‹ La liberté de conscienceChapitre 90 sur 269 · PARTIE I. L’HISTOIRE · texte numérisé non relu

PARTIE I. L’HISTOIRE

fut, pour les courtisans, un spectacle tristement révélateur que de voir la dauphine, sur son lit de mort, refuser de se confesser au prêtre que le roi lui envoyait 1 .

Le jansénisme fut une des plus grandes questions politiques sous Louis XIV et sous Louis XV. On peut affirmer que Louis XIV, s’il essaya de la comprendre, n’y réussit pas, et que Louis XV ne s’en souciait pas le moins du monde 2 . Parmi leurs sujets, un très-petit nombre de ceux qui étaient persécutés savaient de quoi il était question, et les persécuteurs se contentaient de savoir que

bonne grâce de ne communier pas plus souvent. » (Saint-Simon, Mémoires , chap. 32t.)

t. «Le P. La Rue, jésuite, s’approcha d’elle pour l’exhorter à ne différer pas sa confession. Elle le regarda, répondit qu’elle l’entendait bien, et en demeura là. La Rue lui proposa de la faire à l’heure même et n’en lira aucune réponse. En homme d’esprit, il sentit ce que c’était, et en homme de bien il tourna court à l’instant. Il lui dit qu’elle avait peut-être quelque répugnance de se confesser à lui, qu’il la conjurait de ne 9’ en pas contraindre, surtout de ne pas craindre quoi que ce soit; qu’il lui répondait de prendre tout sur lui.... Alors elle demanda un récollet qui s’appelait le P. Noël. Dans le moment que le P. La Rue sortit de chez la Dauphine instruit de son intention, il fut au cabinet du roi, à qui il fit dire qu’il avait à lui parler au moment même. Le roi le fit entrer. Il vainquit son embarras comme il put, et apprit au roi ce qui l’amenait. On ne peut jamais être plus frappé que le roi le fut. Mille idées fâcheuses lui entrèrent dans la tête. J’ignore si les scrupules y trouvèrent leur place; ils devaient être grands. L’extrémité retint l’indignation, mais laissa coprs au dépit. La Rue se servit avantageusement de ce qu’il n’y avait pas un instant à perdre pour couper court à une si fâcheuse conversation. » (Saint-Simon, Mémoires , chap. 324 el 322.)

2 . a La constitution (contre les jansénistes), arrachée au pape par Louis XIV et les jésuites, et qui devait sous le régent devenir uniquement sujet de dispute aux théologiens , arriva sous lui à être reconnue comme un dogme, ce que ses plus ardents défenseurs n’auraient osé prétendre sous Louis XIV. L’intérêt d’un pernicieux ministre fit ce miracle, car l'abbé Dubois n’était pa 3 fait pour être scrupuleux quand il s’agissait de plaire aux jésuites et de s’avancer pour le chapeau. Ce fut un insigne malheur de M. le duc d’Orléans, qui donnait journellement l’exemple de l’impiété, de n’avoir pas été sur ce point moins tyrannique que le feu roi, et d’avoir fait par faiblesse et par abandonnement à uu valet ce que Louis XIV avait fait pour plaire aux jésuites et par l’entrainement U’uu fanatisme sincère. » (Saint-Simon, Mémoires , chap. 423. CJ\ lb. f chap. 4 53.) *

le roi condamnait la doctrine contenue dans les livres de Jansénius, qu'il n’avait jamais lus. Tout roulait sur la grâce, et sur le point de savoir si nous pouvons nous passer d’elle et si nous pouvons lui résister. La cour de Rome avait découvert dans un livre de Janson, évêque d’Ypres, ordinairement appelé Jansénius, de son nom latinisé, cinq propositions suspectes, où l’équilibre n’était pas assez scrupuleusement tenu entre la grâce divine et la liberté humaine. Les métaphysiciens et les théologiens avaient là un thème inépuisable, pour étaler leur subtilité et leur érudition. Les gens du monde prirent parti, et les femmes, et les religieuses. Les jésuites, qui étaient une force immense, se déclarèrent avec emportement contre Jansénius; Pascal, qui àlui seul était une force plus grande encore, combattit pour les jansénistes. On changea plusieurs fois, des deux côtés, de nom et de champions. Bossuet et Fénelon entrèrent en lice. Quelques évêques, et parmi eux le cardinal de Noailles, passèrent d’un camp à l’autre, attirés vers Jansénius par leur raison, et vers les jésuites parleur intérêt. Le parlement, qui se piquait d’être puritain et de ne pas aimer les jésuites, entreprit de lutter contre eux, contre l'archevêque, contre le Pape, et contre le roi. Le Père Quesnel, de l’Oratoire, fut le chef du parti novateur, après Jansénius, Duvergier de Hauranne et le grand Arnaud. Tous ces noms, aujourd'hui obscurs, brillaient alors de l'éclat le plus vif. Clément XI jugea qu’il fallait en finir par un coup de tonnerre. Il forma une commission composée des plus fameux théologiens pour examiner les livres de Quesnel. On y comptait deux Dominicains, deux Cordeliers, un Augustin, un Jé- • suite, un Bénédictin, un Barnabite et un prêtre de la congrégation de la mission. Ils commencèrent à travailler en février 1712; leur examen porta sur 155 propositions; ils en condamnèrent 101. Le Pape, dans la bulle Unigenitus, fulminée le 8 septembre 1713, les déclara « respectivement fausses, captieuses, mal sonnantes, capables de

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