PARTIE IV. CONCLUSION GÉNÉRALE
historique, ou en frappant de suspicion les droits de la raison humaine. On voulait en un mot effacer les travaux, les démonstrations, les batailles qui, depuis deux cents ans, avaient mis l’humanité en possession d’elle-même, et ramener l’intelligence à ses anciennes croyances en la ramenant à ses anciennes superstitions.
Si l’on avait eu confiance dans la vérité de la doctrine qu’on apportait, et dans la supériorité de la morale qu’on prêchait, voici la ligne de conduite qu’on aurait suivie : on aurait répandu à grands flots l’instruction primaire, pour rendre tous les hommes capables d’étudier et de comprendre; on aurait rendu accessible l’étude des chefsd’œuvre de l’antiquité, parce que la nature intellectuelle a pour résultat d’ouvrir l’esprit, et de le rendre plus capable de discerner et de sentir la vérité; on se serait appliqué à approfondir l’histoire, à la soumettre à une critique sévère, car c’est dans l’histoire surtout qu’est la preuve de l’anthenticité des livres saints et le fondement de la doctrine chrétienne ; on aurait combattu à outrance la superstition, qui n’est que l’ignorance érigée en dogme; on aurait propagé les découvertes des sciences physiques et naturelles , et montré leur concordance avec les récits bibliques; tous les progrès de la science, de la raison, de l’humanité auraient été employés à la prédication chrétienne ; on aurait applaudi à l’émancipation de la raison, et tenté d’obtenir de la raison elle-même, de la raison éclairée par la philosophie et par l’histoire, une adhésion intelligente, motivée, sincère, à l’autorité de la révélation et de l’Eglise. Voilà ce qu’on aurait fait, et ce qui aurait été conforme à l’esprit du siècle, et aux principes de liberté qu’on mettait en avant. On a fait précisément tout le contraire.
On s’est mis à attaquer la Révolution française dans son principe et dans ses effets. On a soutenu que la raison n’avait, pas le droit d’examiner, de discuter; qu’elle était l’humble servante de la théologie. On a condamné toute
philosophie libre et la liberté elle-même. On a déclaré que la liberté en politique était la ruine des États, et qu’en philosophie, elle était la perdition des âmes. Où a rappelé avec complaisance les décrets des conciles qui condamnaient au feu les hérétiques. On a fait l’apologie de l’inquisition et de la Saint-Barthélemy. On a demandé pour le clergé des droits civils et politiques, qui en fissent un corps privilégié dans l’État. On s’est élevé contre les prétentions des souverains à juger les ecclésiastiques coupables de délits communs, et l’on a soutenu qu’un prêtre ne pouvait être jugé que par des prêtres. On a demandé, au profit des cours ecclésiastiques, le rétablissement de la censure. On a même été jusqu’à demander pour les évêques le droit de surveiller les théâtres. L’ancienne doctrine de l’union indissoluble de la puissance spirituelle et de la puissance temporelle a été renouvelée; et, comme on demandait au nom de la religion l’incarcération des hérétiques, on a demandé aussi le rétablissement du pouvoir absolu, et la suppression de toutes les garanties de la liberté individuelle. L’ancienne prétention du clergé à des dîmes, à des propriétés foncières, à des biens de mainmorte, a été exhumée. On a demandé arrogamment de quel droit l’État s’ingérait de salarier des prêtres qu’il avait commencé par dépouiller. Non-seulement les sciences ont été mises en suspicion ; mais on a fait la guerre à Homère, à Cicéron, à Virgile, à Molière, au grand scandale de la portion éclairée et intelligente du clergé. On a voulu nous ramener à la langue, aux idées, aux méthodes, aux institutions du moyen âge. Chaque jour les organes de cette réaction inouïe nous ont raconté des miracles, devant lesquels pâlissent les folies des sectaires du diacre Paris. Tout le monde se rappelle encore ces tableaux d’églises, où les vierges peintes inclinaient la tête et fermaient la paupière, pour la plus grande gloire de Dieu. Nous avons eu, même en France, des tableaux qui distillaient du sang. Ces miracles éphémères ne sont rien