettre ce détail d’un ordre inférieur, que le célibat des ecclésiastiques, en permettant aux écoles catholiques de rétribuer moins chèrement leurs maîtres, leur assure les avantages de la concurrence matérielle contre leurs rivales. Que voulait donc en réalité le clergé? Oter à l’État un monopole de droit, et prendre pour lui-même un monopole de fait.
Voilà l’explication de cette contradiction dont nous avons été témoins pendant dix ans, lorsque les libéraux défendaient le monopole universitaire, et que les catholiques réclamaient la liberté d’enseignement. La même anomalie se rencontre dans tous les pays catholiques. En Belgique, par exemple, le clergé demande aussi la liberté absolue d’enseignement, et dans la question d’assistance publique, ce sont les libéraux qui veulent centraliser la perception et l’administration des secours dans les mains du gouvernement, et ce sont les catholiques qui réclament l’initiative des individus et les droits de la charité privée. Les positions se trouvent ainsi déplacées par le fait de la constitution du clergé catholique en association autorisée, et presque toute-puissante. Pour moi qui regarde la liberté d’association comme un droit, je la réclamerais au besoin pour le clergé, et je l’ai même réclamée