PARTIE IV. CONCLUSION GÉNÉRALE
enthousiasme, dans sa générosité, il se jette au milieu de ses frères et s'écrie : « Le voilà! je l’ai trouvé ! voilà le secret de l'avenir ! » on tournera contre ce savant, contre cet apôtre, contre ce bienfaiteur, les forces sociales ! Au lieu de le bénir, s'il dit vrai, de le réfuter, et ensuite de le consoler, s'il se trompe, on provoquera sa ruine et son déshonneur ! on l'appellera un impie ! on regrettera les bûchers de l'inquisition qui en auraient fait justice plus vite ; et à défaut des bûchers et des cachots, on le tuera par la calomnie ?
Non, voilà encore un droit qu'on ne peut nous ôter, qui fait partie de la liberté de conscience, partie de la liberté, partie de nous-mêmes. Le feu, qui autrefois brûlait les livres, est éteint pour jamais. Il faut écrire, il faut parler, il faut élever des tribunes, il faut user de la liberté. Ne craignez rien pour les saines doctrines, dès quelles peuvent lutter à ciel ouvert ! Voilà le signe de la vérité, de demander la grande lutte, la publicité, le forum ! La civilisation est pour nous ; c'est notre auxiliaire, notre instrument. Nous vaincrons par elle ! Hoc signo vinces !
Le droit de penser, le droit de prier, le droit d’enseigner, constituent toute la liberté de conscience. Si j'y ajoute encore le droit de jouir, malgré sa croyance, de tous les droits de l’homme et du citoyen, je ne le fais pas sans rougir pour mon siècle ; mais vous savez si j'y suis contraint. Vous savez si, à l'heure présente, en dépit de tant de progrès et de tant de promesses, il est des peuples chez qui une croyance honnête d'ailleurs, sincère, et respectueuse pour les lois du pays, constitue une incapacité légale. En vérité, onapeine à le comprendre.il faut faire un effort pour se plier à cette pensée. D'où viennent à un citoyen ses droits civiques ? Est-ce un don gratuit que lui fait la constitution de son pays ? Ne tire-t-il pas son droit de son origine même, comme tous les enfants d’une même terre? Ne l'apporte- t-il pas en naissant? Par quelle justice divine ou humaine son peuple se tournerait-il contre
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lui pour lui refuser ses droits à là patrie commune, à l’égalité, à la liberté ? Quoi ! il faut des tribunaux, des jurys, des lois précises, un crime avéré pour mettre un méchant hors de la communauté; et cet homme pieux sera chassé parce que sur un point de métaphysique, ou peutêtre sur un point de discipline, il pense autrement que là majorité? S’agit-il donc de compter les voix? Est-ce ainsi que la vérité s’établit? Mais la vérité, grand Dieu ! quand elle serait avec vous, vous dônneraiWelle le monopole de la patrie, le monopole du droit ? Est-ce que l’erreur est un crime? Est-ce qu’iin homme religieux peut soutenir la pensée que Dieu autorise ces exclusions, ces anathèmes politiques? Quelle contradiction, de voir une croyance s’établir ici en dominatrice, et proscrire toutes les autres, proscrite elle-même au delà de la frontière, par une autre majorité! Force; que me veux-tu? Terreur, que me veux-tu ? Dans le monde de la pensée; il n’y a d’autre force que la persuasion, il n’y a d’autre arme que le raisonnement, il n’y a d’autre droit que le Droit, commun à tous et supérieur à tous. Ah! nous sommes pleins d’indignation, quand on nous parie de la plaie de l’esclavage qui, chassé de l’Union, déshonore encore quelques recoins de plus en plus reculés de l’Amérique ! Grâce à Dieu, ce fléau a depuis longtemps disparu du milieu de nous ; mais ne nous vantons pas de pratiquer et d’entendre la justice tant qu’il y aura des races proscrites, tant que nous ne connaîtrons ni l’égalité du foyer domestique, ni l’égalité du forum 1 Puisque nous parlons d’égalité et de liberté, sachons au moins émanciper les consciences! Ne nous reposons pas quand l’intolérance est au milieu de nous, ou quand elle s’agite sur nos frontières! Le dix-huitième siècle a proclamé la tolérance universelle ; que la gloire du dix-neuvième soit de l’avoir pratiquée, de l’avoir mise dans les lois et dans les mœurs de tous les peuples !
Et si je voulais, après avoir constaté le droit absolu de la liberté de conscience, descendre à des considé-