PARTIE IV. CONCLUSION GÉNÉRALE
auprès du scandale permanent produit, il y a quelques années, par une prétendue apparition de la Vierge. Cette lois l’imposture était évidente et même grossière : on prêtait à la mère de Dieu un tel langage que les catholiques éclairés furent pénétrés d’indignation. On n’en éleva pas moins une chapelle votive qui subsiste encore à la honte du dix-neuvième siècle, en dépit d’un jugement solennel, et comme pour attester l’impuissance de la loi et de la * raison. Ces étranges doctrines , condamnées par les plus saints évêques, n’ont pas ouvert les yeux à ceux qui se précipitent dans la superstition par peur de la liberté, ou par ignorance. Est-ce assez clair, et voit-on maintenant le sens et le but de cette croisade? S’agissait-il de nous ramener à la foi par la persuasion, en respectant en nous notre dignité d’hommes libres , d’hommes éclairés ; ou ne voulait-on pas au contraire , pour triompher de l’incrédulité, triompher de la liberté et de l’intelligence? C’est ce que tout homme de bon sens décidera. Mais comme nos adversaires ont des accès de franchise, et qu’il leur arrive plus d’une fois de manifester le fond de leur pensée, j’avoue que ceux qui se laissent duper ne paraissent pas excusables. Le vrai de la situation est ceci : le parti ultramontain croit que l’incrédulité fait des progrès; il attribue ces progrès, non comme il le dit quelquefois , h l’éducation universitaire, mais à l’ensemble des idées et des habitudes modernes, au caractère essentiellement laïque de la société, à l’égalité des frères devant le code civil, h l’égalité des ecclésiastiques et des laïques , des fidèles et des dissidents devant le code administratif et le code pénal, au dogme de la souveraineté populaire, et même k la participation restreinte des citoyens au gouvernement, k l’abolition de l’influence sociale des ordres monastiques, k la suppression de l’aristocratie, des majorats, du droit d’aînesse, des corporations privilégiées et de la mendicité, au droit de libre examen et de libre discussion, aux progrès do l’instruction primaire, k ceux de la physique, de lachi-
mie, de l’histoire, à la diffusion des idées philosophiques, enfin au développement des arts, de l’industrie et de la littérature. Il nous propose donc de remonter jusqu’au quinzième siècle, et de reprendre l’histoire de l’humanité à cette date. Qu’on le nie si on veut ; ce n’en est pas moins là la vraie position de la question entre l’intolérance et nous. Là question une fois posée, nous ne voulons pas la discuter; ce serait peine perdue; mais il y a peut-être quelque profit à déchirer tous les voiles, et à dire la chose telle qu’elle est.
Si on m’objecte qu’il se trouve, dans l’Église catholique, un grand nombre d’esprits modérés, sages, libéraux, qui acceptent leur siècle et demandent seulement à l’éclairer par la persuasion, je répondrai que cela est vrai, et que je n’éprouve, pour ces apôtres pacifiques, qu’une sympathie mêlée de respect. Je combats le fanatisme et l’intolérance là où ils sont; et je n’ai jamais songé, grâce à Dieu, à faire la guerre au christianisme.
Je n’ajouterai qu’une réflexion, mais grave et douloureuse. C’est que la partie saine du clergé est dominée, malgré tous ses efforts, par la faction ultramontaine. Il serait trop aisé de le prouver par des faits, et de montrer les plus grands évêques de France obligés de céder à des laïques sans mission, sans autorité, sans dignité. La mémoire même de Bossuet a été presque condamnée de nos jours.
Il n’y a de remède que dans la liberté, mais dans la liberté complète, et par conséquent égale pour tous. La liberté vaut mieux que le monopole ; et elle vaut même mieux qu’un monopole combattu et contenu par un autre monopole.
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