PARTIE IV. CONCLUSION GÉNÉRALE
comme député devant l'Assemblée constituante pour les corporations religieuses 1 ; mais je pensais alors que la liberté d'association serait consacrée par la loi ; j'étais à mille lieues d’imaginer qu'elle serait une exception unique en faveur du clergé. Toutes les fois qu’une liberté est accordée aux uns, il faut qu'elle soit aussi accordée aux autres. Partout où il n'y a qu’une association autorisée, toute liberté conquise devient immédiatement, pour cette association privilégiée, un monopole.
Après avoir montré que la liberté d'enseignement, telle qu’elle était demandée par le clergé, serait promptement devenue un monopole entre ses mains , cherchons aussi quelle était l'arrière-pensée des ultramontains, et ce qui les rendait si ardents à se rendre maîtres de l'éducation. Il semble, au premier abord, qu’il s’agissait de part et d'autre d'une pure question de prosélytisme, que les uns voulaient faire des incrédules, et les autres des catholiques. La partie belligérante du clergé n’a pas manqué de poser la question en ces termes ; et pour être juste, pour être impartial, je commencerai par reconnaître qu’un nombre assez considérable de prêtres et de pères de~ famille catholiques n'ont pas eu d’autre motif de se mêler à cette querelle. Mais ce qui importe, c’est de connaître la pensée des chefs, de ceux qu’on pourrait appeler les meneurs, si ce mot ne ressemblait pas à une injure. Or ceux-là voyaient les choses de trop près pour attribuer le dépérissement de la foi à l'éducation des collèges. Ils savaient que tous les collèges de l’Université avaient un ou plusieurs aumôniers, choisis parmi les prêtres les plus instruits, et assimilés pour le rang et le traitement aux professeurs de premier ordre; que dans tous les collèges ^royaux l’aumônier avait son logement dans l’établissement même, et vivait par conséquent avec les élèves ; qu’il faisait chaque semaine, à heure fixe , une conférence religieuse ,
Rapport sur la loi organique de l'enseignement, p. 28 ,
sans parler de l’office du dimanche, et de l’exhortation qui le précédait ; qu’aucun obstacle venu de l’administration n’entravait les rapports de l’aumônier avec les élèves; qu’il était maître absolu de l’enseignement religieux. Les chefs de la croisade entreprise contre l’Université savaient encore avec quelle vigilance on surveillait dans l’intérieur des collèges l’accomplissement des devoirs religieux des élèves. Toute marque d’irrévérence envers la religion était punie avec sévérité. L’enseignement luimême, à tous ses degrés , était d’une orthodoxie poussée jusqu’au scrupule. Aucun professeur d’histoire ne se serait permis d’élever le plus léger doute sur l’authenticité des Écritures ; le moindre manque de respect aurait été puni d’une destitution immédiate. La philosophie n’était pas moins circonspecte. Le programme avait été rédigé avec soin pour écarter les questions irritantes; les professeurs étaient dûment avertis à leur entrée en fonctions, qu’ils ne devaient rien enseigner qui pût paraître contraire à la foi catholique; les proviseurs, les inspecteurs étaient très-attentifs à ce qui se passait dans la classe, et les aumôniers de leur côté ne se faisaient pas faute de s’ériger en surveillants de leurs collègues. La preuve qu’il ne se passait rien de répréhensible au point de vue des croyances catholiques, c’est que, pendant la période d’agitation, quand le clergé cherchait partout des arguments pour sa cause, il trouva à peine à désigner à l’autorité cinq ou six professeurs, qui la plupart se justifièrent. Il fallut sortir de l’enseignement même, et avoir recours aux livres écrits par les professeurs. Dix ou douze écrivains furent incriminés; et parmi ceux-là la moitié au moins étaient tellement obscurs que les universitaires eux-mêmes ne les connaissaient pas. On chercha dans ces livres des bouts de phrase, des mots hasardés, on en tira des conclusions vrai ment extraordinaires, et quand on eut, par ce moyen, une preuve telle quelle que dix ou douze universitaires avaient écrit des livres suspects, on en conclut que l’Université